SOUL ASSASSINS : Dia del asesinato

Quand j’ai vu ce disque sur les tablettes de parution, j’en ai salivé d’avance. Bercé depuis longtemps à la musique du Soul Assassin Muggs, autant au travers de House Of Pain que de Cypress Hill, Psycho Realm ou ses projets solo (et bien accompagnés), je suis les agissements du bonhomme avec avidité. Ce nouvel album (je ne les compte plus) renoue donc sans surprise avec les beats secs, le groove rétro, les basses profondes et les ambiances lugubres. Côté voix, on retrouve comme d’habitude des sommités du genre : MF Doom, Raekwon, Kool G Rap, Freddie Gibbs, et les plus jeunes Meyhem Lauren (avec qui Muggs a collaboré à plusieurs reprises cette année), Mach-Hommy, Hus Kingpin. On pourra bien sûr regretter les absences des habitués Sick Jacken, B-Real et Ill Bill à qui ces instrus auraient (comme d’habitude) été comme un poing américain, mais un peu de variété ne nuit pas non plus. Ceci dit, on pourra faire les mêmes reproches à ce disque qu’aux précédentes sorties labellisées Soul Assassins ; un côté compilation bricolée avec des chutes de studio de qualités diverses. Je retiendrai de cette cuvée « Day of the dead », « Blue horseshoes », « Contagion theory », « Wally face », « Duck sauce » et « Death wish ». Ce qui est déjà plus que respectable pour le coup, mais ne sauve pas le disque de son obsolescence programmée !

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Soul Assassins : Duck sauce

HYRO THE HERO : Flagged channel

Hyro, rappeur de Houston ayant choisi de mélanger sa passion pour le hip-hop avec celle pour le rock, nous revient après un long hiatus de 7 ans. Comment je le sais ? Parce que je dois être par ici l’un des rares à avoir jeté une oreille sur « Birth, school, work, death » et même à l’avoir sur mes étagères à cd. Bien sûr, à l’époque, le style était assez différent (d’où le changement de nom, de « Hyro da Hero » à Hyro The Hero »?). En quoi ? Et bien, si ce premier album posait les bases d’un genre un peu maladroit, mélangeant la diction d’un Eminem au rap rock d’un Kid Rock, il restait très ancré dans le hip-hop. Ici les influences ont changé / évolué, mais sont toujours clairement identifiables. C’en est même parfois gênant, et c’est nonobstant très bien fait : « We ain’t afraid » (et plusieurs autres, d’ailleurs) est calqué sur Rage Against The Machine, gimmicks compris. « Killas are comin » sent bon le Skindred. On croise aussi des influences Limp Bizkit première période, Downset ou Urban Dance Squad. Bref, on pourrait facilement taxer Hyro The Hero de vil plagieur, d’opportuniste. Mais voilà, le rap metal, ça a toujours été son truc, et il n’a finalement pas trop surfé sur la vague, en peaufinant bien ce deuxième album (certes assez cousu de fil blanc), alors qu’il aurait pu multiplier les sorties pour tenter de damer le pion aux Hollywood Undead et autres combos nouvellement apparus sur la « scène ». Alors, verdict ? « Flagged channel » sort largement la tête de l’eau, Hyro a digéré ses influences et sait s’en servir pour produire des titres puissants et efficaces. Les titres de cet opus sont donc à recommander aux nostalgiques comme aux nouveaux convertis, leur principale force étant de se voir portés par un vrai mc qui kiffe le metal plutôt qu’un metalleux converti au rap.

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Hyro The Hero : Bullet

JEDI MIND TRICKS : The bridge and the abyss

Tous les 3 piges, Jedi Mind Tricks dégaine un nouvel album. Le précédent, malgré le retour aux affaires de Stoupe, m’avait gonflé ; trop téléphoné, trop « fan-service ». Et à vrai dire, j’aborde celui-ci avec les mêmes craintes. On le sait, Vinnie Paz sait poser son flow sur à peu près n’importe quoi et pondre des textes en rapport. Le retour de Stoupe est passé un peu inaperçu sur le précédent opus. Mais ici, Vinnie et lui ont peut-être pris plus le temps de bosser sur des choses plus aventureuses ? Ah, ben non. Le fait est qu’on a ici plus d’exotisme qu’auparavant. Dès l’intro, les influences world qui émaillent le disque (« Rashindun caliphate », « Death toll rising », « God forsaken ») se font sentir. Mais le gros du disque est bien constitué de titres classiques et efficaces comme Jedi Mind Tricks en a le secret. Gimmicks obsédants, flow de tueur, basse bien grave, noirceur des bas quartiers, tout est là. Bien sûr, on retiendra plus particulièrement « San la muerte » (le combo a toujours su choisir ses singles), « Hell’s henchman » (ils l’avaient pas encore faite celle-ci ?), « God forsaken », « Legacy of the prophet » (JMT meets synth wave) et « You have one devil and five angels », mais le reste est assez correct aussi, et tout à fait ce qu’on était en droit d’attendre du groupe. Alors, cousu de fil blanc, encore une fois ? Hum, pas loin, il faut l’avouer. Mais ça marche quand même mieux que le précédent.

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Jedi Mind Tricks : San la muerte

Jedi Mind Tricks : Marciano’s reign

LA DAME BLANCHE : Bajo el mismo cielo

Si, comme moi, vous n’avez pas vu débarquer le phénomène La Dame Blanche avec son deuxième album, ce troisième album de la parisienne d’adoption sera l’occasion de vous rattraper. Une petite mise en garde s’impose ; pour pénétrer cet univers, il vous faudra ouvrir grand les oreilles. Car ici, on navigue entre cumbia, hip-hop, musique latino, dancehall et musique électronique. Il faut dire que la demoiselle est bien implantée dans le paysage musical, puisque fille de musiciens et du directeur artistique du Buena Vista Social Club, et elle-même comparse de noms comme Babylotion, Sergent Garcia, Rumbanana, le Grand Orchestre du Splendid, El Hijo de la Cumbia. Je vous l’accorde, ce n’est pas vraiment mon rayon tout ça. Et pourtant, ce n’est pas le label qui est venu me chercher sur ce coup-là. Croisé au hasard d’une liste de nouveautés, je donnais à ce disque, malgré sa pochette assez WTF, peu de chance de se voir accorder plus que les quelques secondes d’attention de la préécoute rituelle. Mais une fois lancée, la fraîcheur, l’énergie de l’ensemble et la variété instrumentale m’ont convaincu d’en parler ici. Bien sûr, si certains d’entre-vous fréquentent déjà assidûment le hip-hop latino, l’afro-electro, la trap sud-américaine, « Bajo el mismo cielo » se révélera peut-être moins percutant. Mais pour moi, quel uppercut ! Le rythme tient chaque titre sous son joug certes, les prods sont excellentes, mais c’est surtout la voix et le flow de La Dame Blanche qui vous tiennent en haleine. Un bémol cependant. Je sais que c’est un peu le genre qui veut ça, mais l’abus d’autotune me gonfle toujours autant, surtout quand on sait très bien faire sans. Le disque est parsemé de featurings sympathiques, mais même sans, il serait très bon. Il me fait l’impression d’un Die Antwoord sud-américain, excusez du peu. Bravo et merci à Jarring Effects de nous offrir ce beau moment de musique latino nu-school !

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La Dame Blanche : Dos Caras

La Dame Blanche : Fana

PROF : Pookie baby

Du côté de Minneapolis aussi, on aime bien le hip-hop. Jacob Anderson alias Prof développe depuis 2007 son personnage de bad boy yoyotant pas mal de la touffe. L’influence de son père, violent et atteint de troubles bipolaires ? Celle des modèles blancs du rap game, le early Eminem en tête ? Peut-être. Quoi qu’il en soit, ce cinquième album est tout simplement énorme. Jetez un œil au clip ci-dessous pour vous échauffer. « Pookie baby » est à la fois fun, frais, mélodique, fêlé et original. Les morceaux oscillent entre hip-hop et moments un peu plus cool et R&B. Le point commun ? Un groove contagieux, une coolitude époustouflante, une aisance permanente. Les sonorités trap à la mode y sont, mais pas que, loin de là. Moderne et versatile, Prof pratique le rap avec talent, mais sait aussi chanter avec feeling. Et on dirait bien que tout ce qu’il touche se transforme en or. Sur les 15 titres que comporte ce disque, ok, j’en retirerai peut-être un ou deux (« Send nudes » ? « Designated hitter »?), mais tout le reste, je vous le dis droit dans les yeux : c’est de la putain de bombe. Bien sûr, le single est énorme, mais il n’a pas le monopole de la tuerie de masse. Et ne comptez pas sur moi pour vous en citer d’autres, puisque tout est bon et que ce « Pookie baby » se déguste comme une pochette-surprise. Sautez-y à pieds joints, vous ne le regretterez pas !

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Prof : Andre The Giant

Prof : Criminal

Prof : Time bomb