OUTSHINE : 1313

Non, je ne fais pas partie de ceux qui se désespéraient des quatre ans d’absence des suédois d’Outshine, de leurs démêles avec le fisc qui ont bien failli faire voler en fumée toute velléité de continuer à faire de la musique, de la perte d’une partie de ses membres. Pour la simple et bonne (?) raison que je n’ai jamais prêté l’oreille au groupe. C’est moche, hein ? Mais y’a une justice ; aujourd’hui, alors que le combo ressort grandi de ces épreuves et avec deux nouveaux membres, j’ai enfin l’occasion de réparer ma négligence. Et tout d’abord, de constater que, peu importe qui était derrière le micro avant, Outshine n’y a certainement pas perdu au change en recrutant Tony Jelencovich, ancien chanteur de Mnemic, Transport League et B-Thong. Bon, ok, les paroles de ce quatrième album ne semblent pas voler très haut. Par contre, niveau musical, c’est d’un autre accabit. Bon, bien sûr, on sent que la promiscuité avec Paradise Lost il y a quelques années à l’occasion d’une tournée commune a laissé quelques traces, mais Outshine parvient à s’écarter de cette ombre gênante au tableau, et évoquer ici un metal gothico-alternatif peut-être plus proche d’un Misery Loves Co dernière période (et la meilleure), ou empruntant quelques codes du funeral doom le plus accessible (et n’y voyez pas un commentaire désobligeant). Bref, « 1313 » se ballade entre metal gothique, metal alternatif et doomcore. Un style moderne et musclé, susceptible de plaire à un large public, et un album aux titres vraiment puissants et percutants. Un bémol cependant : disque trop court et qui finit par un titre moins réussi que les autres. Mais un petit coup de « Liar », « We are broken » ou « They know who you are » (mais c’est quoi cette outro ??) et c’est reparti !

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Outshine : Liar

RISE OF AVERNUS : Eigengrau

Les australiens avaient déjà titillé mon oreille à quelques reprises dans le passé, mais n’avaient pas su concrétiser tout à fait mes attentes, la faute à un style un peu trop timoré. Et je les avais, comme beaucoup certainement, jugés un peu trop vite, les croyant peu capables de remonter sur selle avec quelque chose de plus charpenté. Et pourtant… « Eisengrau » montre une réelle volonté d’évolution, et surtout un changement de cap vers un style plus marqué doom death orchestral. Si jusqu’alors, le nom de SepticFlesh débarquait une fois de temps en temps dans la description du style de Rise Of Avernus, ici le combo lorgne largement du côté des grecs : on y retrouve la brutalité grave du death / doom aussi bien que les parties orchestrales grandiloquentes. Le fait qu’il ait tourné en compagnie de Fleshgod Apocalypse ou Rotting Christ n’est pas non plus un hasard, et a du accentuer ses envies de voir plus grand et plus fort. De fait, « Eisengrau » s’en trouve probablement transformé, et se montre plus accompli qu’on ne l’attendait. Essor, ampleur, donnez à cette mue l’étiquette qu’il vous plaira. Les titres de ce nouvel album prennent tour à tour des teintes progressives, post black, doom, gothique, death : ils défilent en tout cas à grande vitesse, portés par des claviers omniprésents, et des ambiances grandioses. Haine, beauté, tristesse et majesté hantent les 46 minutes de ce disque. Chant clair, chant death et chant black se partagent le travail et accentuent le travail du groupe. Un travail d’une richesse et d’une profondeur impressionnantes pour un groupe avec une si relative expérience, et qu’on ne peut que louer !

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Rise Of Avernus : Forged in eidolon

TRIBULATION : Down below

Le death metal. Depuis son avènement, il a connu bien des mutations, revêtu bien des formes, et compté autant de détracteurs que de défenseurs. Parmi eux, les suédois de Tribulation font office de progressistes. Depuis ses débuts ou presque, le groupe habille son death dark d’influences plus gothiques et rock, pour un résultat bien souvent affolant d’efficacité. « Down below » est le quatrième album du groupe et va encore plus dans le sens d’un heavy death / black horrifique. Ce disque m’évoque un peu le Legenda d’antan, en plus accessible et gothique. Autant dire que sur ce coup-là, Tribulation a une fois de plus sacrément réussi son coup. Les sonorités plus directement héritées du rock (psyché ? Prog ?) collent parfaitement à l’ambiance délétère de l’ensemble. Chacun des dix titres a quelque chose de magique en son sein. Oh, putain, un « The world », un « Cries from the underworld », un « Lady death », tout mutants qu’il soient, sont de flamboyantes preuves de la vivacité du groupe et du bienfondé de son changement d’orientation musicale il y a de ça 18 piges, non ? « Down below » est une autre réussite à mettre au crédit du groupe, qui s’affranchit de plus en plus de son matériau d’origine pour affirmer une personnalité forte et un talent pour écrire de vraies bonnes chansons. Inutile donc de lutter, je vous somme de succomber à cette petite merveille du genre !

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Tribulation : The lament

MOONSPELL : 1755

En 2008, « Night eternal » m’avait convaincu que le groupe portugais avait encore des choses à dire dans la catégorie gothic doom. Il marquait en tout cas une volonté de revenir à un genre plus mordant et grandiloquent. Depuis, Moonspell a apparemment bifurqué vers un style plus empreint de symphonies et d’un feeling quasi-religieux, et ce malgré la position contraire jadis adoptée par le combo. Bref, 9 ans plus tard, la recette a évolué, mais finalement très peu. Certes, le riffing est beaucoup moins extrême, mais si différence on doit chercher, c’est donc plutôt dans l’organe vocal de Fernando. Moins grave, plus death doom et proche des débuts. Et surtout, les textes sont ici déclamés dans sa langue maternelle. Moonspell a-t-il eu un sursaut de patriotisme, ou a-t-il soudainement pris conscience que ses années fastes, celles où il trustait le premières places du podium du genre, étaient derrière lui, alors à quoi bon chercher à s’exporter plus facilement en s’exprimant en anglais ? Et bon, il n’aurait pas vraiment tort le bougre. Oui, « 1755 » est assez sympathique dans l’ensemble. Mais il n’a ni le panache ni le charme d’antan. Alors oui, je pourrais aussi vous dire qu’il s’agit d’un album concept, se basant sur une coïncidence troublante, celle qui a amené le plus terrible tremblement de terre de Lisbonne à détruire la ville le jour de la Toussaint. Mais est-ce vraiment important ? Et vous dire que oui, ce disque s’écoute fort bien, présente des qualités mélodiques indéniables, fait preuve d’un savoir-faire que seul un groupe d’expérience et de talent peut proposer. Mais « 1755 » ne me convainc que sur le moment, je n’en retiens que des bribes, juste l’ambiance générale, et c’est quand même dommage pour un groupe qui m’a donné tant de frissons dans le passé…

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Paroles de l’album

Moonspell : In tremor dei

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