YEAH BUT NO : Yeah but no

Derrière ce nom goguenard, se cache un duo allemand auteur d’un terrible coup de coeur electro-pop indie pour moi. On pourrait s’attendre à quelque chose de fun et d’immédiat ; il n’en est rien. Ce qui prime ici, c’est la mélancolie. On pourrait même aller jusqu’à parler de noirceur, bien que ce terme soit un peu fort. A l’écoute de ce premier album, je pense à Thom Yorke, à Jay-Jay Johanson, à Moderat… on y trouve ce mélange de douceur, d’expérimentation et d’amertume, le tout avec un pouvoir mélodique indéniable. Une forme terriblement actuelle d’electro le dispute à un sens très new wave des mélodies vocales, et une retenue mi-pudique mi-affectée. Peu importe ce que le duo avait en tête en les composants finalement ; elles sont toutes sans exceptions chargées d’une beauté et d’une magie confondantes. Mariage parfait entre une technique à la limite de l’avant-gardisme et une esthétique post-moderne, « Yeah but no » prouve en 45 minutes qu’un premier essai peut être un coup de maître. Le piège dans lequel le combo pourrait s’empêtrer, c’est celui de la linéarité ; ces dix titres ont beau être magnifiques, ils ont une certaine tendance à l’homogénéité extrême, pour ne pas parler de redondance. Mais voilà, ils sont tous tellement bons que je leur pardonne tout ! Et je vous invite à y succomber à votre tour !

Site officiel

Yeah But No : Sand

Yeah But No : Leave the dark

DEAD FADER : Jenny 153

Lorsqu’il se décrit comme pratiquant du « funk industriel », Dead Fader ne semble pas avoir les tympans en face des trous, ou alors une conception toute personnelle du funk. Car si vous cherchez un ersatz de Daft Punk version underground, vous ne frappez même pas à la mauvaise porte, mais carrément sur le mur. La musique de Dead Fader est en fait beaucoup plus complexe que cette simple équation. De l’industriel, elle a la froideur mécanique, ce côté robotique, limite kraut, et quelques samples et effets metalliques. Du funk,… c’est plus vague. Le rythme est là, le côté obsédant de la mélodie aussi, mais je ne vois pas d’autre rapport. Rien de sensuel, rien de sexuel ici : « Jenny 153 » tient le plus souvent plus du tranchant froid de la lame de couteau que des motifs syncopés des cuivres funk. Mais (car il y a un mais) Dead Fader marie ça avec une bonne dose d’electro ambiant (on peut souvent penser à un Boards Of Canada ou un Bola) pour aboutir à quelque chose d’à la fois familier et assez novateur. Le meilleur des deux mondes ? Je ne sais pas. En tout cas, un compromis vraiment passionnant entre deux univers que l’on pourrait croire opposés, dont les titres à retenir le plus l’attention sont « Ligthning », « Raw food », « Chromazone », « Ice pits », mais qui compte vraiment de bonnes idées en général. « Jenny 153 » possède un pouvoir hypnotique certain, et montre qu’on a encore des choses à attendre de la scène electro…

Site officiel

THE DAD HORSE EXPERIENCE : I am a stranger here below

2008. The Dad Horse Experience naît. Né d’une passion pour l’americana et d’une découverte tardive du banjo. Il faudra quelques années et l’album « Dead dof on a highway », pour que sa musique me parvienne. Des influences nobles interprétées avec un humour, détachement et avec un accent pour le moins particulier. Un compromis bizarre entre troisième et premier degré, qu’on ne peut totalement prendre au sérieux mais qui fait preuve de-ci de-là de sérieuses qualités de composition, entre americana de plouc, blues rock et gothicana. Le style du « groupe » s’est affirmé, et c’est avec plaisir que je le retrouve aujourd’hui pour ce quatrième album à la tronche très indie américain mais qui conserve toute sa personnalité. Minimaliste, fun et bricolé, « I am a stranger here below » est un (autre) bon disque, chargé de chansons fort sympathiques à l’arrière-goût drôlatique. On retiendra plus particulièrement « My last ride », l’intoductif « That’s the day », « My rough and rowdy ways », « Down the Mississippi » et le morceau-titre. On ne va pas se mentir, sur une partie des titres cités, il est difficile de différencier The Dad Horse Experience d’un O’Death, un The Devil Makes Three ou à la limite d’un Those Poor Bastards, du moins si on fait abstraction de la voix du bonhomme, qui présente vraiment un timbre et une diction qui le rend unique. Mais quoi qu’il en soit, voici un disque trop court mais fidèle en qualité et en variété à ce qu’on pouvait attendre du projet. Et pour une fois, il ne vient pas d’outre-atlantique !

Site officiel

THE DAD HORSE EXPERIENCE : I am a stranger here below

Related Posts

  • 10000
    Dans le petit monde de l'americana pur jus, le nom de Slim Cessna fait office de saint, sinon de guide spirituel. Il faut dire qu'il traîne son stetson depuis pas mal d'années dans le milieu, accompagné/suivi par son compère Jay Munly et quelques autres gravitant autour d'eux (dont un certain…
  • 10000
    En lançant l’écoute de ce premier album de Me And That Man, je ne savais pas à qui appartenait le domaine dans lequel je pénétrais. Mais dès les premières secondes de « My church is black », j’ai compris sur quelles plates-bandes le groupe marchait lui-même ; Johnny Cash, Nick Cave, et toute…
  • 10000
    Peu de chances que vous ayez déjà entendu parler de Palodine, obscur groupe américain proposant une musique au croisement du blues rock, de l'americana et de la folk. Pourtant, si vous avez dans votre discothèque personnelle un disque de fin de carrière de Sixteen Horsepower, ou mieux, de Woven Hand,…
  • 10000
    Matt Bauer, c'est un nom qui me parle un peu. Bon, je ne vais pas non plus vous bourrer le mou, je ne suis pas spécialiste de son œuvre, mais je sais qu'il est assez grand, chauve, barbu, et qu'il peut être classé dans la catégorie folk. Tout ça, je…
  • 10000
    C'est un nom de groupe bien singulier que celui-ci. Mais en fait, ce groupe américain ne l'a pas inventé : il s'agit du nom d'une série western des années 50-60. Et c'est assez révélateur du genre musical développé ici. Un compromis entre folk rock, rock indé énergique et americana. Ah, et,…

FOREVER PAVOT : La pantoufle

J’avoue, je l’avais croisé il y a quelques temps ce disque, mais je n’étais pas dans les bonnes dispositions pour lui donner sa chance. Mais ce titre d’album me trottait en tête, titillant mon sens de l’absurde, et la provenance de Forever Pavot (le label Born Bad) me poussait à le remettre sur ma liste d’écoute. Ce soir, je suis prêt. Et très vite, je vais vite… ne pas le regretter. Emile Sornin pratique un art entre le psyché sixties légèrement suranné, l’indie pop lunaire de Saturnin et le foutraquisme pervers d’un Sexy Sushi. Étrange, frais, mais aussi très référencé et cinématographique, « La pantoufle », outre son apparente bonhomie, fait du neuf avec du vieux et du sérieux avec de la folie douce. Cet équilibre, beaucoup s’y sont cassé la gueule avant lui, mais Forever Pavot parvient avec brio à le maintenir. Il parvient en plus à nous tenir en haleine avec des histoires du quotidien chargées d’une certaine dramaturgie (dont on ne comprend pas forcément tous les tenants et aboutissants si on se laisse porter par la musique), installant une ambiance assez oppressante renforcée par l’utilisation du glaçant clavecin , de rythmiques obsédantes très films à suspense, parfois d’une narration martiale. Tout ça est contrebalancé par la voix rêveuse d’Emile, assez proche de celle de Mathieu Boogaerts, et d’un dixième degré rafraîchissant. « La pantoufle » est donc une expérience assez unique, un disque-monde à la Pratchett, aussi perché et drôle, le côté inquiétant en plus, auquel on s’attache immédiatement et durablement !

Site officiel