JUANITA STEIN : Until the lights fade

En 2017, avec « America », Juanita Stein accouchait d’un disque laid back folk joli mais pas transperçant non plus. Une petite année plus tard, la revoici avec, euh, c’est quoi ça ? Un album, un ep ? Je serai tenté de pencher pour la première solution. Les disques d’une demi-heure sont en train de s’imposer comme un nouveau format idéal dans une société où on consomme autrement la musique. Défaut d’attention, zapping, 30 minutes c’est pas la mer à boire, et avec 10 chansons, tout le monde est content. Vraiment ? Ben, oui, pourquoi pas ? La dame a opéré un subtil changement d’ambiance dont l’auditeur est prévenu sur la pochette. Plus urbain, plus brut, « Until the lights fade » va certes puiser dans les ressources folk pop de l’ex Howling Bells, mais n’hésite pas à se faire plus direct et à mettre plus en avant les guitares. Ce qui ne l’empêche pas de bénéficier de ce son ample qui a fait le charme du précédent, et de la légère touche mélancolique qui le rendait attachant. Ceci dit, « America » avait des failles, que le panachage des ambiances des titres de celui-ci avait pour mission de gommer. Est-ce réussi ? En partie. Cet album est une fois de plus de qualité, mais ça reste une tranche de vie, avec ses hauts et ses bas. Ce qui ne nous empêchera pas de continuer à suivre Juanita avec l’attention qu’elle mérite.

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Juanita Stein : Forgiver

Juanita Stein : Get back to the city

BEANPOLE : All my kin

Alors celui-ci, je ne l’ai pas vu venir. Oui, je savais que depuis quelques temps, Sean Lennon et Les Claypool faisaient copain-copain, collaborant ça et là, et nourrissant chacun la créativité chelou de l’autre. Mais que le premier puisse aider le deuxième à sortir un album jamais sorti d’un projet oublié, ça me la coupe quand même. Oh, c’est sûr, le Les doit en avoir un bon paquet comme ça. Mais je dois dire que ce « All my kin » est quand même sacrément fun. Tout d’abord, sachez qu’il s’agit, comme bien souvent avec l’énergumène, d’un concept-album. « All my kin » conte l’histoire de Chicken Boy et sa famille où la consanguinité est la règle et non l’exception, qui crèvent la dalle et veulent le boulotter. En gros. Bref, c’est toujours aussi barré. Peut-être même plus, globalement, d’ailleurs, puisque personne n’a voulu sortir ce disque avant. Bon, en fait, je vous le dis, c’est le monde qui est fou. Parce que ce disque est l’un des meilleurs que le bassiste alien ait sorti depuis un bon moment. A ceux qui aiment le travail de Claypool à la quatre-cordes, euh, passez votre chemin. Ici, ce n’est absolument pas le propos. Sur ce disque, les participants ont été invités à pratiquer un instrument qu’ils ne maîtrisaient pas. Et si certains plans peuvent rappeler d’autres créations du très productif musicien, l’ensemble est hors-normes. Il y a une sorte de folk de plouc, de la musique de cabaret, de parc d’attraction, des extrapolations inclassables, et parfois une forme très pop sixties. Enfin, dans l’esprit. C’est aussi improbable que ça en a l’air. Et passablement fun et inventif. Adopté !

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LUCERO : Among the ghosts

Oula, c’est que je suis pas en avance moi ! Lucero sort des disques depuis 20 piges, et c’est le premier qui me tombe entre les pattes ! J’apprends donc au hasard de mes investigations que les disques précédents étaient chargés d’influences bien americana mais aussi de soul, de punk, de blues… Mais voilà, ça ne transparaît pas vraiment sur ce disque (à part sur le dernier titre, « For the lonely ones »). Plus rock, plus sombre, ce neuvième album m’évoque un Afghan Whigs des nineties. En plus roots, certainement. Est-ce que je vais m’en plaindre ? Certainement pas ! La voix éraillée de Ben Nichols est le fil rouge des dix chansons, dont la plupart sont habitées d’une gravité et d’une élégance qui forcent le respect. Pas vraiment de faux pas ici, chaque titre martèle la personnalité profondément rock de Lucero, y compris les quelques ballades émaillant le disque (« Always be you », « To my dearest wife », « Loving » et la spoken word « Back to the night »). « Among the ghosts » est de ces disques qui ne font pas d’étincelles mais s’installent tout de même durablement au creux de l’oreille. Alors posez-vous confortablement et profitez-en !

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Paroles de l’album

Lucero : For the lonely ones

CODY JINKS : Lifers

Cody Jinks, c’est un peu le musicien typique de la bible belt. Biberonné à l’americana au sens large (country, folk, bluegrass et consorts), il s’en extirpe à l’adolescence pour explorer un autre univers / son côté rebelle, et s’intéresse au metal. Bon, à dire vrai, il va même un peu plus loin et fonde un groupe de thrash metal (Unchecked Agression) qui enregistrera même un disque. Mais une fois l’avion explosé en vol dans des circonstances apparemment pas trop sympa (Cody décidera de faire un break musical d’un an après ça), le voilà qui revient à ses premières amours, certes en ajoutant un peu d’exotisme, mais reste tout de même assez classique dans la forme. Bref, « Lifers » est le sixième album du bonhomme. On y retrouve donc des influences gospel / soul (« Holy water »), rock (« Lifers », honky tonk (« Can’t quit enough »). Parmi les onze titres de ce nouvel album, on a quelques belles réussites (« Holy water », « Lifers », « Desert wind », « 7th floor », « Head case »), et le reste se situe dans la case classique et efficace. Est-ce ce que je venais y chercher ce soir ? Pas vraiment. Mais parfois, on doit faire avec ce qu’on a. Et tout bien pesé, c’est pas si mal : même si « Lifers » ne diffère que peu des autres productions du genre, il s’avère assez bien ficelé pour qu’on l’accepte comme il est.

Paroles de l’album

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Cody Jinks : Must be the whiskey (lyric video)

THE GODDAMN GALLOWS : The trial

Est-ce que The Goddamn Gallows fait partie d’une scène ? Difficile à dire. Depuis quelques années émaillées de tournées chargées en shows mémorables, le groupe est un chaudron dans lequel bouillonnent americana, bluegrass, punk, rockabilly, metal et folie pure. Bref, The Goddamn Gallows ne ressemble à personne et n’est pas forcément facile à suivre. Mais au moins, on attend chaque nouvel album avec l’impatience en se demandant jusqu’où ils peuvent pousser le vice en restant écoutables. Eh bien, loin. « The trial » est encore une fois un melting pot délicatement maléfique où batterie puissante, accordéon traînant, voix rauque (on est parfois à la limite du black metal), banjo bluegrass, claviers tragiques, riffs heavy s’entrechoquent pour notre plus grand plaisir. Ce sixième album s’avère plus metal que les précédents, ce qui, je vous le concède, casse un peu l’équilibre de l’ensemble. Mais pour autant la magie opère toujours. Il faut dire que le combo s’y entend pour produire des titres pêchus aux mélodies entraînantes et à la virilité jamais remise en question. Alors certes, le nouveau venu aura certainement du mal à voir débarquer un gros riff ou un solo en plein milieu de deux phrases de mandoline, mais a-t-il vraiment persévéré après avoir vu la dégaine des musiciens et la pochette tout droit héritée du metal de ce disque ? Le groupe assume avoir axé les titres vers quelque chose de plus efficace sur scène, et de plus sombre aussi, sous l’influence de leurs dernières tournées avec des formations punk ou metal : c’est la suite logique du cheminement de The Goddamn Gallows pour qui a suivi son parcours. Alors on peut regretter l’évolution moins gipsypunk / cowpunk, mais ça reste un très bon disque !

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