MONK & CANATELLA : Care in the community

Si Monk & Canatella était un super-héros, ce serait assurément un mutant, potentiellement incompris et aux capacités juste imaginées par ses contemporains. Car s’il est bien un trésor caché du trip-hop, c’est celui-ci. Monk & Canatella est (bien sûr) un duo, formé de deux hommes ayant gravité autour des légendes Massive Attack et Portishead. Mais oubliez donc ces références ici, car vous n’en trouverez trace, autrement que dans une créativité débridée et une noirceur certaine. Mais une noirceur exprimée de tout autre façon que la mélancolie poisseuse habitant les productions bristoliennes ; point de spleen à couper le souffle à l’horizon, juste une volonté manifeste de déstructurer et salir pour mieux reconstruire un son qui leur ressemble, aussi bancal et iconoclaste que leur ville, que leur vie. Rythmiques electro, chant pop, expérimentations extra-terrestres, samples dans tous les coins, groove fiévreux, ferveur hip-hop, tout ici est concassé et réassemblé pour former un premier album original et inégalable, auquel le groupe n’a donné suite qu’en 2000. « Care in the community », c’est le paradis des morceaux à tiroirs, de ces tiroirs à la Harry Potter, plus grands à l’intérieur qu’on ne le perçoit à l’extérieur. Ce premier album sorti chez Cup Of Tea confortera l’excellente réputation du label. D’une richesse rare, ce disque est de ceux qui apportent des découvertes renouvelées au fur et à mesure des écoutes. Bien sûr, avec son potentiel pop détourné, dévoyé, il n’a pas connu le succès de ses cousins / voisins. A vous donc de lui redonner une chance, en disséquer chaque élément, et jouir de sa très irrespectueuse manière de concevoir le trip-hop !

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ELEND : Les ténèbres du dehors

Certaines œuvres sont plus difficiles à appréhender que d’autres. Le disque que je vous présente aujourd’hui, le groupe que je vous propose maintenant est de ceux-là. Formation franco-autrichienne dont les membres principaux sont issus du milieu metal, Elend aurait pu être rapidement catalogué, rangé et oublié. Mais son parti-pris stylistique l’en préservera. Car, loin d’être prévisible ou académique, il a choisi de mettre à profit l’enseignement musical classique de ses membres pour composer des œuvres thématiques fortes et intenses, sortes d’opéras lucifériens où vociférations masculines proches du black metal côtoient la beauté d’un chant féminin et de chœurs angéliques sur fonds de symphonies aussi tragiques que majestueuses. « Les ténèbres du dehors » va plus loin que son prédécesseur, en épousant toutes ses caractéristiques mais en amplifiant leurs effets par plus de maîtrise et de professionnalisme. De l’artwork, assez sobre mais superbe, à la production, en passant par la répartition vocale ou la structure même des titres, tout est rehaussé, sublimé. Mention spéciale à « Antienne » et sa voix susurrée qui a immédiatement rendu l’ado boutonneux que j’étais à la sortie du disque fou amoureux de la chanteuse. Pour schématiser, Elend est une sorte de Dead Can Dance plus extrême, dans tous les sens du terme, avec une couleur résolument charbon, et pas mal de talent. A vous de le découvrir !

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FOUNTAINS OF WAYNE : Fountains Of Wayne

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Impossible de ne pas pas évoquer ici un disque de la trempe de ce premier album. Fountains Of Wayne est formé en 1995 dans le Massachussets par deux amis d’enfance, qui recutent deux compères et ses mettent bien vite à composer, tant et si bien que ce « Fountains Of Wayne » sort en 1996 chez Atlantic. Mais pour sortir un premier album sur une major, il faut qu’il ait un potentiel commercial. Et c’est le cas. Dès « Radiation vibe », on est happé par une powerpop accrocheuse et légère, mais qui n’oublie pas pour autant les guitares. Les hits en puissance s’enchaînent ; « Sink to the bottom », « Joe Rey », la faussement naïve « She’s got a problem », « Survival car »… On pourrait toutes les citer, puisque chaque chanson est bonne, jusqu’au final tout en douceur et en mélancolie « Everything’s ruined ». Je ne vais pas mâcher mes mots ; ce disque est exceptionnel. Il fait partie des meilleurs albums sortis dans les années 90, c’est un indispensable de la powerpop, achetez-le !

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Fountains of Wayne : Sink to the bottom

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PIST.ON : Number one

piston_number

Les années 90 ont vu un nombre de formations américaines se lancer dans le metal gothique, dans le sillon d’un Type O Negative ou d’un Paradise Lost. En fait, c’est une horde de suiveurs qui sortiront de terre avec plus ou moins de succès et de personnalité. Les petits rigolos de Pist.On (admirez le jeu de mot subtil) font partie de ceux qui sont passé à peu près inaperçus. Pourtant, la personnalité et le talent étaient bien là dès (et surtout sur) ce premier album au titre explicite en 1996. Mais peut-être le groupe de Henry Font et Val Ium en avaient-ils, paradoxalement, trop. Leur musique, habile mélange de metal gothique, grunge à la Alice In Chains et de ce qu’on pourrait qualifier de doomcore soft, le tout agrémenté d’une voix mi-criée mi-chantée, de choeurs à la Type O justement (les deux formations se connaissent et on retrouve Josh Silver à la production sur cette galette…) est à la fois sauvage et habillée d’un mal-être non feint (on peut penser à Crowbar aussi), et productrice de titres excellents comme « My feet », « I am no one », « Grey flap », « Parole », « Mix me with blood » et « Exit wound ». Non, vraiment, je ne comprends pas comment le monde metal a pu passer à côté de « Number one ». A vous de réparer cette erreur !

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Pist.on : Grey flap

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    Tags: de, à, metal, gothique, gothic

HOUSE OF PAIN : Truth crushed to earth shall rise again

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Quatre ans après « Jump around », les américano-irlandais du trio hip-hop House Of Pain peinent à renouveler le succès phénoménal de leur premier album, et se sentent des envies d’ailleurs. Ce troisième album pourtant assez réussi, comptant des titres classiques mais percutants comme « Fed up », « The have nots » ou « What’s that smell », et quelques featurings d’envergure (Guru, Sadat X de Brand Nubian) sera le chant du cygne du trio, dont les membres partiront chacun de leur côté avec des succès divers (Everlast et sa carrière solo cartonnent, Dj Lethal et sa participation à Limp Bizkit aussi, Danny Boy et son côté touche-à-tout moins), avant de se retrouver quelques années plus tard au sein de La Coka Nostra et enfin de reformer House Of Pain pour quelques concerts. S’il ne comporte pas de classiques du hip-hop, « Truth crushed to earth shall rise again » reste un disque de qualité de la part d’un groupe légendaire, l’un des premiers dans le genre à être composé de blancs uniquement, et brandissant fièrement leur communautarisme (quelqu’un ne sait pas que les membres sont d’origine irlandaise ?). 

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House Of Pain : Fed up