
Je l’avoue, Ão m’a bien baladé ; j’étais à cent lieues de penser que le groupe nous venait de Bruxelles. Bah il faut me comprendre aussi ; un mélange chaloupé de musique électronique, de world music qui sent bon l’amérique latine, avec un poil de pop / indie, est-ce que vraiment ça vous donne envie d’une carbonade flamande ?? Non, hein ? Et encore, vous ne l’avez pas encore écouté ce deuxième album du quatuor. On y trouve donc treize titres qui fusionnent sonorités européennes clairement indie, que ce soit dans le rock ou la musique électronique, et vibes traditionnelles du Portugal et du Mozambique pour la chanteuse Brenda Corjin. Et curieusement, le tout se marie merveilleusement bien ; le travail des musiciens est vraiment exemplaire, on ressent une osmose rare ici. Des motifs délicats de guitare aux percussions inventives et précises, en passant par les éléments électroniques et la production qui amènent une belle couleur moderne et font ressortir encore plus les qualités vocales de Brenda, tout est au poil. Dans l’idée, ça me rappelle un Oi Va Voi ou un Si Sé pour rester en mood latino. Mais Ao propose encore autre chose ; à la fois plus de rythme, plus de douceur, plus de mélancolie. Tout ça s’accorde parfaitement à ma sensibilité, et ça, j’achète ! Bien sûr, l’ensemble des textes de l’album est en portugais (deux seulement sont en anglais), ce qui renforce l’imprégnation et la sensation d’être ailleurs. Difficile de résister à un album aussi bien pensé et magnifique. Je ne sais pas quel accueil lui réservera le public, mais je peux déjà dire qu’il mérite bien plus. Ce qui pourra éventuellement l’éloigner des ondes, c’est cette « saudade » qu’il porte en lui, cette nostalgie qui confine à la tristesse, évocation des tragédies et difficultés personnelles, la difficulté d’être soi, la volonté de s’affirmer malgré les obstacles. Le mot « Malandra » a d’ailleurs une portée assez féministe ; c’est un terme utilisé pour décrire une femme qui parvient à naviguer dans la vie de façon futée, en conservant ses idées et valeurs sans forcément se plier aux exigences sociales, sans tomber dans le « thug life ». Bref, il y a beaucoup à chercher ici, beaucoup à découvrir, et beaucoup à aimer. Alors, on attend quoi ?






