
Dès les premières notes sludgy – doom de l’assez terrible “Ice breaker” (les réunions auraient une tout autre gueule avec des ice breakers aussi fracassants d’ailleurs), je suis persuadé que le “e” du nom du groupe a été volontairement mangé pour exprimer le caractère encore plus cru et bestial de la musique du combo. S’il revendique des influences grindcore, heavy metal, doom, sludge et crust, ce sont surtout les dernières qu’on entend sur ce premier album. Et assez vite, un nom s’impose à moi ; Buzzov.En. Les deux formations américaines partagent ce goût pour le frontal, la démesure, et cette couleur très désabusée, exprimant une sorte de dégoût permanent, éructant des paroles sur fond de musique intense et très peu produite. D’ailleurs, si Crud évoque la politique dans l’intro de son premier titre, “Human decency” n’est pas vraiment un disque politique. Il parle surtout de la déchéance humaine, de l’effondrement général des valeurs et de la complaisance qu’on peut avoir vis-à-vis de lui sans chercher à le combattre. Nous sommes tous coupables aux yeux de Crud, et ils n’ont probablement pas tort. Alors oui, le disque ne parlera pas à tout le monde. Oui, ses titres se suivent et se ressemblent malgré la “versatilité” du groupe (t’as capté les guillemets ?). Oui, le disque est court et intense, et fait l’effet d’un double coup de boule rotatif dans la machoîre au lever. Et oui, il est possible qu’on se lasse un peu de son immédiateté et son caractère outrancier, et ce assez vite. Mais il est là pour réveiller les sens autant que les consciences, et à ce niveau, le groupe a réussi son coup. Qu’il interroge la religion ou se fustige lui-même, Crud n’épargne personne et se montre aussi impitoyable. Un peu plus contenus et mieux dirigés, ses riffs et sa haine viscérale de l’humanité pourraient faire des merveilles dans le futur. Bon, bien sûr, ça reste un voeu pieu puisque ce n’est absolument pas ce que visent les floridiens !






