JUMP, LITTLE CHILDREN : Sparrow

Jump, Little Children nous revient après treize ans de silence. Le groupe américain s’était illustré avec un rock / pop indé assez flamboyant. D’abord entamée sous la forme d’un rock alternatif aventureux, la musique du groupe a peu à peu gagné en accalmies indie pop mais jamais en audace, procédant à des greffes électroniques, folk, world music ou baroque. C’est le morceau-titre qui ouvre la marche. Les mélodies vocales, le côté hymnique de la mélodie, la fin osée, tout est réuni pour satisfaire les fans. Mais bien moins encore que sur « hand on my heartache », petit tube tranquille, et petit frère d’un Manic Street Preachers en moins maniéré. « X-raying flowers » poursuit le travail avec une indie pop baroque. « Voyeuropa », sa partie parlée / rappée et son refrain sur deux variations étonnent. « Je suis oblivion » est sympathique mais, bon, les américains qui s’essaient au français, ça n’est jamais une réussite. « White buffalo » recentre le propos vers la folk pop, suivie de près par une « Cyclorama » un peu trop fade. « The protagonist moves on » fait un pas en avant, et bientôt une « Euphoria designed » magnifique et orchestrale lui emboîte le pas. Dommage que « Violets » ne soit pas du même tonneau. « Reality distortion field » renoue avec le chant parlé, tout en étant plus intimiste et en incluant des moments de pur rock. Enfin, « Boyhood » conclut ce retour par une ballade atmosphérique du meilleur effet. Joli coup messieurs !

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Jump, Little Children : X-raying flowers (lyric video)

VILLAGERS : The art of pretending to swim

En 2015, « Darling arithmetic » avait été une bouffée de poésie, d’élégance et de beauté. L’irlandais Villagers y confirmait tout le bien qu’on pensait de lui tout en approfondissant encore sa démarche créative par le biais de plus d’hybridation de pop, folk rock et éléments électroniques. En toute logique, j’espérais retrouver sur ce quatrième album fabriqué à la maison, dans un home studio tout neuf, peu ou prou la même chose. Alors quand « Again », qui contient bien tous ces éléments, mais aussi quelque chose de plus accrocheur, entame le premier mouvement, je ne peux qu’être en confiance. « A trick of the light » enfonce le clou. On a du groove qui ne fait pas vraiment danser, de la pop qui ne fait pas chanter à tue-tête, de la folk qui ne se perd pas dans la nature ; c’est beau, apaisé, évident mais pas pompier, bref ça a un charme fou. « Sweet saviour » est encore meilleure. Je pense au « California » de Perry Blake en moins grave, plus lumineux. Ce titre est juste magnifique. « Long time waiting » est plus groovy, plus complexe, moins immédiat, mais très bon aussi. « Fool » est encore une superbe chanson pop folk. « Love came with all that it brings » y introduit des cuivres et des cordes. « Real go-getter » et son gimmick obsédant nous bercent, et « Hold me down » comme « Ada » ne font pas retomber l’attention et le plaisir, bien au contraire. Bilan ; un nouvel album d’une beauté et d’une inventivité renouvelées.

Paroles de l’album

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Villagers : Fool

Villagers : A trick of the light

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THE GOON SAX : We’re not talking

The Goon Sax est un trio pop australien avec un humour très personnel. Tenez, sur leur page facebook, ils déclarent que leur musique est inspirée par aldi. Zet si vous venez à regarder le clip de « She knows », vous constaterez que celui-ci aussi est riche en ouatzefeuqueries diverses. Bref, les jeunes gens sont des originaux. Un état d’esprit qui transparaît un peu aussi dans leur pop mâtinée de post punk et d’indie pop, dans leur détachement à l’interprétation (mais je n’ai pas dit froideur), dans leur simplicité et leur semi-fausseté déconnectée de leur époque. Ils n’ont pas l’air d’avoir la pression, ceux-ci. Certains pourraient avancer que c’est grâce à la position enviable (?) de « fils de » de Louis Forster, rejeton de Robert des Go-Betweens, légendes de l’indie-rock un peu plus que local. Mouais. Je pense que ça n’a rien à voir. « We’re not talking » sent la prise directe, l’immédiateté, l’absence de prise de tête. Bien sûr, ici et là, on y ajoute sa sauce, un instrument, une rythmique qui va mieux, mais il semble tout de même assez brut. Ce qui est plutôt appréciable. Mais qui comporte des défauts. The Goon Sax défend un style fait de bric et de broc, qui sonne volontiers daté, simple, lo-fi dans l’esprit. Et malgré la dualité du chant, malgré des titres sympathiques, ça a du mal à passer chez moi. Il y manque des aspérités, une part sombre dont le groupe semble de se moquer mais qui me tient à coeur. Next !

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The Goon Sax : She knows

TAMINO : Habibi

Je le répète souvent, je n’aime pas les ep. Pourtant, je transige assez régulièrement, et même de plus en plus, avec ma règle induite de ne pas en chroniquer dans ces pages. Que voulez-vous, les temps changent, le monde de la musique aussi… Et surtout, je me l’autorise quand la poignée de chansons de ce format me retourne comme une crêpe. C’est le cas ici. Révélé dans sa belgique natale, Tamino (du nom du personnage de la Flûte Enchantée de Mozart – le jeune homme a une formation classique), délivre une pop crépusculaire et mélancolique qui doit beaucoup au Jeff Buckley de « Dream brother » ou « Grace », un peu à Radiohead, au Muse des premiers albums, et à ses origines égyptiennes (dans l’orchestration surtout). D’une beauté renversante, les quatre chansons de cette première production s’étirent sur 4 à 5 minutes chacune et laissent Tamino explorer un territoire vocal d’une étendue impressionnante. Des plus hautes cimes aux tréfonds, et avec une facilité incroyable, la voix d’Amir Moharam Fouad s’envole et laisse dans son sillage un peu de magie promise par son nom d’adoption. Ajoutez à tout ça chez le jeune homme un charme troublant et un regard charbonneux qui me rappelle Jaz Coleman, et vous obtenez un énorme coup de coeur, dont je dois la découverte aux conseils avisés d’un mélomane. Merci !

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Paroles de l’album

Tamino : Cigar

Tamino : Sun may shine

FOIL : Never got hip

Découvert totalement par hasard au gré de pérégrinations mercantiles, les écossais de Foil sont une de ces bonnes surprises indies qu’il est encore temps de découvrir quelques années après. Déjà lucides à la sortie de ce deuxième album, ils affirmaient sans qu’on sache vraiment si c’était un regret ou un étendard « ne jamais être devenus populaires ». Bon, bien sûr, on pourrait leur dire que s’ils avaient vraiment voulu l’être, ce mélange powerpop noisy grunge à la Pixies / Mudhoney, très ancré dans les nineties, n’était pas forcément le choix le plus judicieux en 2000. Et si on avait été un peu extralucide, qu’il sera d’ailleurs le dernier du groupe. Mais bon, Foil a l’air de s’en foutre comme de sa première chemise de bûcheron, et c’est tant mieux. Bien sûr, vous pourrez lire ça et là que le combo avait déjà ici mis de l’eau dans son whisky, agrémentant le style plutôt raide du premier album remarqué (mais pas par moi) de quelques fioritures : trompette, trombone, cordes diverses s’invitent ça et là, rendant le tout plus digeste, maximisant son impact. Mais la base reste la même : Colin, Hugh, Shug et le récemment arrivé Alan. Et tout ce petit monde est réuni pour produire un rock direct, poppy, abrasif, au chant parfois limite juste, mais complètement authentique. Foil ne fait pas semblant, ne se compromet pas, ne maquille pas sa musique. Tout ici vient des tripes et s’adresse aux amateurs de sensations pures, que ce soit les titres les plus punchy, noisy ou ceux qui se la jouent mid-tempo, posés, employant même des moyens fort peu conventionnels pour le genre (une « Claremont junction optimist » au chant parlé). Bref, « Never got hip » est une de ces fleurs du bitume, raretés de collectionneurs de bons sons inconnus dont il est facile de faire l’acquisition autant que de l’apprécier !

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Foil : End of the world

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    Tags: rock, on, a, album, ne, se, vraiment, indépendant, alternatif, powerpop