
Venir d’un bled appelé Christchurch et pratiquer un black death bien nihiliste et misanthrope, reconnaissez-le, c’est assez délicieux. Desoration est donc une formation australienne (oui, oui, ça change) formée assez récemment et qui nous offre aujourd’hui un premier album assez ambitieux à tous niveaux. D’abord thématiquement, puisqu’il aborde non pas l’annihilation de la chrétienté ou même de l’ensemble des religions au profit de croyances envers le grand Adversaire, mais bien de la destruction de l’humanité dans son intégralité, l’éradication de toute vie. Musicalement aussi, puisque « NON », outre le fait d’employer des éléments black et death, se veut également narratif et symphonique. Et même que, quand on l’écoute encore plus attentivement, des influences heavy et thrash peuvent se faire jour. Et même qu’on dirait que les gars ne sont pas des manchots. Moi, un titre comme « Beyond the veil of sleep », tout classique dans sa forme soit-il, ne peut que m’enthousiasmer tant il se débrouille bien pour mixer tout ça sans sonner léger ou brouillon. Alors oui, à mon sens le groupe pourrait aller encore bien plus loin avec le compagnonage d’un producteur chevronné. Désolé pour Marvin Menz ou même pour le groupe qui a finalisé la chose, mais je pense vraiment que « NON » méritait encore autre chose. On pourra bien sûr évoquer des formations comme Septic Flesh ou Fleshgod Apocalypse, mais Desoration ne singe pas. Est-ce du à son origine géographique ? Au passé de ses musiciens ? A la distance qui les sépare idéologiquement et musicalement des autres acteurs du genre ? En tout cas « Non » est assez énorme, même en prenant en compte les limites de production mentionnées plus haut. Le groupe a pris le temps de travailler ses enchaînements, de rendre le tout digeste mais jamais trop édulcoré, de fondre chaque élément dans l’ensemble. Les refrains sont vraiment efficaces mais on ne s’y trompe pas ; si c’est loin d’être du true black, ce n’est pas non plus du black pour poseurs. Un petit côté thrashcore ressort de certaines lignes de chant ou tournures, et on est pas contre. Desoration nous gâte avec ses 52 minutes de musique dont aucune ne sonne en trop. Il exploite l’espace sonore et le temps d’une façon tout à fait convaincante, et c’est quand même assez rare pour une première œuvre. On pourrait penser qu’un disque plus court d’un titre aurait eu un plus grand impact. Mais vouloir en proposer beaucoup est souvent le choix d’une première œuvre, et celle-ci est assez maîtrisée pour qu’on lui pardonne. Très bon.






