
Ah, ça faisait un moment que je n’avais pas profité d’un disque de dark jazz ! J’avais découvert le genre il y a quelques années, et avais immédiatement kiffé cet univers poisseux et sombre, dévoyant tout ce que je n’aime pas dans le jazz (bah oui, désolé, c’est généralement un genre qui ne me parle pas) pour en faire quelque chose de nouveau et distordu, de cauchemardesque et doom à la fois. Mais The Lovecraft Sextet n’est pas Bohren & der Club Of Gore ; il a toujours été plus extrémiste et expérimental. Alors ce nouvel album, le sixième du néerlandais Jason Köhnen, n’étonnera personne en allant encore et toujours plus loin. Son sujet ? Un épisode sombre de l’histoire, le massacre des frères Johan et Cornelis de Witt en 1672. Ces deux figures politiques de la République néerlandaise furent accusées de trahison, puis tuées par la foule. Leurs corps furent mutilés et exposés publiquement, et des récits historiques évoquent des actes de profanation particulièrement extrêmes. Un épisode qui a été illustré par un tableau qui sert de pochette. Musicalement, à quoi s’attendre ? Bien sûr, le dark jazz est la base de la musique ici, on y retrouve le typique saxo et les rythmes pachydermiques. Mais aussi un chant féminin soprano aux accents musique sacrée, des éléments ambiant et des incursions black metal autant dans les ambiances que dans certaines sonorités et voix. Alors ça aboutit à une œuvre vraiment multicouches et pas toujours facile à appréhender. Même en ayant les oreilles grandes ouvertes, il en vient de partout et capter une ligne directrice là-dedans tient parfois de l’exploit, ou de la concentration extrême ; il y a ici un côté noisy et free qui ne fait pas semblant. Ah, bah oui, « Penance » n’est pas le genre de galette qu’on lance en musique de fond sans y faire gaffe et qu’on saura apprécier comme ça. Il faut le temps et l’attention pour s’y consacrer, et même comme ça, ça reste de la musique de connaisseur, d’esthète extrême. Certainement le disque le plus barré du projet, un des projets les plus barrés du darkjazz, et un sujet de disque tout aussi malaisant et actuel (la façon dont l’humanité peut tourner en spectacle des horreurs ou aberrations). Bref, si vous entrez ici, soyez prévenus et bien accrochés !






