
En 2024, “Come and see” était autant une invitation à découvrir cette nouvelle formation irlandaise plus ou moins post punk qu’une occasion pour elle de libérer sa frustration, droit sur notre gueule. Un défouloir vraiment excitant même si pas très novateur. Le titre de cette suite semble suggérer que les gars ne se sont pas calmés, bien au contraire. Oui, le constat est le même ; c’est la merde, une merde monumentale, et on passe son temps à le dire et se débattre dedans. Mais personne ne viendra nous en sauver. Alors quoi, on reste dedans sans rien faire ? Non, on se bouge pour le faire et on attend le deus ex : c’est là le message de l’album. Bon, quand on s’enquille les 10 titres, il n’est pas évident d’y déceler cette pensée « positive ». Encore une fois, Gurriers nous envoie des troncs à la tronche, et on n’a même pas envie de les éviter, masochistes que nous sommes. Le disque va cependant plus loin que le premier à bien des niveaux. Au niveau sonore déjà ; on a là des titres plus complexes, plus massifs, mais pas moins directs. Un tour de force auquel la présence de Mark Bowen d’Idles derrière les manettes a forcément bien contribué. Mais au niveau textes aussi, Gurriers se libre plus aussi ; il réfléchit plus, autant à lui-même (bien plus de textes introspectifs ici) qu’à la vie elle-même (le thème central de l’album, mais également une prise de recul par rapport à l’information qu’on ingurgite et l’importance qu’on lui donne ; un resserrement autour de valeurs personnelles et fondamentales). Alors bien sûr, ça confère au disque un côté politique, mais Gurriers ne se résume pas du tout à ça, et réfute même cette étiquette. Tout ça fait de « Nobody’s coming to save you » un disque encore meilleur que le précédent, qui était déjà vraiment bon mais un peu inégal. Gurriers parvient ici à injecter des rythmes dansants et une ampleur de son certaine au sein d’un genre sec et nerveux, et ça, respect. Des claques comme « Today is not enough », « Nobody’s coming to save you », “Waiting for fisher”, « Drones » ou “Pins” sont de celles dont on se souvient, et même si l’émotion a désormais droit de cité chez Gurriers, la traversée de ces 38 minutes reste éprouvante pour qui n’y est pas préparé. Et c’est tant mieux, c’est comme ça qu’on les aime !
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