RAFAEL ANTON IRISARRI : Points of Inaccessibility

Conçu comme un concept album autour de la notion de connexion et la façon dont notre hyper-connectivité nous éloigne paradoxalement les uns des autres et de la « vraie vie », ce nouvel et à priori dixième album de l’artiste new yorkais est à la fois dans et en-dehors de la technologie. Rafael Anton Irisarri développe depuis plus de 20 ans un style entre ambiant, drone, expérimental et musique contemporaine, avec des bouts de shoegaze et post rock dedans. En tant qu’ingénieur du son, il sait comment agencer et faire entrer en symbiose les différents éléments pour en magnifier les sonorités et en rentabiliser tous les silences et interstices. Les quatre plus ou moins longs titres s’enchaînent donc de façon logique et narrative, plongeant l’auditeur dans un bain digital au milieu de friches industrielles et bâtiments abandonnés. C’est du moins l’impression qui se dégage de « Points of inaccessibility », cette dichotomie entre des éléments digitaux prépondérants et qui prennent beaucoup d’espace, et une forme de distanciation, de retour à l’humanité. Bon, est-ce que vraiment le concept est transparent et évident musicalement parlant ? Non. Mais on ressent tout de même bien une façon de mêler plusieurs façons de concevoir la musique, d’utiliser les sons, de jouer avec les silences ou au contraire de les proscrire. Le compositeur a développé ces quatre titres au cours d’une résidence au Pays-Bas dans un hôpital désaffecté. Nul doute qu’il a su capter le caractère fantomatique du lieu ici, en retranscrire les signaux parasites, en interpréter les craquements. Le plus souvent sombre, sa musique se pare de teintes plus lumineuses sur « Signals from a distant afterglow » en présence de Karen Vogt (Heligoland), seule voix à traverser le spectre. Une ambiance plus apaisée qui s’installe également sur le dernier titre et renforce cette idée de voyage presque initiatique. « Points of inaccessibility » peut bien sûr être interprété de plusieurs manières, et apprécié autrement que par les amateurs des styles exposés ci-dessus grâce à un côté plus musical et accessible que d’autres oeuvrres purement ambiant. Mais ça reste un dique un peu opaque qu’il faut prendre le temps de pénétrer pour le comprendre.

Instagram

Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *