
Ah, ça fait un moment que je n’ai pas écouté un disque d’electronica bien chiadé et tordu. Ça me manquait. Max Cooper est doctorant en biologie computationnelle a travaillé dans la recherche scientifique ; autant vous dire que le niveau d’implication dans sa musique atteint un certain niveau d’exigence. « Feeling is structure » est à la base une œuvre de commande devant servir de base à une performance audiovisuelle au Royal Albert Hall de Londres. Il fallait donc remplir la salle d’images et de sons, et le compositeur a basé son travail sur le rapport entre architecture, construction, biologie et émotion. Vaste programme qui donne naissance à presque 1 heure de musique qui doit autant à l’IDM qu’à la techno ambiant ou au breakbeat. On pourra penser à un Autechre, un Aphex Twin, un Ulrich Schnauss, un Amon Tobin et quelques autres. Les dix titres de ce nouvel album superposent les patterns et mélodies, nous téléportant dans un univers riche et complexe où tout se mélange et se répond, un monde où on est ni homme ni machine mais un peu des deux, où l’intelligence artificielle se voit pousser des branchies pour nager dans un océan d’inconnu. Comme tout bon disque d’intelligent techno, c’est parfois difficile à décortiquer, à appréhender. Pour le comprendre et l’apprécier, il faut s’y abandonner complètement, se laisser glisser dans la matrice et se laisser porter par le groove froid des algorithmes, ressentir autrement. Je vous l’accorde, c’est plus facile sur certains titres que d’autres, le monsieur cédant parfois au minimalisme le plus brutal. Mais après tout, qu’est-ce que la musique sinon un art contemporain ? « Feeling is structure », c’est ça ; une œuvre d’art en expansion, de la peinture qui sort du cadre pour gagner le ciel, dessiner des circuits sur les nuages et les connecter à nous. Et comme toutes les œuvres d’art, elle nécessite du temps et de la concentration pour être appréciée. Avis aux amateurs de capillotractage !
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