TIM HECKER : Konoyo

Tim Hecker a toujours eu le profil d’un explorateur. Avec ce « Konoyo », neuvième album de son projet solo (après des collaborations diverses et des disques plus techno sous un autre pseudo), il a décidé de s’intéresser à un genre très particulier et totalement méconnu sous nos latitudes. Il s’agit en fait de musique de cour japonaise appelée gagaku, ce qui rassemble en fait diverses disciplines comme la danse, le chant et la musique orchestrale. Et au sein de cette musique, on distingue également quatre branches distinctes. Bref, de la musique de connaisseur, donc quelques artistes contemporains (mais pas à nos portes) tentent de s’inspirer, mais qui a vu son heure de gloire entre le 5e et le 8e siècle et qui a ensuite décliné jusqu’à sa presque disparition. Le résultat ici, c’est la rencontre entre cette musique orchestrale volontiers dissonante, et comportant de nombreuses touches répétitives et un aspect général surréaliste et post apocalyptique. Ce qui est assez réducteur face à une telle œuvre, j’en conviens. Tim Hecker déconstruit complètement ses mélodies, les réduit en bribes, tout en lançant des sonars sonores, en tissant des aurores boréales de nappes glacées, en évoquant des formes hybrides se dressant, formant des motifs géométriques encore non baptisés puis se résorbant d’eux-mêmes, et ce indéfiniment. C’est la force de ce disque ; se servir de techniques anciennes pour en faire une œuvre résolument avant-gardiste, belle et envoûtante. Décidément pas un artiste comme les autres…

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APHEX TWIN : Collapse

Vous savez que je n’aime pas trop les ep, n’est-ce pas ? Oui, mais là, c’est d’Aphex Twin dont il s’agit. Annoncé à grand renfort de communication tapageuse (dans le métro londonien, notamment), ce retour tant attendu (« Syro » datait de 2014 quand même), dont on espérait forcément beaucoup, sera donc un cinq titres. Pas vraiment ce qu’on attendait, mais on s’en contentera si c’est bien fait. Une petite précision d’abord pour celles et ceux qui voudraient se lancer directement dans le visionnage du premier single « T69 collapse » ; la vidéo est à déconseiller aux épileptiques. Sinon, pour la musique, on reste en terrain connu, avec une electronica glitchy complètement boulimique de micro-mélodies, elles-mêmes posées sur un lit ambiant : contrat rempli. Quelques sonorités plus modernes et surtout une production maousse viennent finir le travail. On est pas submergés par un sentiment de bien-être par ce disque, et certains ont eu tôt fait de le taxer de raté. Ce ne sera pas mon cas. C’est clair,Richard D James n’est pas revenu au niveau d’un « Drukqs ».Mais il continue d’avancer, et un titre comme « Pthex », bien rétro, continue de fonctionner à la perfection sur votre serviteur. Alors « Collapse » reste pour moi une parenthèse sympathique avant, je l’espère, un nouvel album décisif.

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Aphex Twin : T69 collapse

DORIAN CONCEPT : The nature of imitation

Il y a déjà quatre ans, je découvrais la musique pour le moins hétéroclite et singulière de Dorian Concept ; une base electronica et des excroissances house et expérimentales. Un disque pas inoubliable mais suffisamment intriguant pour qu’on y revienne à plusieurs reprises et qu’on range dans un coin de sa caboche le nom de son concepteur. Une œuvre en tout cas dotée d’une véritable dimension artistique, où l’on se plaît à se promener comme dans un paysage onirique. « The nature of imitation », malgré sa pochette toute vilaine, reprend les choses là où le musicien les avait laissées. Bien sûr, le disque emmène la musique de l’autrichien dans des contrées encore plus reculées et bigarrées, mais parfois aussi plus concrètes. Ainsi, on croise plus ostensiblement du jazz, de l’electro rythmée, du funk… le tout avec des techniques et des tics modernes. Un mariage entre l’ancien et le nouveau riche en rebondissements en tous genres et qui cette fois se concentre plus sur la lisibilité que l’exploration. Et là, on peut voir les choses de deux façons différentes ? Certes, c’est dommage car « The nature of imitation » semble de prime abord (bien que bien barré) moins original et créatif que son prédécesseur. Mais c’est aussi une meilleure garantie de plaisir à l’écoute et la réécoute, ce qui n’est pas négligeable. Ce qui en ressort, c’est comme sur le précédent le bonheur de découvrir un disque qui possède son vocabulaire propre et l’emploie de façon unique. Mais avec plus de groove !

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    Troisième album pour cet autrichien, et premier sur Ninja Tune ; maintenant vous savez pourquoi je me retrouve à écouter « Joined ends ». Oh, je sais, le label n'a plus depuis quelques temps la même aura de dénicheur de talents, de défricheur de la musique électronique. Mais il a quand même bien…
    Tags: musique, house, electronica, electro, concept, dorian

NATUREBOY FLAKO : Theme for a dream

Le premier album de Damien Rojo Guerra, alias Natureboy Flako, m’avait échappé. Le deuxième n’aura pas cette chance. Ne croyez pas pour autant que je suis ici pour lui tailler un costard ; bien au contraire. L’electro aventureuse et volontiers expérimentale du musicien est l’une des plus belles surprises du genre dernièrement. Comme on peut s’en douter en regardant la pochette, le style est un peu perché, et revêt des formes changeantes. Flako utilise d’ailleurs une foule de sonorités et claviers différents pour mettre en valeurs ses enchevêtrements d’ambiances et de mélodies. Ce qui est impressionnant ici, c’est que tout original et presque psychédélique que soit ce disque, il reste très centré sur les rythmes obsédants, et prend un malin plaisir à fusionner jazz, soul, funk, musique de film, chiptune, et tout ça sans qu’on s’en rende compte. Ce qui lui doit lui permettre d’être écouté et même apprécié par ceux qui n’entreront pas dans son délire de recherche mystique. Cerise sur le gâteau, l’album est accompagné d’interprétations visuelles uniques sous la forme d’un site internet interactif. Alors pourquoi se priver ?

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Natureboy Flako : Theme for a dream

KODY NIELSON : Birthday suite

Quand vous êtes face à un fou, il n’y a pas 36 solutions : soit vous l’évitez comme la peste, soit vous le suivez dans son délire. Pour un génie, c’est à peu près la même chose, d’ailleurs. Alors ne me demandez pas où se situe Kody Nielson. Une chose est sûre, il est quelque part entre les deux. Pour ce premier album, il regroupe douze titres composés chacun pour l’anniversaire d’un de ses proches. Et sort l’album à sa date d’anniversaire. Ça vous paraît saugrenu comme idée ? Vous n’avez encore rien vu. Figurez-vous que ce chenapan a décidé de mettre en symbiose la musique baroque, le moog et la musique électronique. Ok, là, vous pouvez lever les yeux au ciel. Enfin, pas si sûr. Parce que si, sur le papier, ça a l’air bien chtarbé, une fois enregistré… ben ça l’est tout autant. Chtarbé oui, mais sacrément bien conçu. Les douze mouvements de cette « Birthday suite » sont certes calqués sur le même modus operandi (= une basse groovy, une batterie jazzy bien présente et assez remarquable, quelques fioritures synthétiques et un moog omniprésent déroulant un neo-classique hérité de Bach ou une compo plus jazz rock avec le même traitement) mais chacun pris à part fonctionne parfaitement. Oui, mais, est-ce que, tous pris à la suite, ce disque reste un plaisir ? C’est un peu là où le bas blesse, il faut bien le dire. Le moog, c’est chouette, l’idée de Kody est fun, mais un peu comme chez un Moog Cookbook ou un Rondo Veneziano (dont ce disque est un peu la progéniture difforme enfermée dans la cave avec Choco), on finit par se lasser au bout d’une demi-heure. Mais malin, Kody a donné à ce premier album solo une forme courte (33 minutes), permettant au curieux de se faire une idée sans se fatiguer. Une chose est sûr, avec Kody et après les Mint Chicks, Silicon et Unknown Mortal Orchestra, on est pas près de s’ennuyer !

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Kody Nielson : Ruban’s birthday