
Ça fait un moment que je vous rebat les oreilles avec le dark jazz, que je vous en sers dès que (la bonne) occasion se présente. En fait, pour qui suit Adopte Un Disque depuis quelques temps, le nom de Bohren & Der Club Of Gore ne sera pas une découverte. Mais si plusieurs de ses faits d’armes ont eu droit de cité ici, je n’ai jamais exposé la perle noire qu’est ce « Black earth » à vos yeux (et surtout oreilles) ébahies. Voici donc l’album qui a scellé notre rencontre et mon attachement à cette formation allemande (ah bon, vous aviez deviné ?) peu commune. Parti du metal, le groupe a évolué à partir de l’album précédent, « Sunset mission », vers un jazz considérablement ralenti et assombri, basé sur des motifs de piano minimaliste, de sourdes notes de basse, de percussions discrètes, d’un saxophone économe et de nappes atmosphériques. De quoi ressusciter les ambiances Badalamentiennes d’un Twin Peaks. Le premier titre de ce disque, « Midnight black earth », est très évocateur ; avec lui on s’enfonce dans une nuit dont on ne sait vraiment si elle laissera place à l’aurore. Les suivants ne sont pas en reste ; si on accroche de façon immédiate, il sera difficile de s’extirper de la moiteur inquiétante de ce disque, du vrombissement lascif de sa basse, des promesses d’histoires sordides de ses titres. Ne cherchez pas de hit, chaque titre fait suite au précédent de façon logique, et s’il est tout à fait possible de les distinguer, ce n’est qu’un gadget, on s’imagine mal en extraire pour se faire une compil’ ; on est ici dans la dégustation in extenso, un moment de tranquillité teinté d’amertume, un safari dans des lieux interlopes. Avez-vous assez de tripes ?