DJEDJOTRONIC : R.U.R.

Moi qui suis loin d’être immergé dans la culture electro, je découvre juste Djedjotronic avec ce disque, après quelques titres et ep parus chez Boys Noize. L’auteur est, encore, un ex musicien indie qui a lâché la guitare pour les machines. Un profil qui le fait conjuguer des rythmes obsédants et acides avec une certaine culture electro ; celle des rockeurs. Car « R.U.R. » va nager dans les eaux saumâtres de l’EBM, d’une electro dark ralentie et de l’electro ambiant. Une rencontre entre un Source Direct et un Ital Tek ? On est pas loin. En tout cas, celui qui goûte à ces mets avec plaisir ne sera pas trop désorienté sur le disque du bordelais exilé en Allemagne. Voix robotique, beats technoïdes, nappes d’ambiance, feeling industriel, thèmes répétés ad lib, Djedjotronic est un peu le Freddy de David Guetta, hissant un minimalisme mélodique à un niveau équivalent, mais pour produire tout le contraire d’une musique dansante et taillée pour les dancefloors. Bien sûr, Djedjotronic sera amené à fréquenter d’autres clubs, mais probablement pas le même public. Enfin, peut-être le même que celui de Jack Back, mais ceci est une autre histoire. Enfin, vous avez compris le topo : « R.U.R. » n’est pas un album évident, mais a tout de l’obsédant défouloir pour peu que vous soyez dans les bonnes dispositions. Sympa.

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Djedjotronic : Take me down

DORIAN CONCEPT : The nature of imitation

Il y a déjà quatre ans, je découvrais la musique pour le moins hétéroclite et singulière de Dorian Concept ; une base electronica et des excroissances house et expérimentales. Un disque pas inoubliable mais suffisamment intriguant pour qu’on y revienne à plusieurs reprises et qu’on range dans un coin de sa caboche le nom de son concepteur. Une œuvre en tout cas dotée d’une véritable dimension artistique, où l’on se plaît à se promener comme dans un paysage onirique. « The nature of imitation », malgré sa pochette toute vilaine, reprend les choses là où le musicien les avait laissées. Bien sûr, le disque emmène la musique de l’autrichien dans des contrées encore plus reculées et bigarrées, mais parfois aussi plus concrètes. Ainsi, on croise plus ostensiblement du jazz, de l’electro rythmée, du funk… le tout avec des techniques et des tics modernes. Un mariage entre l’ancien et le nouveau riche en rebondissements en tous genres et qui cette fois se concentre plus sur la lisibilité que l’exploration. Et là, on peut voir les choses de deux façons différentes ? Certes, c’est dommage car « The nature of imitation » semble de prime abord (bien que bien barré) moins original et créatif que son prédécesseur. Mais c’est aussi une meilleure garantie de plaisir à l’écoute et la réécoute, ce qui n’est pas négligeable. Ce qui en ressort, c’est comme sur le précédent le bonheur de découvrir un disque qui possède son vocabulaire propre et l’emploie de façon unique. Mais avec plus de groove !

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    Troisième album pour cet autrichien, et premier sur Ninja Tune ; maintenant vous savez pourquoi je me retrouve à écouter « Joined ends ». Oh, je sais, le label n'a plus depuis quelques temps la même aura de dénicheur de talents, de défricheur de la musique électronique. Mais il a quand même bien…
    Tags: musique, house, electronica, electro, concept, dorian

NOMENKLATUR : Atomised

Autant vous le dire de suite, il y a peu de chances qu’ « Atomised » devienne votre disque de l’été. Ou alors vous êtes encore plus barrés que moi. Mais ne fuyez pas pour autant. Nomenklatür est né de la rencontre de deux die-hard fans de techno, deux vieux baroudeurs du genre, deux agitateurs qui se pratiquent depuis quelques années et en sont même venus à monter un label ensemble (Elektrofon). Les deux hommes sont complémentaires dans les sons proposés, l’un étant plus branché EBM / techno indus (ce qui s’entend à la froideur de certains beats et aux nappes glaçantes), l’autre étant plus la caution techno (à tendance minimal) du couple. Le résultat, on s’en doute, ne respire pas la joie de vivre et la troisième mi-temps. Et c’est tant mieux. On y trouve donc des mélodies obsédantes, des lignes acides, des développements progressifs, des gimmicks rythmiques et percussifs discrets donnant de la personnalité aux titres, des ambiances gothico-planantes (tout ça mis bout à bout, pas étonnant que Nomenklatür ait remixé Haujobb), une couleur très underground nineties, mais des sonorités et une technique au goût du jour. Le duo prend d’ailleurs un malin plaisir à mélanger les sources et les techniques pour créer une mixture unique. Ce qui fait d’« Atomised » un disque assez épais pour qu’on l’écoute chez soi ou en club. Bien sûr, les allergiques à la techno brute feraient mieux de ne pas trop y traîner, ils risquent une bonne crise d’épilepsie, mais le duo a vraiment quelque chose en plus et sait en jouer pour proposer un ensemble cohérent mais non linéaire. Ce qui explique ses treize ans d’existence et justifie son maintien en première division de la techno française.

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Nomenklatür : Transcendanse

CLAPTONE : Fantast

Claptone est un dj et producteur allemand de deep house qui s’est fait remarquer dans le milieu et en-dehors. On comprend mieux, du coup, la présence accrue d’espoirs naissants sur ce deuxième album. c’est d’ailleurs Zola Blood, sensation indie pop électro pleine de spleen, qui nous accueille pour un « Birdsong » touchant et brillant. « In the night », deuxième titre par Ben Duffy, ressemble à un Zoot Woman dernière période, efficace mais un peu vain. Nathan Nicholson de The Boxer Rebellion habite une « Under the moon » à la belle gueule de single (comme une bonne partie du disque, d’ailleurs). « Stay the night » (avec Tender en maître de cérémonie) reprend le collier d’une electro pop mélancolique, et on se régale. « Stronger » et « Ain’t a bad thing » nous rappellent que la house est le terrain de jeu principal de Claptone. Les plus poppy « Wildside » et « Abyss of love » remplissent leur office mais ne vont pas beaucoup plus loin. « La esperanza » sonne un peu comme un Madonna ; ça passe tout juste pour moi. Heureusement, la magnifique « A waiting game » vient me la faire oublier. Kele Okereke (de Bloc Party), assez méconnaissable sur « Cruising (so they say) », parvient à souffler le chaud et le froid pour nous maintenir pile poil à la bonne température. Clap Your Hands Say Yeah et son « Animal » sont un peu trop indie dance pour moi. Enfin, « Alone » voit mes chouchous Blaenavon s’essayer à l’electro pop ; c’est moins fascinant que sur leur album, mais ça reste très agréable. Claptone signe ici un disque hétérogène aux qualités certaines, et susceptible de s’adresser à un public assez large. Ce qui pourrait également le desservir puisque les titres s’adressent potentiellement à des gens différents. Mais « Fantast » reste un bon disque !

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Paroles de l’album

Claptone : In the night

Claptone : Animal

MOBY : Everything was beautiful, and nothing hurt

MOBY : Everything was beautiful, and nothing hurt

J’avoue, j’ai fait l’impasse sur la récente période plus rock du musicien-restaurateur Moby. Du coup, je n’ai pas entendu une nouvelle note de l’américain depuis 2011 et l’album « Destroyed ». Le retrouver aujourd’hui dans une configuration plus électronique est donc une surprise. « Mere anarchy » nous accueille, superbe titre electro-pop à la mélancolie prégnante : on se prend vite à espérer que le reste sera du même tonneau. « The waste of suns » prend un chemin beaucoup plus trip-hop nineties : oui, pourquoi pas puisque c’est bien fait. « Like a motherless child » n’a rien à voir avec le negro spiritual : premier single du disque, il mixe techno, electro-pop et pop, en mode Tricky. « The last of goodbyes » et « The ceremony of innocence » et « The tired and the hurt » suivent un chemin nineties déjà bien arpenté il y a quelques années : on commence hélas à sérieusement s’ennuyer ici. « Welcome to hard times » s’avère un peu plus excitante quoique tout aussi classique dans sa forme trip-hop grand angle à voix féminine. Une formule que Moby n’a semble-t-il pas fini d’exploiter, puisqu’il réitère l’essai de bien des façons encore par la suite, jusqu’au dénouement final. Alors oui, tout est un peu trop beau, et si rien ne blesse, c’est parce que chaque angle est poli plus que de raison et que ce disque ne comporte vraiment aucune prise de risque. Moby y recycle ce qui a fait sa réputation et son succès, sans penser une seconde que le genre a fait son temps, trop proche d’un « Everything is wrong », et à peine réactualisé. Et ben, moi qui partais pour me réengager, me voici déMobylisé…

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Paroles de l’album

Moby : Like a motherless child