BIGFLO & OLI : Karma

Bigflo & Oli font les choses à l’envers sur ce nouvel album. Ils partent d’un style assez pop pour repartir vers quelque chose de bien plus hip-hop et brut. Et donc ? Et donc ça me paraît très approprié de chroniquer mon premier album de la fratrie alors qu’ils risquent de signer ici un suicide commercial. Bien sûr, je ne pars pas de zéro, je les connais un peu, et j’en ai apprécié quelques titres. Mais les découvrir ici tels qu’ils étaient ou qu’ils pensaient être à leurs débuts, c’est nouveau. Et quelque part, je suis ici à l’image de beaucoup de français, puisqu’ils aborderont ce disque de la même façon… s’ils l’abordent. Bien sûr, le duo avait préparé le terrain en laissant fuiter bien des freestyles l’an dernier. Ce qui a probablement été l’occasion pour certains (et j’en suis) de constater que les gars savent encore faire parler la poudre sans que ça paraisse faux ou forcé. Alors, ce « Karma », on va le placer où ? Succès d’estime ou succès commercial ? Probablement entre les deux. Florian et Olivio sont des enfants du rap, c’est certain. Ils truffent ce disque de références, y parlent vrai, avec des mots crus parfois, et adoptent des sonorités plus modernes et street. Ce qui est difficile, c’est de séparer ce qu’on connaît de l’entité de ce qu’on entend ici, de prendre ce « Karma » pour ce qu’il est ; une version 2.0 de Bigflo & Oli. Parce que non, et malgré ce que les frangins clament, on est pas dans un « retour aux sources ». pour la simple et bonne raison qu’à l’époque, les gars n’avaient ni la même expérience, ni la même technique, ni la même assurance, ni les mêmes moyens, ni la même vie. Ce dernier point, ils l’évoquent régulièrement sur le disque. La street credibility, c’est plus trop un enjeu ; ils ont vécu des choses compliquées certes, et continuent à en vivre parfois, mais rien de comparable. Cependant, attention, je ne leur fais pas un procès là, et personne ne le devrait ; ils restent légitimes à employer un mode d’expression qui les a vu naître. Et concrètement, ça leur réussit plutôt bien. Mais ça, quand je lance le premier titre, je ne le comprends pas encore. Oui, « Family business » montre une belle volonté de placer des influences « historiques » du hip-hop et de proposer un truc un peu chiadé, un peu expérimental. Sauf qu’il en fait trop pour moi, et qu’il crée une barrière. « Minimum ! » se la joue rap frontal, et là aussi, même si c’est très bien fait, je trouve un déséquilibre, un trait forcé. Sur « 4AD », en revanche, on arrive à l’équilibre que je cherchais ; celui du fonds, du flow et de la justesse. « Karma » n’a aucun besoin de se justifier d’avoir donné son nom à l’album, et à partir de là, l’album déroule ses titres sans qu’on leur trouve quoi que ce soit de gênant. Bien sûr, on aura ses préférences, et pour moi le titre solo d’Oli « tumemanques » est un peu en dessous, mais cet album est vraiment bon et « remet l’église au centre du village » comme le dit Bigflo sur « 44D » ; oui, les frangins sont de vrais rappeurs, capables de mettre à l’amende pas mal de prétendants, et surtout bien plus affutés niveau textes que ce qu’on peut trouver dans le game en ce moment. Pari plus que réussi !

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