DERIVE PHANTOM : 243

Voici un projet fort peu conventionnel. Le duo autrichien (d’adoption) a tâté du crust punk, du rap indé et de la musique expérimentale et ambiante avant d’aboutir à Dérive Phantom. « 243 » est la troisième production de cette union. On y retrouve une poésie urbaine moderne, mi réaliste mi abstraite, portée par une voix blanche, fatiguée. Et des titres qui prennent un malin plaisir à ne prendre le parti ni de l’abstract hip hop, ni de la chanson pop post-moderne, ni de l’electronica, mais qui en empruntent tous les chemins, en emploient tous les stratagèmes, pour aboutir à sept ambiances très différentes, formant un tout mouvant et complexe. Parmi eux, certains s’affirment comme plus immédiats que d’autres, et servent de points d’amarrage pour revenir vers le reste. « Quiproquo » reste mon favori, mais « Origine » n’est pas loin derrière, et même l’instrumental « Silence » est une étape agréable dans ce voyage. Ce qui ne veut aucunement dire que les autres ne sont pas dignes d’intérêt ; juste moins « immédiats », pour peu que l’on puisse user de ce terme bien mal approprié pour l’oeuvre de Derive Phantom. En tout cas, il est temps, à l’heure où le duo prépare dans un secret relatif un nouvel ep, de découvrir les prémices de ce qui pourrait bien être un disque décisif de ce nouveau genre.

 

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Paroles de l’album

VERANE : Etat des lieux

Verane est un défenseur d’un style qui n’a plus le vent en poupe depuis quelques années : le rock francophone. Pensez à un Noir Désir, un Luke, un Eiffel. Pensez textes revendicatifs et lettrés, visions lucides et amères de la déliquescence de notre belle société, guitares héroïques et chant comme un étendard. « L’état des lieux » est le deuxième album du quatuor, et s’oriente vers quelque chose de plus rock. Les guitares puissantes, parfois à la limite du metal (écoutez donc « Sex tape » et son final limite doom metal), s’articulent autour d’une section rythmique aux rondeurs certaines et contrastent avec un chant très personnel (et parfois déstabilisant), quelque part entre celui de Jérôme de Deportivo et celui de Florent Pagny, à la fois lyrique et acéré. Tout ça est au service de 10 titres variés autant dans leurs ambiances que dans leurs sujets, et qui surtout ont pris, ça se sent, le temps de mûrir, autant dans leurs rimes que dans leurs riffs. A vrai dire, c’est le type même de disque qui me pose des problèmes, parce que sa forme ne s’adapte pas totalement à mes attentes (un artwork un peu trop rétro pour moi, une musicalité déjà bien éprouvée, et ce chant). Pourtant, plus je l’écoute, et plus j’en suis sûr ; les qualités de Vérane sont évidentes et justifient non pas seulement son existence mais plutôt un soutien sans faille de la part des amateurs du genre, qui y trouveront des titres attachants et fort bien écrits !

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Vérane : 83 jours après

Vérane : Ces endroits-là

YEAH BUT NO : Yeah but no

Derrière ce nom goguenard, se cache un duo allemand auteur d’un terrible coup de coeur electro-pop indie pour moi. On pourrait s’attendre à quelque chose de fun et d’immédiat ; il n’en est rien. Ce qui prime ici, c’est la mélancolie. On pourrait même aller jusqu’à parler de noirceur, bien que ce terme soit un peu fort. A l’écoute de ce premier album, je pense à Thom Yorke, à Jay-Jay Johanson, à Moderat… on y trouve ce mélange de douceur, d’expérimentation et d’amertume, le tout avec un pouvoir mélodique indéniable. Une forme terriblement actuelle d’electro le dispute à un sens très new wave des mélodies vocales, et une retenue mi-pudique mi-affectée. Peu importe ce que le duo avait en tête en les composants finalement ; elles sont toutes sans exceptions chargées d’une beauté et d’une magie confondantes. Mariage parfait entre une technique à la limite de l’avant-gardisme et une esthétique post-moderne, « Yeah but no » prouve en 45 minutes qu’un premier essai peut être un coup de maître. Le piège dans lequel le combo pourrait s’empêtrer, c’est celui de la linéarité ; ces dix titres ont beau être magnifiques, ils ont une certaine tendance à l’homogénéité extrême, pour ne pas parler de redondance. Mais voilà, ils sont tous tellement bons que je leur pardonne tout ! Et je vous invite à y succomber à votre tour !

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Yeah But No : Sand

Yeah But No : Leave the dark

DEAD FADER : Jenny 153

Lorsqu’il se décrit comme pratiquant du « funk industriel », Dead Fader ne semble pas avoir les tympans en face des trous, ou alors une conception toute personnelle du funk. Car si vous cherchez un ersatz de Daft Punk version underground, vous ne frappez même pas à la mauvaise porte, mais carrément sur le mur. La musique de Dead Fader est en fait beaucoup plus complexe que cette simple équation. De l’industriel, elle a la froideur mécanique, ce côté robotique, limite kraut, et quelques samples et effets metalliques. Du funk,… c’est plus vague. Le rythme est là, le côté obsédant de la mélodie aussi, mais je ne vois pas d’autre rapport. Rien de sensuel, rien de sexuel ici : « Jenny 153 » tient le plus souvent plus du tranchant froid de la lame de couteau que des motifs syncopés des cuivres funk. Mais (car il y a un mais) Dead Fader marie ça avec une bonne dose d’electro ambiant (on peut souvent penser à un Boards Of Canada ou un Bola) pour aboutir à quelque chose d’à la fois familier et assez novateur. Le meilleur des deux mondes ? Je ne sais pas. En tout cas, un compromis vraiment passionnant entre deux univers que l’on pourrait croire opposés, dont les titres à retenir le plus l’attention sont « Ligthning », « Raw food », « Chromazone », « Ice pits », mais qui compte vraiment de bonnes idées en général. « Jenny 153 » possède un pouvoir hypnotique certain, et montre qu’on a encore des choses à attendre de la scène electro…

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