BEANPOLE : All my kin

Alors celui-ci, je ne l’ai pas vu venir. Oui, je savais que depuis quelques temps, Sean Lennon et Les Claypool faisaient copain-copain, collaborant ça et là, et nourrissant chacun la créativité chelou de l’autre. Mais que le premier puisse aider le deuxième à sortir un album jamais sorti d’un projet oublié, ça me la coupe quand même. Oh, c’est sûr, le Les doit en avoir un bon paquet comme ça. Mais je dois dire que ce « All my kin » est quand même sacrément fun. Tout d’abord, sachez qu’il s’agit, comme bien souvent avec l’énergumène, d’un concept-album. « All my kin » conte l’histoire de Chicken Boy et sa famille où la consanguinité est la règle et non l’exception, qui crèvent la dalle et veulent le boulotter. En gros. Bref, c’est toujours aussi barré. Peut-être même plus, globalement, d’ailleurs, puisque personne n’a voulu sortir ce disque avant. Bon, en fait, je vous le dis, c’est le monde qui est fou. Parce que ce disque est l’un des meilleurs que le bassiste alien ait sorti depuis un bon moment. A ceux qui aiment le travail de Claypool à la quatre-cordes, euh, passez votre chemin. Ici, ce n’est absolument pas le propos. Sur ce disque, les participants ont été invités à pratiquer un instrument qu’ils ne maîtrisaient pas. Et si certains plans peuvent rappeler d’autres créations du très productif musicien, l’ensemble est hors-normes. Il y a une sorte de folk de plouc, de la musique de cabaret, de parc d’attraction, des extrapolations inclassables, et parfois une forme très pop sixties. Enfin, dans l’esprit. C’est aussi improbable que ça en a l’air. Et passablement fun et inventif. Adopté !

Site internet

THE GO ! TEAM : Semicircle

Certains ne conçoivent la création musicale qu’au calme, dans le confort d’un salon feutré, au milieu d’un intérieur bien rangé. Et puis il y a (entre autres) Ian Parton, créateur puis leader de The Go ! Team, qui ne conçoit son art qu’à travers la prise de risques permanente et l’originalité. Ainsi, depuis le très bon premier album « Thunder, lightning, strike », le groupe développe un style entre pop, hip hop, musique de rue et groove. Inutile de dire que sa musique est à la fois fraîche et fun, et pas forcément à mettre entre les oreilles des plus conservateurs. Un disque de The Go ! Team est souvent un voyage dans un wagon aux couleurs rétro mais aux étapes modernes. Sur ce cinquième album, en plus des chanteuses habituelles qui l’entourent, Ian a eu l’idée pas si saugrenue que ça de collaborer pour de bon avec une chorale de lycéens (le Detroit Youth Choir), sonorité autour de laquelle il tournait depuis ses débuts. De fait, « Semicircle » s’éloigne de l’écriture plus sage de « The scene between » pour revenir à un arc-en-ciel de couleurs et foisonnant d’idées folles. Comme d’habitude, l’ensemble est à la fois très hétéroclite et fait montre d’une homogénéité bluffante. « Semicircle » est donc, sans grande surprise, une réussite éclatante ; allez-donc vous en assurer vous-mêmes !

Site officiel

Paroles de l’album

The Go ! Team : Semicircle song

TELQUIST : Strawberry fields

Dans quelques années, on pourra avoir suffisamment de recul pour savoir si internet a assassiné les artistes ou les a libérés d’un système qui à la fois les exploite et les ghettoïse en reproduisant consciencieusement un système de castes, déterminant en avance ce qui peut séduire les masses ou pas. Telquist est une formation allemande dont je ne sais pas grand-chose si ce n’est que « Strawberry fields » a l’air d’être son premier album. Attention donc, ici on s’aventure dans l’indie pop allemande, bien loin des circuits habituels. Mais le fait que Telquist soit un illustre inconnu ne signifie pas pour autant qu’il mérite de le rester. « Strawberry fields » possède en fait pas mal de qualités qui pourrait le sortir de son Regensburg natal (ou pas, je ne sais pas trop d’ailleurs). Alors bien sûr, vous allez me demander de vous les énumérer, ces qualités. Eh bien, je vous dirais qu’elles s’amènent tranquille ne serait-ce que dans la chanson-titre de ce disque. Des sonorités electro-pop chatoyantes, un timbre nonchalant, un feeling indie pop, et un certain sens du groove. Pas mal pour une entrée en matière. « If the bomb » exploite, lui, un bon gros gimmick et bâtit un chouette titre autour. « Release me » surprend avec sa rythmique reggae, mais c’est pour mieux nous séduire. « Runners » joue encore les passeurs entre groove et indie pop. « Pigeons » nous montre juste que ça ne peut pas marcher à tous les coups, et c’est repari de plus belle avec la réussie « Light ». « Butterfly » est un peu timorée, « Himmelblau » fait un peu mieux, Et dans le peloton de queue, « Life is good », « Chances » et « Bench » compensent largement le raté de « Story of the red woolen hat ». Maintenant que vous êtes rassurés, il va vous falloir faire en sorte de donner à Telquist le destin qu’il mérite !

Site officiel

Telquist : If the bomb

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JAYA THE CAT : A good day for the damned

Cinquième album pour Jaya The Cat. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le groupe, il s’agit d’une formation hollandaise d’origine américaine qui se définit comme « drunk reggae ». . Ce que vous devez comprendre ? Qu’il s’agit d’un subtil mélange entre reggae, ska, rock fusion et punk rock. Jaya The Cat était plus exactement originaire de Boston, et si vous suivez mon regard, je pense qu’il partage avec un autre combo de là-bas pas mal d’influences communes. Et à part ça ? Et bien, un certain sens de la composition. Efficaces, énergiques, directs et fun, les quinze titres de cet opus transpirent la bonne humeur et donnent envie de remuer du popotin. On imagine bien que la version live doit être encore plus enfiévrée, mais on est déjà bien là. Mes chouchous ? « Wine stained function », « The palm reader’s face looks shocked », « A rough guide to the future », « Amsterdam ». Bon, ceux qui ont déjà jeté une oreille sur les deux disques précédents du groupe n’y trouveront pas de changement majeur, mais si Jaya The Cat ne change pas, il a le mérite de ne pas décevoir non plus. En quelques années, il est parvenu à trouver un équilibre, une harmonie entre rugosité et mélodie. Très pop, son skacore peut lui ouvrir les portes de la discographie de pas mal de monde en-dehors du giron skacore, mais encore faut-il qu’il puisse bénéficier d’une visibilité suffisante !

Paroles de l’album

Site officiel

Jaya The Cat : Amsterdam

Jaya The Cat : Sweet eurotrash

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