BEHEMOTH : I loved you at your darkest

Évoluer ou mourir ; Behemoth connaît la règle, et se l’est toujours appliquée. c’est encore plus flagrant sur ce disque au titre singeant le christ. Après un « The Satanist » d’une noirceur exemplaire, il lui fallait se réinventer pour convaincre sa fanbase impressionnante de continuer à plébisciter sa musique. Bon, et soyons honnêtes, le fait est que Nergal est un artiste d’une intelligence et d’une créativité qui ne sont plus à démontrer, quelqu’un qui cherchera toujours à avancer. Et on peut donc considérer que c’est plus par amour-propre et conscience artistique qu’il a pondu un disque aussi passionnant que celui-ci. Car oui, ce onzième album est une réussite. Bien sûr, serait-on tentés de dire. Pour tout dire, je ne m’attendais pas à être déçu. Pas transcendé, peut-être. Pourtant, désappointé, je le suis pour le moins. Car cet opus s’écarte (encore plus) du black death intense, malsain et haineux. Il en conserve bien entendu quelques stigmates (un riffing black death, et la voix impeccable de Nergal), et le goût de la provocation, ici traduit par des chants d’enfants au texte bien déviant et anti-chrétien. Pour le reste, de grosses influences rock ont fait leur apparition et ont contaminé l’ensemble du spectre, faisant de ce « I loved you at your darkest » le « Clandestine » des polonais. Soit un disque transposant dans une autre réalité la noirceur du combo, tout en lui ouvrant de nouvelle perspectives et lui fermant définitivement (?) quelques portes. Un test pour ses fans, le pari que ceux-ci sauront évoluer en même temps que lui, suivre sa progression sur les flans escarpés d’un metal plus accessible mais non moins sulfureux. Rassurez-vous ; si vous avez apprécié « The satanist », la digestion se fera sans mal tant ce disque ne fait qu’en accentuer certains éléments et en atténuer d’autres, tout en gardant un vocabulaire assez semblable. Par contre, si vous espériez un retour aux sources, c’est non. Au final, « I loved you at your darkest » est une continuité, un entre-deux satisfaisant, pas décisif mais très bon.

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Paroles de l’album

Behemoth : Wolves ov Siberia

Behemoth : God = dog

MAYAN : Dhyana

Pour son troisième album, Mayan a voulu mettre toutes les chances de son côté, après deux disques passés relativement inaperçus dans le « milieu » death orchestral. Le combo néerlandais, side-project de Mark Jansen (Epica), a lancé une campagne de crowdfunding, qui lui a permis d’engager un vrai orchestre. Et ça s’entend bien, d’autant plus que les parties orchestrales sont nombreuses, prépondérantes et bien composées. Le reste, c’est des parties heavy épiques, pléthore de vocalistes (six!) qui amènent une diversité et une profondeur certaines à ce « Dhyana ». Le côté gothique est assez développé, mais ce disque est assez riche et varié. C’est un peu le piège dans lequel il tombe d’ailleurs. On a finalement plus l’impression de se trouver face à un opéra metal aux accointances death qu’avec un réel groupe death orchestral ; ici c’est bien le côté orchestral et non death qui est accentué, vous êtes prévenus. On a donc pas la puissance ni la démesure d’un Septicflesh (excusez-moi, mais pour moi ça reste la référence du genre), mais pourtant Mayan parvient à nous tenir en haleine avec une œuvre d’une ampleur pharaonique qui prouve la maîtrise technique de l’ensemble des participants et leur créativité débridée. Bien sûr, on peut trouver ça trop copieux, mais c’est quand même super bien foutu, et les fans qui ont donné pour sa réalisation n’ont vraiment pas à se sentir floués. Joli.

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Mayan : Dhyana

ULTRAPHONIX : Original human music

Toi, qu’est-ce que t’écoutais rayon metal début nineties ? Comme tout le monde, de la fusion ? Eh ben tu vas être content ; 2018, c’est le retour de la revanche. Bon, peut-être pas, mais il y a de l’idée. Et celle-ci est née de la rencontre de deux sommités du old school metal, à savoir Corey Glover (Living Colour) et George Lynch (Dokken, Lynch Mob, Xciter…). La rencontre de leurs deux univers, l’un plus metal fusion / funk, l’autre heavy metal, donne comme on pouvait s’y attendre le mélange des deux. Ainsi la voix chaude et groovy de Glover vient adoucir le jeu musclé de Lynch ou au contraire accompagner en douceur les ballades de celui-ci. Tout ça peut paraître un peu brinquebalant sur le papier, et parfois ça l’est même en vrai. Mais globalement, ce premier opus vient couronner une initiative pas évidente mais que le talent des participants (et on saluera d’ailleurs la paire basse / batterie, discrète mais redoutable techniquement, et en particulier le bassiste Pancho Tomaselli) vient mener à bien. Impossible de ne pas penser à un Living Colour plus heavy ici, la voix de Glover menant le jeu du début à la fin de « Original human music ». Mais par moments, je pense aussi à des choses plus aventureuses comme Mordred ou Naked Truth, de par la l’alliance de la force et la finesse, du funk et du metal. Tout ça ne se fait pas sans casse, et on trouvera quelques titres plus faiblards, et mêmes un peu pénibles (« Counter culture », « Take a stand » malgré son entame kornienne). Bref, Ultraphonix signe un disque imparfait mais qui a le mérite de faire avancer le métissage musical, et proposer un peu de fraîcheur !

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Ultraphonix : Another day

Ultraphonix : Walk run crawl

BLEEDING THROUGH : Love will kill all

Séparé en 2014, le combo d’Orange County se la joue « coucou nous revoilou » en nous apportant un sourire carnassier aux lèvres un nouvel album parfaitement calibré. Oups, j’ai vendu la mèche ! Alors oui, sur l’introductive « Darkness, a feeling I know », heavy et gothique, on pourrait douter du retour de leur mix death metalcore black sympho heavy aux affaires. Mais dès « Fade into the ash » lancée, on en doute plus. La question qui nous taraude en partant de là c’est « comment on s’en est sorti sans eux avant ? ». Non, parce que ce mélange assez unique, aussi mélodique que bourrin, chargé de claviers pompeusement goth qu’on peut raisonnablement trouver kitch (mais que j’adore), de chant clair poppy qui peut rebuter (mais qui va si bien ici), de dissonances et breaks déjà entendus ailleurs (mais toujours foutrement bien placés), et de riffs en béton armé taillés sur mesure. Et si on a l’impression que ce nouvel album a été composé en deux temps, une première partie plus mélodique et l’autre plus extrême, l’ensemble se tient et j’apprécie chaque titre de la même façon. On peut avoir le sentiment de prime abord que Bleeding Through n’est qu’un groupe de plus mais son côté assez Dimmu Borgir (d’il y a quelques années) meets metalcore le fait entrer dans une tout autre dimension, d’autant plus que le groupe multiplie les petites trouvailles sonores malsaines qui transcendent ses titres. Ce qui lui fermera certainement les portes du coeur des fans de metalcore pur et dur mais devrait passionner ceux qui sont plus ouverts à l’ensemble des genres cités. Bref, on a ici un huitième album maîtrisé de bout en bout et apte à terrasser ses auditeurs sur platine comme sur scène !

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Paroles de l’album

Bleeding Through : Set me free

Bleeding Through : Fade into the ash