JEWEL USAIN : Mode difficile

Je me suis retrouvé à jauger « Bruce Lee », un titre de Jewel Usain présent sur ce disque, sur Groover, sans jamais avoir lu un mot sur le rappeur d’Argenteuil. Et pour ne rien vous cacher, j’en suis resté autant mitigé qu’intéressé. Ce type a une plume, une personnalité, une gueule, et sait jouer de tout ça au travers de clips et titres malins, comme des chats de Schrödinger, à la fois dans et en dehors du rap game à la française, employant certains éléments tout en s’écartant de certains poncifs. Et ça, ça peut perdre un peu ; au final, on ne sait pas trop de quel côté de la barrière il se trouve, le bougre. Est-ce qu’on peut faire la bombe dans la soupe après avoir craché dedans ? Bah, et puis pourquoi pas ? Je suis revenu ici, à la sortie d’un premier album, parce que même si je n’accrochais pas à 100 %, si les éléments les plus trap et street me dérangeaient un peu, car trop prévisibles, déjà vus, j’ai senti un (gros) potentiel. Ce potentiel est ici largement exploité. Bien sûr, on sent que ce disque n’a pas été développé comme un tout mais comme une suite d’événements, une progression pas à pas, avec des auto-références d’un titre sur l’autre, comme au sein de la même saisons d’une série télé. Ceci dit, c’est pas désagréable du tout. Non, ce qui me gêne plus c’est le gros côté trap, avec des plans et des mélodies souvent interchangeables (« Paw patrol », « Mavado », « En plein océan »). Oh, ça ne veut pas dire que ça ne peut pas fonctionner. Mais ça reste pour moi du « filler » et je pense que Jewel Usain aurait pu faire mieux. D’ailleurs un titre comme « Mode difficile » (surtout sa première partie) le prouve bien : tout y est impeccable, de l’instru qui évoque quelques influs nippones au texte élastique. Les textes, c’est le gros point fort du monsieur. Il y a encore du travail pour les affiner, les rendre incroyables, mais ils comportent quelques moments d’anthologie. Après tout, bon, « Mode difficile » est un premier album, et ce qu’il accomplit est déjà impressionnant.

Facebook

Instagram

Related Posts

  • 10000
    « Boombap 2.0 ». Une jolie formule qui, Lacraps l’avoue, n’a pas de signification profonde. Vieilles formules à la diction moderne, pourrait-on dire ? Oui. Lacraps, nordiste d’origine, montpelliérain d’adoption, est venu tard au rap. Trop occupé à survivre. Ce qui ne signifie ni qu’il est plus « street » qu les autres, ni moins…
    Tags: d, qu, ne, a, s, rap, plus, se, n, français
  • 10000
    Drôle de chronique. Bien sûr, il arrive régulièrement que des disques de rap français apparaissent ici. Mais à titre posthume, je crois que c’est la première fois. Nepal, donc, s’est éteint le 9 novembre 2019, de causes inconnues. Et « Adios Bahamas » est donc à la fois son premier et son…
    Tags: n, a, ne, bien, plus, on, y, me, éléments, quelques
  • 10000
    Ce serait mentir que d’affirmer que je suis autant attentif à la scène rap français qu’il y a dix ou vingt ans. Mais le genre sait me rappeler à son bon souvenir une fois de temps en temps, et me prouver que certains ont encore des choses intelligentes à dire,…
    Tags: mieux, ne, s, rap, y, sait, se, dire, me, album
  • 10000
    Médine est au 11 septembre 2001 ce que « Démineur » est au 7 janvier 2015 : un dommage collatéral. Et si d'aucuns aimeraient le faire passer pour un point de détail de l'histoire du rap français, ceux qui ont déjà pris la peine de lire ses textes savent qu'il n'en est rien.…
    Tags: titre, déjà, français, rap
  • 10000
    Le troisième album du rappeur Dooz Kawa sera donc celui qui m'introduira dans l'univers fantasque, original et littéraire du strasbourgeois. Qu'on s'entende ; vous pouvez continuer à me traiter d'inculte parce que je ne comprends pas la poésie et le côté visionnaire de Booba, je m'en fous. Moi, ce que je…
    Tags: ne, jamais, faire, me, on, rap, sait, album, autant, jeune

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.