EIVOR : Tungl

Ça fait déjà un bon moment que le pagan folk se dévoie en allant voir du côté du metal, du rock et de l’electro. Alors même sans présumer du contenu de « Tungl », on ne sera pas vraiment surpris de voir sortir ce douzième album de la musicienne des îles Féroé chez Nuclear Blast. Il est vrai que si son univers ne tutoie pas franchement le metal, son ambiance, en revanche, est totalement en adéquation avec. Une mélancolie profonde et une dimension presque mystique habillent ses titres chargés d’émotion et d’un côté étrange et magique. Celui-ci naît notamment d’un travail de production et d’arrangements vraiment dantesque. Si vous ne connaissez pas sa musique, ne vous attendez donc pas à quelque chose de simpliste et dépouillé. Si neo folk il y a, Eivor a petit à petit délaissé les influences jazz et acoustiques ; et maintenant c’est plus dans la musicalité et les mélodies que l’instrumentation très sombre, orchestrale et electro. Ecoutez donc « Spokilsir » ; ces accords mineurs et ces appuis graves ne vous rappellent rien ? Et si je vous dis Depeche Mode ? Oui, j’ose comparer les deux expressions, parce que je trouve qu’il y a ici aussi cette forme de génie, ce côté un peu ambitieux et visionnaire qui magnifie certains titres. C’est d’autant plus impressionnant que, suite à la fermeture des seuls studios de l’île, le disque a été produit et enregistré en autarcie avec l’habituel Tróndur Bogason, son compagnon, mais surtout producteur et compositeur aussi. Assez percussive et volontaire, la musique ne s’apaise que sur la finale « Everyone but me » bien plus proche d’une balade cinématographique. Bien sûr, au-delà de la musique, il y a la voix de la dame. Reconnue pour savoir tour à tour donner dans le lyrisme spectaculaire, la douceur presque fragile, une dureté typiquement nordique et tout ce qui se trouve dans leur sillage, elle est encore mise dans un magnifique écrin ici. Bref, le disque pourra parler à un large public, d’autant plus que ses titres (interprétés en langue natale la plupart du temps) sont traduits de façon à en faciliter l’assimilation (par l’imaginaire, ok, mais c’est déjà ça). Pas de suspense : Eivor parvient encore à nous éblouir ici avec une écriture racée, personnelle et un style qui avance et explore toujours.

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https://genius.com/albums/Eivr/Tungl

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