
Mais combien de rappeurs italiens je vais faire se succéder ici ? En des années et des années de chroniques de disque, je n’ai jamais écouté un disque du genre. Et là, depuis quelques semaines, je les enchaîne. « Paracula » est le premier album de Cuta. Et si Cuta se distingue largement des autres artistes dont j’ai déjà parlé ici (Mezzosangue, Gemitaiz, Il Tre) de par son côté un peu psychotique, un peu doux dingue, au niveau de l’écriture on retrouve des traits communs ; une certaine forme de mal-être très générationnelle, une défiance envers la société de consommation, et une féroce tendance au cynisme. Cuta, pour moi, c’est le Eminem ou le Prof italien : il a cette tendance à théâtraliser tout et n’importe quoi, à briser le quatrième mur, à ne respecter rien ni personne. Venu de Lombardie, près de Milan, Cuta est né du bon côté de l’Italie, celui qui est un peu plus argenté. Ce qui ne l’empêche pas d’en voir les limites et d’avoir le verbe acerbe pour tout et tous. « Paraculo » plein d’énergie, plein de featurings, plein d’humour, plein d’histoires vraies ou imaginées, d’égotrip mais pas trop… « Paraculo » fait également intervenir des influences chanson, comme chez beaucoup de rappeurs transalpins. Avec ses 16 titres, il joue la carte de la diversité, et le fait assez bien. A ce titre, les différents invités participent aussi en ajoutant des couleurs à la palette. Ici, on ne joue pas seulement de vocabulaire mais aussi d’accents, de flows. Et Cuta est loin d’être en reste ; lui aussi sait parfaitement moduler vitesse et intensité pour jouer avec les nerfs des auditeurs. Forcément, à l’écoute de ce disque, et même en étant à peu près bilingue, on aura du mal à capter toutes les subtilités, les références, et à décrypter tous les accents même peut-être. Mais même sans être du tout italophone, on peut apprécier la musicalité de l’ensemble et les gimmicks implacables de « Cringe » (un tube immédiat), « Autosabotaggio », « Fuori », « Fatti miei » ou « I bambini fanno oou ». Alors, « Sporco, brutto e cattivo » Cuta ? Oui, pas loin, mais qu’est-ce que c’est bon !






