ODEZENNE : Dolziger str.2

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Entre Odezenne et Franky Vincent, il n’y a qu’un pas. Ou plutôt 3 lettres, et une orthographe approximative. Car j’ai, comme beaucoup, découvert Odezenne avec leur bluffant « Tu pu du cu », mitraillant les rimes et les jeux de mots comme jamais ou rarement en territoire français. Loin d’être un adepte de la gaudriole et de l’humour gras, le groupe français violente le hip hop à coup d’influences rock, chanson, électro et portnawak, s’en sert comme un tremplin qui l’aide à mieux plonger plus bas, creuse le bitume à coup de textes équilibristes et à différents niveaux de lecture. Oui, Odezenne est complexe. Lettrés, littéraires, les textes font la part belle aux figures de style, et exigent une concentration certaine de la part de ses auditeurs. Si des écoutes répétées sont nécessaires pour découvrir toutes les arcanes des textes, il en va de même pour la musique. « Dolziger str.2 » va encore plus loin dans l’expérimentation sonore, n’hésitant jamais à casser la dynamique et la logique « album » pour mieux installer des ambiances inédites. Mais une fois « Un corps à prendre » lancé, difficile de décrocher. Odezenne occupe l’espace d’une façon unique, ses textes subtils s’insinuent insidieusement dans l’inconscient. Et peut importe ce qu’on y croît comprendre, ils sont une forme de poésie urbaine et moderne acceptable même pour celui qui y est hostile. Bien sûr, certains sujets de prédilection du groupe (la fête et les états seconds, très bien illustrés par le flow d’Alix) tournent un peu en rond. Mais l’ensemble reste tout de même excessivement passionnant. Trop court, mais passionnant. Maintenant, si on cherche à analyser, à savoir s’il faut coller à « Dolziger str. 2 » une étiquette rap, pop indé, chanson, que sais-je encore, on y est pour longtemps. Alors ne cherchons pas à savoir et profitons de l’instant présent.

Paroles de l’album

Site officiel

Odezenne : Bouche à lèvres

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