SKELETAL REMAINS : Devouring mortality

Non, Skeletal Remains n’est pas une autre reformation du passé glorieux du death metal. Mais il aurait pu, car il en a toutes les caractéristiques ; un amour immodéré pour le style direct et sans compromis des années 80 / 90, une imagerie bien rétro, des textes outranciers… Les californiens, qui signent ici leur troisième album, ne boudent cependant pas totalement leur époque ; la vitesse supersonique est émaillée d’effets actuels et d’une production en rapport. Ne croyez pas pourtant que « Devouring mortality » est une somme de brutalité sans vergogne ; si on pense bien fort à Death, Obituary ou Pestilence, ça signifie aussi qu’on y trouve des soli malins et des passages mid-tempo permettant de reprendre son souffle entre deux cavalcades. Le combo, avançant en âge et en expérience, fait de mieux en mieux le partage entre passages rapides et intenses et autres plus techniques et ambiancés, si bien que ce nouvel opus est presque un modèle d’équilibre et de composition. Presque, car parfois les onze titres de ce disque manquent un peu d’accroche derrière des riffs classiques et efficaces mais un peu trop interchangeables. Faut-il pour autant le bouder ? Certainement pas ! « Devouring mortality » reste une belle réussite du death revival nineties. d’autant plus que celui-ci se concentre principalement sur le genre outre-atlantique, pas forcément le plus populaire ni représenté ces dernières années. Alors allez-y, vous avez ma bénédiction !


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FREQUENCY DRIFT : Letters to Maro

Alors ceux-ci, ils m’ont bien feinté. Frequency Drift fait partie de cette frange de groupes dont je ne découvre les disques qu’au gré de mes pérégrinations dans les méandres de l’internet en quête de sorties fraîches. Et « Dear Maro », qui me laissait penser jusqu’à 1mn50 qu’il était porteur d’un disque pop rock plutôt classique, me prend après ça au dépourvu, s’avançant de façon bien plus subtile et changeante. Oh, c’est sûr, une certaine propension à la grandiloquence aurait pu me mettre sur la voie, mais je n’y voyais qu’un classicisme un peu pompeux. Mais non ; ce huitième album des allemands de Frequency Drift est bien chargé de rock progressif jusqu’à la garde ! Mais point de trace de capillotractage, démonstration technique ou chansons à tiroirs à perte de vue ici ; le prog du groupe est de ceux qui s’écoutent sans heurts. Soft, atmosphérique, avec quelques accents plus rock, très proche d’un The Gathering période « How to measure a planet ? » (la magnificence du chant de la nouvelle vocaliste Irini Alexia y étant pour beaucoup), il n’a aucun mal à gagner mon admiration. Mais sorti de cette voix idéale (et apparemment très proche de la tessiture de la précédente vocaliste), la variété instrumentale s’avère aussi profonde : de nombreux éléments classiques ou plus exotiques se succèdent et se croisent pour le meilleur. « Letters to Maro » souffre certes de certaines longueurs parfois, et d’une durée un poil excessive (plus d’une heure avec le titre bonus) mais dans l’ensemble c’est un disque plus qu’agréable que l’on ne peut que conseiller !

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Frequency Drift : Electricity

HAWTHORNE HEIGHTS : Bad frequencies

Cinquième album pour ce qui reste de Hawthorne Heights. Il faut dire que le groupe n’a pas été épargné par les changements de line-up, du plus tragique (décès) au plus anodin (divergences musicales). Mais ceci a renforcé sa détermination à avancer sur le chemin d’un post hardcore qui s’est petit à petit transformé en émocore traversé de screams. Une formule confirmée par ce « Bad frequencies » au titre qui pourrait laisser présager d’une noirceur ou d’une dureté retrouvée ; il n’en est rien. Le style développé sur « Zero » en 2013 n’a subi que très peu de changements. Accrocheurs et punchy, les treize titres de ce nouvel album remplissent parfaitement leur office. Bien entendu, le groupe a la volonté tenace de conserver ses acquis, et ne compte donc pas trop s’écarter d’un savoir-faire certain et d’une facilité d’écriture établie sur une expérience qui a déjà payé dans le passé. Et pourquoi le ferait-il d’ailleurs ? Pris un par un, chaque titre de ce nouvel opus est très bon. Tous ensemble, c’est la même chose. Et si on cherche à sortir des sentiers battus, l’emocore n’est pas vraiment le genre qu’il faut privilégier. Alors si vous cherchez des mélodies pop punk sous une forme plus musclée et mélancolique, ne changez rien, vous êtes sur la bonne fréquence !

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Paroles de l’album

Hawthorne Heights : Just another ghost

MANI DEIZ : Infinity – 1

La dernière fois que j’ai croisé Mani Deïz, c’était en compagnie de Hartigan pour le premier album très réussi de ce dernier. A vrai dire, je savais que le beatmaker était plutôt doué, mais j’avais hate de le découvrir plus éloigné de son matériau de base (il travaille depuis des années pour le milieu hip-hop français) pour cet opus en solo. Bien sûr, ça aussi, c’est quelque chose qu’il a déjà fait (« Infinity-1 » est la dixième aventure solo du bonhomme) mais je n’en avais pas encore eu l’occasion. « Fallin’ », porte d’entrée de ce treize titres, me rassure sur ce point. Ici, le bonhomme se rapproche d’un trip-hop soyeux et mélancolique. On pourra reprocher la diction un peu maladroite au duo de voix, mais en tout cas c’est une introduction très efficace et qui met en confiance. Mais c’est loin d’être le seul coup d’éclat de cet album qui enchaîne les productions mélancoliques, élégantes et mystérieuses. On a là 39 minutes qui prouvent de façon indéniable les qualités de Mani Deïz pour ce qui est de recycler du sample old school en pièces de trip-hop cinématographique et tisser des grooves jazzy. Le fait qu’il se permettre de faire l’économie de chant sur la quasi-totalité du disque (seuls «Fallin’ » et le final « When you left » en comportent) n’est d’ailleurs en rien gênant. Bref, tout ici est très bon ; on est bien en peine d’y trouver une faille, si ce n’est une certaine homogénéité pardonnée dès la fin de l’écoute.

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Mani Deïz : Infinity – 1

Mani Deïz : Burning clouds

Mani Deïz : Fallin’

TAMERLAN EMPIRE : Age of ascendancy

Quand on jette un coup d’oeil, même rapide, à la pochette de ce premier album, on se doute bien qu’on va y trouver des influences orientales. Et lorsque le premier titre vient faire souffler sur nous le vent chaud du désert, on est pas que confortés, pas que rassurés, on est comblés par cette mise en bouche instrumentale d’une ampleur et et d’une authenticité inattendues. Car Tamerlan Empire n’est pas, loin s’en faut, un groupe du cru. Ni une formation world music. Il s’agit en fait d’un combo black symphonique australien. Ça vous la coupe hein ? Le secret derrière ça, c’est Khan, le batteur et compositeur principal, d’origine ouzbèque, qui a créé ce groupe avec la ferme intention d’y mêler orient et occident, en produisant une musique aussi agressive que grandiose et chargée de capiteux parfums exotiques. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est une réussite éclatante. Les rythmes et mélodies orientales se fondent à la perfection dans le black / dark plutôt classique du trio. On pourrait craindre à une pâle copie d’un Orphaned Land première période ou d’un Melechesh : il n’en est rien. Les aspects symphoniques de Tamerlan Empire, réellement monumentaux, sont prépondérants ici, mais ils accompagnent également des rythmes et une structure du riffing inspiré du moyen-orient qui en font une expérience rare et magique. Oui, magique, le mot est lâché ; on a fréquemment l’impression (si on fait abstraction des éléments black) d’être en pleine superproduction hollywoodienne, ou en tout cas en présence d’une collaboration entre musiciens folkloriques et metal. Parvenir à un tel résultat après seulement une démo tient de l’exploit. On ne connaît pas l’identité des autres musiciens de Tamerlan Empire, mais nul doute qu’ils sont déjà expérimentés dans le domaine. Et on ne peut qu’espérer que son créateur Khan n’ait pas dit tout ce qu’il avait à dire sur ce fantastique premier opus !

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