MYRKUR : Mareridt

Je l’ai déjà dit, je suis assez sensible à la musique d’Amalie Bruun alias Myrkur, mais aussi et surtout à sa démarche artistique consistant à allier la beauté diaphane de l’heavenly à la noirceur répugnante du black metal. Il y a là quelque chose qui tient du génie, quelque part entre alchimie et rejet de greffe. Alors oui, la demoiselle n’a pas que des amis parmi les metalleux, et pas mal lui reprochent d’avancer sous une bannière black en édulcorant considérablement son propos. Ce qui n’est d’ailleurs pas faux. Mais elle est capable de purs moments de magie, et n’a pas encore tout dit. Voici donc son troisième essai. Celui-ci débute en douceur avec un « Mareridt » où la superbe voix de la jeune femme est accompagnée d’une menace sourde tout du long ; on est tranquille qu’à moitié. Et on a bien raison de rester sur nos gardes, car bien vite « Maneblot » déboule et s’impose comme le titre le plus réussi du lot, avec son riff classique, ses hurlements haineux, son break médiéval, et son dosage parfait. « Serpent » est déjà un poil plus sage, mais reste agréable. En revanche, « Crown » et son allure de rencontre entre Lana Del Rey et Dead Can Dance est un peu hors sujet. « Elleskudt » est un peu plus heavy, et ressort les vocaux hargneux et riffs cascadian, mais se montre un peu poussive. « De tre piker » est un autre titre purement heavenly ambiant ; oui, c’est beau, mais on connaît ça par coeur, et ça n’est pas ce qu’on est venu chercher. « Funeral », en duo avec Chelsea Wolfe, est beaucoup plus intéressante, avec son ambiance doom et son emphase enchanteresse. « Ulvinde » suit un peu le même chemin, mais en solo : ok, ça marche aussi. « Gladiatrix » (ce titre…) ne fait pas forte impression, et les intermèdes « Kaetteren » et « Bornehjerm » peuvent tout simplement être qualifiés d’anecdotiques. Nous voici face à la dure vérité ; oui, « Mareridt » est un bon disque, mais il s’éloigne ostensiblement du black pour se rapprocher d’une heavenly pop inquiétante mais manquant de mordant. Bilan mitigé donc !

Site officiel

Paroles de l’album

Myrkur : Ulvinde

Related Posts

  • 10000
    La voilà, la suite des aventures de la danoise Myrkur que j'appelais de mes vœux en septembre 2014 ! Sur son premier ep dont la chronique n'est pas très loin d'ici, elle mélangeait sans vergogne heavenly music et black metal. Une mixture hautement addictive de par son originalité autant que par…
  • 10000
    "One-woman band". Le terme a certainement déjà été utilisé pour parler de metal. Mais de black metal, ça, c'est moins sûr. Certes, des groupes de filles dans le metal noir, il y en a déjà eu, mais là, je trouve qu'assumer le poids d'un projet musical seule dans un carcan…
  • 10000
    Myrkur, Ricinn, Chelsea Wolfe... et Darkher. Depuis quelques temps, les filles explorent les passerelles entre musique expérimentale, ambiant, metal et pop songs cauchemardesques. Jayn Hanna, donc, s'est émancipée de sa formation d'origine The Steals pour voler de ses propres ailes noires. Et c'est plutôt bien de voir les donzelles du…
  • 10000
    Certains groupes aiment semer le trouble d'un point de vue musical. Le hongrois Tamas Katai, tête pensante de Thy Catafalque, et seul aux commandes depuis 2011, est de ceux-là. Bien que toujours ancré en territoire (extrême) metal, il n'hésite pas depuis des années (« Meta » est le septième album) à aller…
  • 10000
    Quelque part entre l'heavenly et le cauchemar, le grandiloquent et l'intimiste, la caresse et l'écorchure, ce nouveau projet français prend racine sur un territoire vierge issu de l'imagination fertile de sa créatrice Laure Le Prunenec. Il faut dire que la brune a été à bonne école, collaborant avec le fou…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *