EPIC45 : Through broken summer

Voilà bien longtemps que je n’avais croisé la route des anglais. Des années. Parce que, même si leur « Against the pull of autumn » (2004) et leur « Weathering » (2011) m’avaient vraiment fait voyager, ils ne sont pas les plus médiatisés dans le genre post rock. Ou indie pop. D’autant plus que leur musique n’est que la moitié de l’un, ou de l’autre, c’est vous qui voyez. Pourtant, encore une fois, Epic45 me bluffe complètement. Avec ou sans chant (celui-ci est parfois utilisé comme un instrument additionnel), la musique du combo oscille encore ici entre post rock, ambiant, trip-hop, rock indé et rock progressif. Les ambiances sont majestueuses, le son ample. Le partis-pris de magnifier les guitares, de les mettre en avant, au centre de l’équation, donne un résultat plus original que l’on croit. Car Epic45 n’est pas vraiment un groupe post-rock, même si c’est de ce genre qu’il s’approche le plus. Sa musique charrie l’émotion, le spleen, une certaine forme de résignation. Et la beauté d’une pluie d’été au soir tombant. « Through broken summer » est un papillon, gracile et fragile, qui volette dans le tumulte d’un monde devenu fou, ses ailes reflétant la lumière. Et nous, on y est passagers clandestins, profitant de sa poésie et sa majesté. Et on dit merci !

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Epic45 : Outside

SONS OF ALPHA CENTAURI : Continuum

C’est quoi la productivité pour vous ? Est-ce que ça a à voir avec le rendement ? Genre sortir un disque tous les six mois comme Brockhampton ? Dans ce cas, les anglais de Sons Of Alpha Centauri sont clairement des tanches. Deux albums en 17 ans, je crois que même Claude François a fait mieux. Et il est mort, vous saviez ? Mais en revanche vous rapprochez la productivité de l’efficience, là c’est plus discutable. Le groupe pratique un style entre post rock et post metal, entièrement instrumental, très souvent stellaire sinon spatial. Ses titres comportent une paire rythmique carrée et solide et des guitares dont l’âpreté est souvent contrebalancée par une ligne mélodique au clavier. Et au sein de « Continuum » comme dans l’espace dont notre quatuor est très admiratif, tout est question d’équilibre. Celui de la force et de la finesse, de l’évocation et de la démonstration, de la lumière et de l’obscurité. Une duplicité constante qui rend plus difficile l’entrée dans ce deuxième opus mais qui en augmente la valeur et la durée de vie. On regrettera toutefois la présence de plans un peu trop classiques pour le genre, et d’une formule réduite à son minimum syndical (guitare, basse, batterie, clavier) ; parfois, un instrument exogène pourrait intervenir et transformer complètement le ressenti de l’auditeur réfractaire. Mais bon, Sons Of Alpha Centauri a fait son choix et l’assume. A vous de voir si vous l’acceptez tel quel !

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Sons Of Alpha Centauri : Io

PRAM : Across the meridian

On ne vous en voudra pas trop, chers lecteurs, de ne pas connaître Pram. D’une part parce que le groupe n’a rien sorti depuis 2007. Mais aussi et surtout parce que les britanniques pratiquent un art fort peu conventionnel, entre rock prograssif, pop électronique et jazz rock chiadé. Oh, bien sûr, ce break de dix ans a laissé des traces ; Rosie Cuckston a quitté le navire, remplacée ici par un presque sosie vocal (mais -oh, bordel, on me dit que c’est Sam Owen ?), et le groupe se montre un peu plus « cool » que par le passé, même si « Across the meridian » peut être considéré comme le digne successeur de « The moving frontier ». On y retrouve cette ferveur jazz swing déjà expérimentée avant, avec ces cuivres enveloppants embrassant des structures jazzy. Mais aussi ce côté étrange, surréaliste qui accompagne chaque sortie. Tout ça en sonnant différent. Je ne sais pas si je me fais comprendre. Entrer dans l’univers de Pram, et même en connaissant le dossier, c’est donc à coup sûr une aventure. De plus en plus cinématographique et de moins en moins brutalement expérimentale (mais bien chtarbée tout de même), la musique de Pram sur « Across the meridian » conserve sa magie et son goût de l’interdit à travers des mariages osés et nonobstant parfaitement accordés, où l’union entre l’onirique et l’amertume. Et c’est comme s’ils n’étaient jamais partis !

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Pram : Shimmer and disappear

TR PROD : Naissance

Ils sont rares, les artistes trip hop à voir le jour en ces temps troublés par la trap et autres synth wave. Alors quand TR Prod s’est pointé en m’annonçant son désir d’être chroniqué dans ces pages… Eh ben, j’ai simplement pas assuré. J’ai zappé le premier e-mail, les ai fait poireauter quelques jours pour le deuxième. Pourtant, ce soir, en découvrant ce premier ep sorti il y a quelques jours (et que j’aurai pu donc découvrir en avant-première, nigaud de moi), je me dis que j’aurai franchement raté quelque chose en passant à côté. Certes, cinq titres, ça n’est pas lourd. Mais c’est suffisant. « Genèse » plante le décor d’un style cool, mélancolique et groovy, mais avec une guitare rock. Quand « Tout s’oublie » démarre, on en attend la même chose, et ça nous suffirait, d’autant plus que le titre développe un univers similaire pendant sa première moitié. Jusqu’à ce qu’un chant noir charbon s’y incruste pour rehausser le côté rock. « Odyssée » marque le milieu du voyage tout en ambiance. « Gris ciel » relance les hostilités avec une autre salve de trip rock chanté. Et enfin, « Turquoise » nous accompagne tranquillement jusqu’à l’inévitable dénouement. Si « Naissance » est au final une traversée moins chahutée que ne peut l’augurer sa pochette, ses couleurs sont tout aussi belles et sa personnalité affirmée. La dualité electro / rock qui l’habite est suffisamment bien dosée pour qu’on s’y laisse prendre sans parti-pris pour l’un ou l’autre bord. Il n’est pas interdit de penser au premier album du Parisien Rob sur certains titres, mais encore une fois, oui, TR Prod cultive sa différence. Ne reste plus qu’à attendre une confirmation longue durée maintenant !

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TR Prod : Genèse