NYDVIND : Tetramental I – Seas of oblivion

Nydvind est une formation française de pagan metal, formé en 2000 et qui pourtant ne sort ici que son troisième opus. Ces gens sont donc de ceux qui préfèrent prendre leur temps pour produire une musique qui satisfera pleinement ses exigences. Tant mieux. Dans ses rangs, on trouve aussi un ex Bran Barr. De quoi rassurer. Mais nul besoin d’étudier plus le cv et de disserter sur le intentions de Nydvind : sa musique s’en charge. Son pagan metal doit beaucoup au black, mais emprunte aussi au death et au folk metal le moins dansant. Très classique me direz-vous. Et si je rajoute du chant guerrier, des accalmies pour installer les ambiances, des riffs à la Enslaved ? Ah ben oui, ça ressemble toujours à du pagan, j’m’en doutais. Mais ce que tout ça ne dit pas, mes petits amis, c’est que c’est du très bon pagan. Il n’y a pas un moment où le vocaliste nous fait un peu de la peine, où on a envie de renvoyer le guitariste réviser ses gammes, où les ambiances bucoliques ont tendance à s’éterniser et nous attirer du côté sombre, celui de l’ennui profond. Nydvind sait jouer les architectes, pour construire des titres épiques, intenses et respectant strictement le cahier des charges pagan. Comprenez qu’il nous propose un disque très classique mais qui nous prend aux tripes pour peu qu’on soit sensible au genre. Et on a aucun mal à se sentir porter par les voiles d’un drakkar, puisque « Seas of oblivion » est la première partie d’une tetralogie et qu’il est dédié à la mer, à l’eau quoi. Le seul petit bémol qu’on pourrait mettre à ce disque en tant que puriste, est l’utilisation de l’anglais qui ne sied pas vraiment à l’ambiance. Mais c’est un détail que l’on oublie vite.

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JUMP, LITTLE CHILDREN : Sparrow

Jump, Little Children nous revient après treize ans de silence. Le groupe américain s’était illustré avec un rock / pop indé assez flamboyant. D’abord entamée sous la forme d’un rock alternatif aventureux, la musique du groupe a peu à peu gagné en accalmies indie pop mais jamais en audace, procédant à des greffes électroniques, folk, world music ou baroque. C’est le morceau-titre qui ouvre la marche. Les mélodies vocales, le côté hymnique de la mélodie, la fin osée, tout est réuni pour satisfaire les fans. Mais bien moins encore que sur « hand on my heartache », petit tube tranquille, et petit frère d’un Manic Street Preachers en moins maniéré. « X-raying flowers » poursuit le travail avec une indie pop baroque. « Voyeuropa », sa partie parlée / rappée et son refrain sur deux variations étonnent. « Je suis oblivion » est sympathique mais, bon, les américains qui s’essaient au français, ça n’est jamais une réussite. « White buffalo » recentre le propos vers la folk pop, suivie de près par une « Cyclorama » un peu trop fade. « The protagonist moves on » fait un pas en avant, et bientôt une « Euphoria designed » magnifique et orchestrale lui emboîte le pas. Dommage que « Violets » ne soit pas du même tonneau. « Reality distortion field » renoue avec le chant parlé, tout en étant plus intimiste et en incluant des moments de pur rock. Enfin, « Boyhood » conclut ce retour par une ballade atmosphérique du meilleur effet. Joli coup messieurs !

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Jump, Little Children : X-raying flowers (lyric video)

BEHEMOTH : I loved you at your darkest

Évoluer ou mourir ; Behemoth connaît la règle, et se l’est toujours appliquée. c’est encore plus flagrant sur ce disque au titre singeant le christ. Après un « The Satanist » d’une noirceur exemplaire, il lui fallait se réinventer pour convaincre sa fanbase impressionnante de continuer à plébisciter sa musique. Bon, et soyons honnêtes, le fait est que Nergal est un artiste d’une intelligence et d’une créativité qui ne sont plus à démontrer, quelqu’un qui cherchera toujours à avancer. Et on peut donc considérer que c’est plus par amour-propre et conscience artistique qu’il a pondu un disque aussi passionnant que celui-ci. Car oui, ce onzième album est une réussite. Bien sûr, serait-on tentés de dire. Pour tout dire, je ne m’attendais pas à être déçu. Pas transcendé, peut-être. Pourtant, désappointé, je le suis pour le moins. Car cet opus s’écarte (encore plus) du black death intense, malsain et haineux. Il en conserve bien entendu quelques stigmates (un riffing black death, et la voix impeccable de Nergal), et le goût de la provocation, ici traduit par des chants d’enfants au texte bien déviant et anti-chrétien. Pour le reste, de grosses influences rock ont fait leur apparition et ont contaminé l’ensemble du spectre, faisant de ce « I loved you at your darkest » le « Clandestine » des polonais. Soit un disque transposant dans une autre réalité la noirceur du combo, tout en lui ouvrant de nouvelle perspectives et lui fermant définitivement (?) quelques portes. Un test pour ses fans, le pari que ceux-ci sauront évoluer en même temps que lui, suivre sa progression sur les flans escarpés d’un metal plus accessible mais non moins sulfureux. Rassurez-vous ; si vous avez apprécié « The satanist », la digestion se fera sans mal tant ce disque ne fait qu’en accentuer certains éléments et en atténuer d’autres, tout en gardant un vocabulaire assez semblable. Par contre, si vous espériez un retour aux sources, c’est non. Au final, « I loved you at your darkest » est une continuité, un entre-deux satisfaisant, pas décisif mais très bon.

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Paroles de l’album

Behemoth : Wolves ov Siberia

Behemoth : God = dog

TIM HECKER : Konoyo

Tim Hecker a toujours eu le profil d’un explorateur. Avec ce « Konoyo », neuvième album de son projet solo (après des collaborations diverses et des disques plus techno sous un autre pseudo), il a décidé de s’intéresser à un genre très particulier et totalement méconnu sous nos latitudes. Il s’agit en fait de musique de cour japonaise appelée gagaku, ce qui rassemble en fait diverses disciplines comme la danse, le chant et la musique orchestrale. Et au sein de cette musique, on distingue également quatre branches distinctes. Bref, de la musique de connaisseur, donc quelques artistes contemporains (mais pas à nos portes) tentent de s’inspirer, mais qui a vu son heure de gloire entre le 5e et le 8e siècle et qui a ensuite décliné jusqu’à sa presque disparition. Le résultat ici, c’est la rencontre entre cette musique orchestrale volontiers dissonante, et comportant de nombreuses touches répétitives et un aspect général surréaliste et post apocalyptique. Ce qui est assez réducteur face à une telle œuvre, j’en conviens. Tim Hecker déconstruit complètement ses mélodies, les réduit en bribes, tout en lançant des sonars sonores, en tissant des aurores boréales de nappes glacées, en évoquant des formes hybrides se dressant, formant des motifs géométriques encore non baptisés puis se résorbant d’eux-mêmes, et ce indéfiniment. C’est la force de ce disque ; se servir de techniques anciennes pour en faire une œuvre résolument avant-gardiste, belle et envoûtante. Décidément pas un artiste comme les autres…

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BAYSIDE : Acoustic volume 2

Oh, tout ça ne me rajeunit pas. En 2005, je découvrais l’emo de Bayside avec leur album éponyme, et je succombai immédiatement. Aujourd’hui encore, je continue à l’écouter avec plaisir. Et l’année suivante, le combo remettait le couvert avec des versions acoustiques de ses titres, avec donc « Acoustic volume 1 ». Depuis, notre idylle a tourné court, même si Bayside est encore capable de pondre de magnifiques chansons. Alors je ne peux que tenter l’aventure. La nostalgie m’y aide un peu certes, et l’envie de voir des titres que, peut-être, j’ai écarté avec un peu trop de hardiesse sous un nouveau jour aussi. Premier constat : ce disque est moins roots que le précédent. Les onze pistes paraissent toujours aussi policées et soft, hélas. Le groupe a même poussé le vide (je ne trouve pas d’autre mot) jusqu’à mijoter de nouvelles versions de « Blame it on bad luck » et « Devotion and desire ». Le hic, c’est qu’elles sont totalement dénuées d’intérêt. Traitées de façon pop, elles ont perdu leur énergie, leur grain de folie, leur rébellion. Et le reste est peu ou prou à mettre dans le même sac. Ais-je besoin de vous dire que je suis déçu ? Ce disque est un plaidoyer pour son prédécesseur, qui en comparaison (ou pas, d’ailleurs) est un chef d’oeuvre. Ils auront au moins gagné ça !

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Paroles de l’album

Bayside : It don’t exist

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    Autre groupe emo à la longévité encourageante pour les petits jeunes qui débuteraient dans le milieu, Bayside a, nonobstant son talent à composer des chansons pop et rageuses à la fois, largement mis de l'eau dans son vin avec le temps. Certes, les guitares punky ne sont jamais loin des…
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