FADAH : Chaudar

Il n’a pas chômé le Fadah. Auteur en 2019 d’un deuxième opus serpentant astucieusement entre caniveau et belle étoile, le revoilà déjà avec un troisième album. Et celui-ci ne va pas dépareiller avec ses aînés ; toujours aussi lucide que cynique, Fadah sait qu’il ne trustera pas le haut des charts avec ses nouveaux titres, mais se fait fort de ne pas avoir dévié de trajectoire depuis ses débuts, pratiquant toujours un art basé sur l’intégrité, l’honnêteté et..le travail. Il est évident que les textes du mc sont travaillés, soupesés, étudiés et revus pour aboutir à ça ; ça, on le sait déjà. En revanche, sur cette sortie, j’ai l’impression que c’est la forme qui a changé. C’était déjà le cas avant, mais je le découvre plus aujourd’hui : aux rimes suivies (type AA / BB), assez basiques pour le rap, se sont jointes des formes moins évidentes, et des dérivés de prose. Ce qu’on comprend à la réécoute, c’est que sur cet album le texte, toujours prégnant, se plie plus à la mélodie, à la musicalité de l’ensemble. Les instrus ne sont plus seulement des faire-valoir, c’est bien une expérience globale que nous propose Fadah. Encore une fois, on ressent une forme aiguë d’amertume, de mélancolie au travers des titres, qui tous sont nés de l’introspection et la remise en cause des actes et pensées de son auteur. Et encore une fois, Fadah parvient à donner à tout ça une portée plus universelle qu’il ne se l’était probablement imaginé en le couchant sur le papier la première fois. La grande force de « Chaudar », c’est son louvoiement entre noirceur et lumière, autant musicalement que textuellement. Plus musical mais sans jamais renier ses origines, Fadah signe incontestablement une œuvre plus adulte, mais met de côté dans ce terme les synonymes de « raisonnable » et de « sérieux ». Le côté respectable, par contre, il l’a gagné dans la sueur et les entailles. Ne vous y trompez pas pourtant ; ce n’est pas un aboutissement. Fadah a encore, on le sent, beaucoup à offrir. On a hâte.

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Paroles de l’album

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