OLD SEA BRIGADE : Ode to a friend

J’ignore de quel ami on parle ici, mais à la teneur volontiers mélancolique de ce premier album de Ben Cramer alias Old sea Brigade, on peut supposer que celui-ci n’est plus parmi nous pour l’écouter. Et vérification faite, je suis en plein dedans : « Ode to a friend » évoque la perte de l’un des meilleurs amis du songwriter, qui a choisi de s’ôter la vie. Un ami qui était un fan de la musique de Ben, et qui l’a poussé dans la voie d’une émancipation solo. Voici donc un titre et un disque qui a du sens. On est donc loin de la ritournelle mièvre sur les amours compliquées entre un cowboy et une fille de la ville, ou même d’une quelconque tragédie country gothique, genre dont on est parfois assez proche. Mais pas toujours. « Sinkhole » m’évoque plus un Villagers dernière période, avec son indie folk mâtinée d’électro, certes avec une voix plus hantée, mais tout autant de classe. « Seen a ghost » poursuit son chemin avec tout autant de simplicité, et quelques nappes fantomatiques en arrière-plan suffisent à installer une vraie ambiance. « Feel you » est un peu trop classique pour qu’on lui accorde une attention soutenue ; pas mauvais, mais déjà entendu. « Resistance » se déploie doucement, mais s’avère malgré sa lenteur assez épique. « Hope », comme son nom l’indique, est une chanson pop folk rêveuse et douce. « Stay up » est un autre titre un peu trop pop et classique pour moi. « Western eyes » (rien à voir avec la reprise transformé de Portishead comme je l’avais un peu fantasmé) est dans la lignée de « Hope ». « Straight through the sun » et « Want it again » et « cigarette » sont malgré leur légèreté de chouettes titres electro pop folk. Et enfin, « Ode to a friend » remplit le spectre d’une lumière chaude qui semble éloigner le malheur, ou au moins exorciser toutes les émotions négatives. Bref, Old Sea Brigade est un joli projet capable de choses magnifiques, dont on espère qu’il suivra le chemin de plus de titres émotionnellement forts.

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Old Sea Brigade : Hope

VILLAGERS : The art of pretending to swim

En 2015, « Darling arithmetic » avait été une bouffée de poésie, d’élégance et de beauté. L’irlandais Villagers y confirmait tout le bien qu’on pensait de lui tout en approfondissant encore sa démarche créative par le biais de plus d’hybridation de pop, folk rock et éléments électroniques. En toute logique, j’espérais retrouver sur ce quatrième album fabriqué à la maison, dans un home studio tout neuf, peu ou prou la même chose. Alors quand « Again », qui contient bien tous ces éléments, mais aussi quelque chose de plus accrocheur, entame le premier mouvement, je ne peux qu’être en confiance. « A trick of the light » enfonce le clou. On a du groove qui ne fait pas vraiment danser, de la pop qui ne fait pas chanter à tue-tête, de la folk qui ne se perd pas dans la nature ; c’est beau, apaisé, évident mais pas pompier, bref ça a un charme fou. « Sweet saviour » est encore meilleure. Je pense au « California » de Perry Blake en moins grave, plus lumineux. Ce titre est juste magnifique. « Long time waiting » est plus groovy, plus complexe, moins immédiat, mais très bon aussi. « Fool » est encore une superbe chanson pop folk. « Love came with all that it brings » y introduit des cuivres et des cordes. « Real go-getter » et son gimmick obsédant nous bercent, et « Hold me down » comme « Ada » ne font pas retomber l’attention et le plaisir, bien au contraire. Bilan ; un nouvel album d’une beauté et d’une inventivité renouvelées.

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Villagers : Fool

Villagers : A trick of the light

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ISRAEL NASH : Lifted

Certains ne se sont jamais remis des disques de leur enfance. A coup sûr, le texan Israel Nash est de ceux-là. Né en 1981, il a grandi avec les artistes qui ont pris la musique traditionnelle américaine et en ont fait quelque chose de neuf et d’excitant : Neil Young, Creedence Clearwater Revival, The Band… Un amour immodéré qui transparaît à travers chaque titre de ce « Lifted », cinquième album de celui qui se définit lui-même comme un hippie moderne. Et si ça musique est empreinte de traditionalisme folk, son univers est constellé de références à la spiritualité. Mais rassurez-vous si vous ne goûtez pas à cette cuisine-là, ça n’influera pas sur l’écoute de ce disque. « Lifted » se déroule comme un rouleau de gazon sur lequel on marche pieds nus sous une douce brise d’été. On l’arpente sans jamais se fatiguer, observant à droite et à gauche des arbres en fleurs, des couchers et levers de soleil sur la plage, des explosions de couleurs pastel. Mais si tout ici est beau et serein, on a jamais cette désagréable sensation de niaiserie qui pourrit l’écoute de certains disques. Bon, bien sûr, il faudra s’abstenir de compulser les paroles si vous ne tenez pas à être désarçonnés : à l’image de l’ambiance générale, celles-ci s’envolent assez haut, et on a même du mal à les atteindre parfois. La voix du vocaliste est nimbée d’un léger écho qui va bien avec les accents nostalgiques de sa musique. Ce disque me fait l’effet d’un The Thrills : même si l’univers n’est pas tout à fait le même, le côté solaire et le bien-être gagné sont identiques. Bourré de titres magnifiques, cet album n’aura aucun mal à vous transporter dans son monde onirique !

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LULUC : Sculptor

Luluc a beau avoir un nom assez ridicule de ce côté-ci de l’atlantique, il semble jouir d’une notoriété et d’une confiance certaine, autant de la part du public que du music business. Assez en tout cas pour être signé chez Sub Pop, sortir ici son troisième album et accueillir sur ce « Sculptor » des invités très respectables, comme Jay Mascis de Dinosaur Jr, Janet Weiss de Sleater-Kinney, Matt Berninger de The National ou Jim White de Dirty Three. Le duo développe une indie folk aux mélodies vocales érigées en guides. Sur « Spring », premier sur la liste d’écoute, on se croirait sur un Calc ou un sur le dernier Midlake. Hélas, si l’ambiance y est, ça reste insuffisant. Sur « Heist », passée l’ambiance quelque peu funèbre, on commence à percevoir le potentiel de Luluc, autant à travers d’une mélodie simple mais touchante que par le biais de la voix de Zoe Randell, d’une pureté et d’une beauté presque éprouvantes. Et puis « Kids » arrive. Tout y est parfait, et la participation de M. Mascis ne vient en rien gâcher la situation. La magnifique « Controversy » lui fait suite. « Cambridge » est un peu trop binaire, mais fonctionne quand même. « Me and Jasper » revient au duo de voix et aux ambiances bucoliques. « Genius » se fait plus pop et mélancolique, et on termine avec un mélange entre ces ambiances. Au final, Luluc n’a pas encore les épaules assez solides pour souffler la mise aux ténors du genre, mais est capable de pondre de petites merveilles. Et rien que pour ça, ça vaut le coup de continuer à le suivre !

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    Tags: the, on, plus, d, l, n, dinosaur, premier, duo, genre

MEIKO : Playing favorites

En 2016, la jolie brune du Tennessee Meiko m’offrait avec son « Moving day » une douce récréation pop folk entre deux disques plus énervés ou complexes. Aujourd’hui, la revoici avec un disque de reprises ; je me demande si elle essaie pas de me pécho, en fait. Bon, je m’emballe : au vu de la liste des titres, je suis un peu moins euphorique. Mais je m’y plonge quand même. Les douze titres ici présents sont des relectures sages et délicates des titres aimés par la jeune femme, en mode acoustique exclusivement. On y retrouve de grands classiques, des choses plus étonnantes mais très américaines. Pour certaines reprises, si on excluait le côté très posé et assez mélancolique des choses, on pourrait parler de fun tant le décalage entre les versions originales et leur relecture est grande. C’est notamment le cas pour « Super freak », méconnaissable. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un faible pour « Wandering star » (Portishead) et « No ordinary love » (Sade), qui, pas forcément renversantes d’originalité, restent de sacrées bonnes chansons quelle que soit leur interprétation, auxquelles la voix de Miko rend tout à fait justice. Alors non, « Playing favorites » n’est pas un disque de reprises révolutionnaire et imparable. Mais ça reste un chouette disque !

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