HAPPY RHODES : Ectotrophia

Difficile de cataloguer Happy Rhodes. C’est peut-être pour ça que l’artiste américaine est restée cloîtrée dans une certaine confidentialité malgré des qualités vocales et musicales autant impressionnantes que déstabilisantes ? Il me faut vous dire que cet « Ectotrophia » n’est pas le nouvel et douzième album de la dame, mais bien une compilation de ces hauts faits. Souvent comparée (à raison) à Kate Bush, Happy (son vrai prénom est Kimberley Tyler, mais elle l’a fait changer encore adolescente) brille en effet par une versatilité vocale certaine (avec 4 octaves, on peut en exprimer des choses !), et une humeur musicale voyageuse, entre pop, musique classique, expérimentations, folk et rock neo gothique. Une musique dont la beauté glacée et planante et la mélancolie contraste souvent avec son prénom, mais qui parvient toujours à trouver le chemin du coeur. Une musique avec laquelle on ne s’ennuie pas, dont chaque chanson ressemble à une superproduction. Amples, laissant forcément beaucoup de place à la voix (avec des tessitures multiples se répondant et complétant), les dix-huit titres de cette compilation tutoient souvent les cieux, faisant intervenir une guitare dénudée et touchante (le premier instrument maîtrisé par l’artiste), et des claviers intervenant comme régulateurs et rehausseurs d’émotion. On trouve ici une sélection de titres des quatre premiers albums de l’artiste, agrémentés d’un titre plus rare (« When the rain came down »). Ce qui laisse présager qu’un volume 2 verra le jour prochainement, et peut-être même un troisième, si chacun se concentre sur une période de 3-4 albums. L’important, c’est qu’on trouve ici plein de bonnes raisons de se pencher sur la discographie de Mme Rhodes, dont le dernier album solo date de 2007, mais qui a depuis fricoté avec The Security Project, reprenant Kate Bush et Peter Gabriel (comme c’est bizarre !). Si vous aimez les deux derniers artistes cités, vous seriez bien inspirés de passer la porte de ce disque troublant et fascinant !

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Paroles de l’album

THE EXPLODING BOY : Alarms !

Cinquième album pour les suédois de The Exploding Boy, passés du statut de fans avoués de The Cure (« The exploding boy » est un titre de l’époque « The head on the door ») à groupe à la personnalité affirmée, celle-ci passant par un certain engagement qui les fait totalement passer à côté des « lalalala » et des « feel-good songs », tant mieux pour nous. Ces « Alarms ! » que fait retentir le combo ont d’ailleurs pour sujet des situations qui lui paraissent graves (condition sociale, condition humaine en général). Musicalement, on se situe entre post punk (ben tiens), rock gothique (tu m’étonnes) et rock indé. Comprenez que si la plupart du temps la basse mène le jeu et les claviers amènent une certaine mélancolie, on peut parfois voir poindre une certaine forme de rébellion plus ou moins violente. Ce qui pourrait certes ressembler à un emo-rock sombre de l’autre côté de l’atlantique si on poussait le bouchon. Sauf que les motivations et les influences de The Exploding Boy sont tout autres, et ça finit par s’entendre sur « Alarms ! ». Je ne dis pas qu’il s’agit là d’un disque-clé, d’une œuvre intemporelle. Mais les onze titres qui la composent ont chacun quelque chose qui retient l’attention. Bien sûr, si vous partagez leurs goûts, ce sera plus évident pour vous. Mais dans le cas contraire, vous trouverez tout de même quelque chose à vous mettre sous la dent. Bref, quoi qu’il en soit, allez m’écouter ce disque !

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The Exploding Boy : Alarms in silence

CRONE : Godspeed

Je vous avoue que le soir où je me suis lancé à l’assaut de ce « Godspeed », j’avais pas mal de choix, mais j’oscillais surtout entre ce disque et celui d’un combo plus connu (de moi en tout cas) de metal prog. Alors pourquoi celui-ci ? Je ne sais pas. La graphie, la pochette, quelque chose m’appelait. Et très vite, je suis happé par la beauté d’un titre comme « Lucifer valentine » et sa suite « The ptilonist ». « Mother crone » descend hélas d’un cran, un peu trop rampant à mon goût, et porté par une voix gothico-tragique qui ne lui sied pas forcément. Mais si cette première approche s’avère hasardeuse, on s’habitue assez vite à la voix, et on lui trouve même des qualités non négligeables. Musicalement, Crone est à la croisée du metal progressif, du rock atmosphérique, du rock gothique. Eux se définissent d’ailleurs comme du dark rock. Et il me faut vous dire aussi que le groupe est en fait un side project de Secrets Of The Moon, combo black metal ayant déjà bien roulé sa bosse. Et « Godspeed » fait suite à un « Gehenna » sorti en 2014 dans un anonymat certain. On a donc ici un chant entre rock gothique et mansoneries soft, des riffs sombres, assez bruts mais agencés de manière progressive, des titres ouvragés mais pas trop non plus. Bon, une fois les huit titres et 49 minutes de ce disques épuisés, je dois avouer que mon enthousiasme des débuts s’est un peu évanoui. Certes, dans l’ensemble, « Godspeed » est plutôt bon, mais il souffre finalement de son positionnement « ni trop, ni trop peu » qui ne lui octroie ni assez de dramaturgie pour le rock gothique, ni assez de structures savantes et fantasques pour le prog, ni assez d’évidence mélodique pour le rock / hard rock tout court. Et c’est dommage, car il est pétri de bonnes intentions évidentes, et nourri de quelques bonnes idées. Mais côté exploitation, il faut encore travailler le filon pour en tirer des diamants plutôt que du quartz. A suivre donc.

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MIRACLE : The strife of love in a dream

Miracle est un supergroupe synth pop formé de la moitié de Zombi et d’une partie amovible d’Ulver, Guapo, Sunn O))). En 2013, son premier album « Mercury » avait posé les bases d’un style très pop, aux claviers obsédants et aux légers accents gothiques. Fort logiquement, « The strife of love in a dream » marche dans les mêmes pas et les emmène un peu plus loin. « The parsifal gate » flirte même parfois avec la techno indus de Skinny Puppy. « Light mind », le premier single, s’avère beaucoup plus classique dans sa forme, et son potentiel nous heurte de plein fouet ; voici une mise en valeur bien trouvée. « Night vision » et « Sulfur » rappellent les périodes les plus froides d’un Depeche Mode, « Blasphemous rumours » en tête. « The seventeen nineties » nous refroidit encore plus, mais dans le mauvais sens du terme. Son côté répétitif et sa mélodie ne fonctionnent pas. Suivant. La lente et presque funèbre « Dreamours » renverse la tendance, suivie de près par une « Mind environment » aux aspirations vraiment très proches. En revanche, le dernier acte de cette pièce, l’instrumentale « Angelix », tire un peu trop en longueur et sur ses ficelles pour qu’on lui laisse une autre chance. Nous voici donc face à un disque inégal, mais dont l’individualité le rend assez bluffant et unique, tout en employant des formules bien connues : un pari risqué mais réussi pour le duo, qui accentue son côté gothique et grandiloquent pour notre satisfaction. Voici en tout cas un titre extrêmement bien choisi et représentatif de la dualité et des conflits internes de ce disque, qui sait trouver le chemin de notre oreille après quelques péripéties !

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Miracle : Light mind

VOX LOW : Vox Low

Vox Low, même si tout le monde s’en fout, est né sur les cendres de formations françaises diverses, dont Think Twice, ancien poulain de l’écurie F Com dont les membres se sont depuis rangés des voitures, avant de se raviser et de remettre le couvert avec ce nouveau projet qui n’a plus grand-chose à voir avec l’electro… Mais beaucoup plus avec le post punk et une certaine forme de cold wave de corbeau. Le voici donc, ce « Vox low » premier du nom, croisement entre disco et post punk. Il a logiquement trouvé refuge chez Born Bad, qui a souvent le nez creux pour les excroissances du punk. Mais attention, ici il ne faudra pas s’attendre à l’immédiateté et la fièvre d’un Frustration. Ce premier opus est beaucoup plus tortueux et vicelard. Et si sa duplicité me fait plus penser à un She Wants Revenge première période qu’à un Joy Division, il en a tout de même la teinte et le fumet. Pas facile à suivre donc, ces neuf titres, qui peuvent de prime abord même paraître bien arides à qui ne prendrait garde à leurs basses obsédantes, aux motifs électroniques dansants qui travaillent en arrière-plan, à cette voix grave et d’apparence monocorde qui en dit plus long que ce qu’elle n’en a l’air. Il y a quelque chose ici. Quelque chose qui veut qu’on le trouve, qui veut qu’on le garde, qui veut qu’on le regarde. Qui fait qu’on se repasse les neuf titres de ce disque comme un rituel qui ne veut jamais finir. Et pourtant, ils ne paient pas de mine… « Vox Low » est donc une bonne surprise, de celles qu’on ne s’explique pas mais qu’on apprécie !

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Vox Low : Now we’re ready to spend