THE LEWIS EXPRESS : The Lewis Express

Le problème quand tu claironnes à tout va que tu n’aimes pas le jazz, c’est que quand tous les 3 mois tu en publies une critique élogieuse sur ton blog, ben tu passes un peu pour un con. Bah, je m’en fous en fait. Mais si je voulais me la jouer mauvaise foi, je pourrais affirmer que The Lewis Express n’est pas qu’un groupe de jazz. En effet, son style tutoie également la soul, la musique de film noir, la world music. Tout ça avec un certain brio, garanti d’ailleurs par le cv de ses membres, dont deux traînent ou ont traîné avec The Sorcerers, excellente formation évoquées dans ces pages, et un autre avec Abstract Orchestra (entre autres). Et tout ça est très palpable quand on lance « Love can turn a man », d’une coolitude et d’une élégance très sixties, le groove tranquille et une légère effluve ska jazz derrière le smog. Une entrée de rêve. « Cancao de momento », comme son nom l’indique, se perd plus dans des influences world sud-américaines : c’est plus léger et groovy mais très bon quand même. « Hawkshaw Philly » sent bon le polar de la blaxploitation. « Brother come on » aussi à sa façon, mais de façon beaucoup plus légère et funk. On revient aux ambiances sombres et mystérieuses pour un « Theme from « The watcher » » qui pourrait être directement samplé pour un prochain Cypress Hill. « Last man in the chain gang » se situe dans la même mouvance, juste un peu plus démonstratif niveau piano, plus jazzy. Un des sommets du disque. Enfin, « Straight seven strut » est le seul titre accueillant un chant. Ou plutôt une voix. Pas de bol, il s’agit d’une voix francophone dégainant un texte creux avec une voix irritante. J’ai l’impression de me retrouver dans les années 90, dans « Le brio » de Big Soul. Assez insupportable, ce titre final recèle tout ce qui me hérisse le poil, et m’oblige même à écourter l’écoute. Mais le reste est vraiment très bon, alors si vous avez aimé le son des Sorcerers, vous y trouverez une suite plus variée et fort réussie !

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PRAM : Across the meridian

On ne vous en voudra pas trop, chers lecteurs, de ne pas connaître Pram. D’une part parce que le groupe n’a rien sorti depuis 2007. Mais aussi et surtout parce que les britanniques pratiquent un art fort peu conventionnel, entre rock prograssif, pop électronique et jazz rock chiadé. Oh, bien sûr, ce break de dix ans a laissé des traces ; Rosie Cuckston a quitté le navire, remplacée ici par un presque sosie vocal (mais -oh, bordel, on me dit que c’est Sam Owen ?), et le groupe se montre un peu plus « cool » que par le passé, même si « Across the meridian » peut être considéré comme le digne successeur de « The moving frontier ». On y retrouve cette ferveur jazz swing déjà expérimentée avant, avec ces cuivres enveloppants embrassant des structures jazzy. Mais aussi ce côté étrange, surréaliste qui accompagne chaque sortie. Tout ça en sonnant différent. Je ne sais pas si je me fais comprendre. Entrer dans l’univers de Pram, et même en connaissant le dossier, c’est donc à coup sûr une aventure. De plus en plus cinématographique et de moins en moins brutalement expérimentale (mais bien chtarbée tout de même), la musique de Pram sur « Across the meridian » conserve sa magie et son goût de l’interdit à travers des mariages osés et nonobstant parfaitement accordés, où l’union entre l’onirique et l’amertume. Et c’est comme s’ils n’étaient jamais partis !

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Pram : Shimmer and disappear

KADHJA BONET : Childqueen

On va jouer à un jeu. Je ne vous l’explique pas, on va commencer de suite. Et après, qu’est-ce qui se passe ? Eh bien après, le vaisseau d’E.T. tombe en panne de carburant et s’écrase comme une merde dans un champ. Une seule créature en réchappe, et est acceptée par un couple d’ermites se nourrissant essentiellement de musique et de bouquins new-age. A la mort conjointe de ceux-ci, lui ayant appris en quelques années les rudiments d’une mélodie terrienne acceptable, elle, Khadja de son prénom, décide de se rendre à la, grande ville sous forme humaine pour présenter ses chansons. Ce scénario, c’est la première chose qui vient en tête à l’écoute de ce deuxième album de la jeune femme. Un subterfuge qu’elle-même a d’ailleurs utilisé pour son arrivée dans le monde de la musique en 2016 avec son premier opus « The visitor » (que je n’ai pas eu la finesse de repérer). Prenons les dossiers dans l’ordre. « Procession » semble sortir d’une rencontre entre la fantaisie sf d’un Sheller et la folie d’un combo prog seventies. La voix exceptionnellement douce et mélodieuse de Kadhja, doublée, triplée, y rencontre une orchestration d’une richesse et d’une versatilité infinie. Suit le morceau-titre, plus classique et soul, gorgé de violons gainsbouriens. Vient ensuite « Another time lover », dont la basse évoque clairement un Metronomy époque « The english riviera ». La ballade amoureuse « Delphine » se fait moins exubérante. « Thoughts around tea » surprend par ses sonorités et sa durée courte. Sur « Joy », c’est encore la voix qui mène la danse, toujours bien accompagnée d’une valse de cordes en tous genres amenant une couleur légèrement surannée mais unique. « Wings » navigue lui aussi dans le courant pop sixties riche en émotion. Sur « Mother maybe », c’est un funk mellow qui prend le pas. « Second wind » repart sur un jazz soulful. Et enfin, « … » ferme la marche d’une façon assez énigmatique (et peut-être dispensable). L’ensemble du disque est inclassable et sans âge (si ce n’est celui de la production, exemplaire, pour faire ressortir tous ses éléments) et montre l’étendue des talents de l’extraterrestre, qui signe l’un des disques les plus intrigants et passionnants de ces derniers mois.

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Paroles de l’album

EZPZ : In a wacky world

L’electro-swing, on connaît. Le hip-hop, on connaît. L’alliance des deux, on a aussi déjà eu l’occasion de l’expérimenter. Mais sur tout un disque, c’est moins évident. Voici donc EZPZ, quatuor français, de Laval en Mayenne pour être plus précis. Leur crédo ? Un genre à la fois moderne, rétro, très musical, fun et frais. Leurs moyens ? Un dj, un emcee, un clarinettiste, un guitariste / claviériste. Et il faut bien le dire, ça marche plutôt très bien. Le groupe, français donc, a choisi de s’exprimer en anglais, ce qui renforce l’impression d’universalité de l’ensemble. Le flow élastique et énergique posé nonchalamment sur des beats qui fleurent bon un savoir-faire sinon ancestral au moins vintage, les phrases de clarinette, tout le décorum décrit plus haut vient parfaire le tout. Tout ça fait de « In a wacky world » un disque très agréable à découvrir, d’une immédiateté tenace, et probablement l’un des meilleurs dans le domaine electro-swing depuis quelques mois. Sur leur page facebook, ils citent volontiers Chinese Man comme référence, et ça tombe bien ; on pense en effet pas mal à « I’ve got that tune » ici, dans une version plus funky et hip-hop. Mais pour autant, rien n’est copié-collé, et EZPZ a trouvé sa place dans l’interstice certes mince entre les deux genres, et signe un premier album plus qu’honorable. D’autant plus que le combo parvient à peu près à éviter la redondance des thèmes mélodiques d’un titre à l’autre. Est-ce que ça sera toujours le cas pour la suite ? On demande à voir. Mais en attendant, reconnaissons-le, « In a wacky world » installe confortablement EZPZ !

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EZPZ : Easy peasy

SCRATCHOPHONE ORCHESTRA : Plaisir moderne

Du deejaying, du swing et de la chanson ; voici une formule qu’on commence à connaître, que ce soit en langue materne ou pas, et sur laquelle le Scratchophone Orchestra a décidé d’établir ses quartiers. Le groupe, composé d’un clarinettiste / chanteur, d’un contrebassiste, d’un violoniste / programmateur et d’un homme orchestre (guitare, prog, machine, percus) s’est ici entouré de quelques invités pour proposer un premier album varié et plaisant. D’emblée, « Mon héroïne » affiche les intentions du groupe : des titres légers, efficaces et festifs. La voix d’Aurélien me surprend et me prend un peu à rebrousse-poil dans un premier temps, sorte de mélange entre celle d’Ozark Henry première période et des intonations d’un Thomas Dutronc. Mais petit à petit, je m’y habitue et au final, je la trouve assez bien assortie à la musique. Le groove et la fraîcheur de celle-ci font le gros du boulot. « Plaisir moderne » plaira donc certainement à celles et ceux qui ont succombé à Parov Stellar et autres Caravan Palace, pour peu que ceux-ci ne soient pas allergiques aux textes français un poil coquins. Et je dois avouer que si ce n’est pas mon genre de prédilection, et de loin, l’electro swing chanson de Scratchophone Orchestra ne m’a jamais gonflé au cours des trois sessions d’écoute de cette chronique. Un bon premier essai, qui met en lumière les qualités du quatuor mais qui montre aussi des limites en terme de créativité ; pour aller plus loin, il faudra se montrer plus entreprenant !

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Scratchophone Orchestra : Mon héroïne

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