NOMENKLATUR : Atomised

Autant vous le dire de suite, il y a peu de chances qu’ « Atomised » devienne votre disque de l’été. Ou alors vous êtes encore plus barrés que moi. Mais ne fuyez pas pour autant. Nomenklatür est né de la rencontre de deux die-hard fans de techno, deux vieux baroudeurs du genre, deux agitateurs qui se pratiquent depuis quelques années et en sont même venus à monter un label ensemble (Elektrofon). Les deux hommes sont complémentaires dans les sons proposés, l’un étant plus branché EBM / techno indus (ce qui s’entend à la froideur de certains beats et aux nappes glaçantes), l’autre étant plus la caution techno (à tendance minimal) du couple. Le résultat, on s’en doute, ne respire pas la joie de vivre et la troisième mi-temps. Et c’est tant mieux. On y trouve donc des mélodies obsédantes, des lignes acides, des développements progressifs, des gimmicks rythmiques et percussifs discrets donnant de la personnalité aux titres, des ambiances gothico-planantes (tout ça mis bout à bout, pas étonnant que Nomenklatür ait remixé Haujobb), une couleur très underground nineties, mais des sonorités et une technique au goût du jour. Le duo prend d’ailleurs un malin plaisir à mélanger les sources et les techniques pour créer une mixture unique. Ce qui fait d’« Atomised » un disque assez épais pour qu’on l’écoute chez soi ou en club. Bien sûr, les allergiques à la techno brute feraient mieux de ne pas trop y traîner, ils risquent une bonne crise d’épilepsie, mais le duo a vraiment quelque chose en plus et sait en jouer pour proposer un ensemble cohérent mais non linéaire. Ce qui explique ses treize ans d’existence et justifie son maintien en première division de la techno française.

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Nomenklatür : Transcendanse

MASTER BOOT RECORD : Direct memory access

« Le heavy metal n’a pas disparu. Il n’a juste jamais été synthétisé. » a annoncé ce projet à son lancement. Depuis, il se fait fort de propager son metal cybernétique aux mélodies 8-bit comme un virus musical hautement addictif. De façon discrète et instrumentale, certes, mais avec passion et détermination. Pour ce cinquième opus, Master Boot Record a eu la riche idée de s’adjoindre les services de öxxö Xööx, vocaliste surdoué d’Igorrr, afin que celui-ci vienne hanter quelques titres à sa façon. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça s’entend, et que c’est pile poil ce qui manquait aux titres déjà riches en méandres mélodiques du projet. De fait, l’aspect hautement théâtral véhiculé par le chant mutant du monsieur s’accorde parfaitement avec la musique de l’autre foufou cagoulé. Les deux ensemble ont l’air de s’amuser à adapter les palettes de chacun à l’autre, et en face, l’auditeur n’a qu’à bien se tenir ; préparé ou pas, il va se prendre une déferlante de cyber metal 5.0 (au moins), qui finalement doit autant au genre des grands méchants chevelus qu’à la musique classique ou au chiptune pur et dur. Tout est une question de dosage dans la vie, et « Direct memory access » a semble-t-il trouvé l’équilibre parfait. Malin, le « groupe » ne joue pas la carte du bpm à tout prix, et laisse suffisamment de place à chaque partie pour s’exprimer ; on apprécie. Bon, ceci dit, Si Igorrr peut à la limite passer auprès des non-férus de metal, Master Boot Record fait un usage des gros riffs qui risque de rebuter les plus douillets. Mais pour les autres, c’est beau comme un processeur 18 coeurs qui fait tourner 5 calculatrices en même temps ! Et si on devait faire un reproche à ce disque ? Le manque de chant sur les autres titres, pardi ! On espère donc voir öxxö poser ses valises pour de bon ici, et en attendant, on kiffe !

Paroles de l’album

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RITUALZ : Doom

Fondé en 2010, Ritualz est le jouet du mexicain JC (peu de chances que ce soit Jean-Clotaire) Lobo, qui a vraisemblablement écouté pas mal de Skinny Puppy et de ses rejetons putassiers avant de se lancer dans l’aventure musicale. Pourtant, si le fantôme du chiot famélique plane souvent, ce n’est pas son côté le plus agressif et malsain qui saute le plus aux yeux. On est plus proche des morceaux hybrides de « The Process » et sa suite ici, quand la mélodie et la forme plus « pop » ou du moins « chanson » venait rejoindre l’expression plus classique techno indus qu’on connaissait au groupe. Il est donc là, ce « Doom » ; sombre, percussif, industriel, dramatique et beau. Ainsi, « Trash mental » peut évoquer un « Killing game » moderne (la classe quand même), et « To black » se rapprocherait plus d’un « Empte » (la classe aussi), en plus pop. « Journey » verse plus dans l’electro-goth ou le post-punk malade. « Rats » se situe entre dark wave et goth ambiant. « Spazz » et « Agony » sont des interludes dark ambiant réussies. « Echoes » et « Lust eternal » sont d’autres réussites éclatantes de l’album, entre dark wave et electro dark. « Doom » est une autre interlude, mais bien plus dark et teintée de metal, préparant le terrain à une « Pig » plus cauchemardesque et violente que les autres plages. Et enfin, « The last of us » ferme la marche en conjuguant brouillard industriel et mélopée dark wave lugubre : un titre qui convient parfaitement à une fin de disque. Pour une première rencontre, celle-ci est donc décisive et installe Ritualz comme une valeur déjà sûre d’un genre dont il est un représentant unique !

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Ritualz : Trash mental

DOOKOOM : Riffak

Dookoom s’est depuis ses débuts fait le chantre d’une trap / electro punk / hip-hop brutale, sombre et frontale, une musique de francs-tireurs et activistes d’Afrique du Sud autant que de bad guys qu’on aimerait pas croiser dans une ruelle sombre de Cape Town. Selon le label, si Dookoom se rebellait et fonçait dans le tas avec le précédent « No ! », ici le groupe se montre plus positif et rassembleur. Et ben mon ralouf, si c’est ça rassembler, la paix dans le monde, l’unité nationale ou même une poignée de main sincère entre parisiens et marseillais, c’est pas pour demain ! Bref, peu importe les intentions du groupe d’Isaac Mutant : Dookoom est et restera une créature hideuse et malsaine. Et ça tombe bien, puisque c’est comme ça qu’on l’aime. Ceci dit, « Riffak » se montre un peu plus malin que ses prédécesseurs. Certes, le style est toujours assez similaire de titre en titre, mais le groupe a trouvé sa vitesse de croisière et s’accroche désormais à une efficacité de tous les instants. Ce qui est forcément un bon calcul, puisque le manque de cohérence et d’accroche était ce que je lui reprochait sur « No ! ». Certes, « Gangstaz » ouvre les hostilités de façon assez attendue, par un mid-trempo bien crasseux. « Shotgun » et son vrai-faux riff font un pas de côté, mais c’est bien « Fuck you » qui lance les choses avec son gimmick obsédant. L’ensemble de l’album est encore plus trap qu’avant, plus bad boy, plus gothique. Plus que jamais, Dookoom est plus susceptible de plaire aux blancs-becs amateurs de hip-hop à leurs heures perdues qu’à ceux qui ne jurent que par les sons bien propres de Drake ou Lamar. D’ailleurs « Riffak », c’est « kaffir » en verlan, soit barbare, incroyant ou paria ; ce que Dookoom restera probablement s’il persévère dans la voie qu’il a choisi. Tant mieux pour nous !

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    Tags: plus, dookoom, trap, rap, punk, electro
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    Tags: plus, dookoom, no, trap, electro, rap, punk

SOVIET SUPREM : Marx attack

Quand « Oci cervene » déboule avec ses choeurs de l’armée rouge, on s’y croirait. Et c’est bien ce que recherche ce duo de baroudeurs du son que sont R-wan (Java) et Toma Feterman (La Caravane passe), alias John Lenine et Sylvester Stalline (ou le contraire) : évoquer de façon totalement irrévérencieuse et démesurément fun, tout en conservant un poil de sérieux et de conscience citoyenne. Voici une décoction inédite, aussi capiteuse que drolatique. On y retrouve toute la fantaisie des formations suscitées la touche slave en plus. « Diktator de dancefloor » introduit véritablement l’album façon postiche et potache. Hip-hop, electro, punk et chanson rock se téléscopent au sein des 15 titres pour le moins variés et néanmoins homogènes de ce disque. Étant donné le sujet, l’egotrip est de mise. Soviet Suprem détourne à tout va tout ce qui lui passe sous la chapka, témoin ce « T’as le look coco » qui n’a jamais sonné aussi bien (même si cette relecture s’avère extrêmement courte). Alors oui, « Marx attack » reste un disque de circonstance, pas forcément celui qu’on se repassera mille fois, qu’on présentera à nos enfants (quoique les miens l’aient trouvé « rigolo ») et qu’on gardera pour accompagner nos vieux jours. Mais son concept et sa musicalité, et le travail derrière son air désinvolte lui assurent toutefois une longévité bien plus longue que certains autres disques nés d’une idée délirante. « Marx attack », c’est un disque fun prétexte à l’exploration musicale de territoires bien balisés dont Soviet Suprem prend un malin plaisir à retourner les codes et directions. Khorosho sygral !

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Paroles de l’album

Soviet Suprem : Vladimir

Soviet Suprem : T’as le look coco