TIM HECKER : Konoyo

Tim Hecker a toujours eu le profil d’un explorateur. Avec ce « Konoyo », neuvième album de son projet solo (après des collaborations diverses et des disques plus techno sous un autre pseudo), il a décidé de s’intéresser à un genre très particulier et totalement méconnu sous nos latitudes. Il s’agit en fait de musique de cour japonaise appelée gagaku, ce qui rassemble en fait diverses disciplines comme la danse, le chant et la musique orchestrale. Et au sein de cette musique, on distingue également quatre branches distinctes. Bref, de la musique de connaisseur, donc quelques artistes contemporains (mais pas à nos portes) tentent de s’inspirer, mais qui a vu son heure de gloire entre le 5e et le 8e siècle et qui a ensuite décliné jusqu’à sa presque disparition. Le résultat ici, c’est la rencontre entre cette musique orchestrale volontiers dissonante, et comportant de nombreuses touches répétitives et un aspect général surréaliste et post apocalyptique. Ce qui est assez réducteur face à une telle œuvre, j’en conviens. Tim Hecker déconstruit complètement ses mélodies, les réduit en bribes, tout en lançant des sonars sonores, en tissant des aurores boréales de nappes glacées, en évoquant des formes hybrides se dressant, formant des motifs géométriques encore non baptisés puis se résorbant d’eux-mêmes, et ce indéfiniment. C’est la force de ce disque ; se servir de techniques anciennes pour en faire une œuvre résolument avant-gardiste, belle et envoûtante. Décidément pas un artiste comme les autres…

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DJEDJOTRONIC : R.U.R.

Moi qui suis loin d’être immergé dans la culture electro, je découvre juste Djedjotronic avec ce disque, après quelques titres et ep parus chez Boys Noize. L’auteur est, encore, un ex musicien indie qui a lâché la guitare pour les machines. Un profil qui le fait conjuguer des rythmes obsédants et acides avec une certaine culture electro ; celle des rockeurs. Car « R.U.R. » va nager dans les eaux saumâtres de l’EBM, d’une electro dark ralentie et de l’electro ambiant. Une rencontre entre un Source Direct et un Ital Tek ? On est pas loin. En tout cas, celui qui goûte à ces mets avec plaisir ne sera pas trop désorienté sur le disque du bordelais exilé en Allemagne. Voix robotique, beats technoïdes, nappes d’ambiance, feeling industriel, thèmes répétés ad lib, Djedjotronic est un peu le Freddy de David Guetta, hissant un minimalisme mélodique à un niveau équivalent, mais pour produire tout le contraire d’une musique dansante et taillée pour les dancefloors. Bien sûr, Djedjotronic sera amené à fréquenter d’autres clubs, mais probablement pas le même public. Enfin, peut-être le même que celui de Jack Back, mais ceci est une autre histoire. Enfin, vous avez compris le topo : « R.U.R. » n’est pas un album évident, mais a tout de l’obsédant défouloir pour peu que vous soyez dans les bonnes dispositions. Sympa.

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Djedjotronic : Take me down

APHEX TWIN : Collapse

Vous savez que je n’aime pas trop les ep, n’est-ce pas ? Oui, mais là, c’est d’Aphex Twin dont il s’agit. Annoncé à grand renfort de communication tapageuse (dans le métro londonien, notamment), ce retour tant attendu (« Syro » datait de 2014 quand même), dont on espérait forcément beaucoup, sera donc un cinq titres. Pas vraiment ce qu’on attendait, mais on s’en contentera si c’est bien fait. Une petite précision d’abord pour celles et ceux qui voudraient se lancer directement dans le visionnage du premier single « T69 collapse » ; la vidéo est à déconseiller aux épileptiques. Sinon, pour la musique, on reste en terrain connu, avec une electronica glitchy complètement boulimique de micro-mélodies, elles-mêmes posées sur un lit ambiant : contrat rempli. Quelques sonorités plus modernes et surtout une production maousse viennent finir le travail. On est pas submergés par un sentiment de bien-être par ce disque, et certains ont eu tôt fait de le taxer de raté. Ce ne sera pas mon cas. C’est clair,Richard D James n’est pas revenu au niveau d’un « Drukqs ».Mais il continue d’avancer, et un titre comme « Pthex », bien rétro, continue de fonctionner à la perfection sur votre serviteur. Alors « Collapse » reste pour moi une parenthèse sympathique avant, je l’espère, un nouvel album décisif.

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Aphex Twin : T69 collapse

ITAL TEK : Bodied

Ital Tek m’avait impressionné en 2016 par sa propension à propager sa mélodie à travers tout le spectre electro, lui qui venait du genre assez codifié du dubstep. Pas forcément facile à suivre mais passionnant, « Hollowed » avait le mérite de suivre son instinct uniquement, sans s’encombrer d’un quelconque héritage ou modèle. Un genre sombre et profond dans lequel il s’enfonce encore plus avant ici, manipulant toujours des sons deep techno, drone, ambiant ou electronica. La surprise est bien entendu passée, et on s’attendait un peu à retrouver quelque chose dans le même goût. Mais si on est pas surpris, on est pas déçu non plus. « Bodied » est un tout peut-être mieux pensé, à l’ambiance encore plus claustrophobe et aux sons plus étouffés, plus chauds. On y retrouve certes des basses acides, mais elles sont sous-marines. Les rythmiques et gimmicks percussifs semblent adoucis, la répétitivité a quelque chose d’aliénant mais d’anesthésiant. Étrange sensation, toujours surplombée par une noirceur fantomatique qui traverse les titres. Même lorsque une influence dark synth se fait plus prégnante (« Hymal »), celle-ci est rapidement noyée, absorbée par l’ambiance générale du disque. Ne cherchez pas à lutter, ce « Bodied » s’avère aussi fascinant que le précédent, sinon plus. Ital Tek est parvenu à sublimer son art. Et on espère qu’il n’a pas encore tout donné.

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Ital Tek : Blood rain

NORDVARGR : Metempsykosis

Si vous avez trop chaud et que vous cherchez la fraîcheur, ce nouvel album de Nordvargr tombe à point nommé… pour vous glacer le sang. Il faut dire que le dark ambiant industriel du one-man band a tout pour ça. On y entend des machines crisser, s’enrayer, se remettre en marche, s’illustrant de fracas métalliques divers. Une voix d’outre-monde asséner des textes menaçants. Des nappes fantomatiques cheminer le long de couloirs déserts et de paysages post-apocalyptiques. Le rythme souvent pesant vient accentuer l’atmosphère oppressante de l’ensemble. On pourra remarquer sur ce disque une présence accrue des parties vocales, ce qui éloignera encore un peu plus Nordvargr des amateurs de dark ambiant / indus non acquis à la cause metal, puisque ladite voix se rapproche du black / death metal. Une chose est sûre ; l’aura maléfique du projet pèse de tout son poids, et sa réputation maléfique et horrifique n’est pas galvaudée. « Metempsykosis » n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, et son économie de mélodies demandera à son auditoire un effort supplémentaire pour y entrer et parvenir à y survivre ! Au final, ceci n’est pas le meilleur album du projet, mais son positionnement moins austère pourrait bien plaire à ses fans.

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