YOB : Our raw heart

Oui, Yob est un secret de moins en moins bien gardé de la scène sludge doom. Enfin, scène, c’est vite dit. En effet, rien ou presque ne peut rapprocher Yob de ses petits camarades de jeu. Du moins, beaucoup de choses les en éloignent. Yob produit une musique puissante, heavy en diable, aux riffs d’une profondeur abyssale mais aux ambiances pas si lugubres que ça (même si certains morceaux sont bien crapoteux). Et le fait avec une conviction qui force le respect. Et une générosité certaine, aussi. Et, oui, ce terme peut bien sûr s’appliquer à la durée impressionnante de ce neuvième album (une heure et treize minutes), mais aussi et surtout à l’attitude du groupe sur scène et hors scène. Oui, Yob est un ramassis de gens sympas. Pourtant, malgré toutes leurs qualités, leur musique n’est pas la plus populaire qui soit. Pourquoi ? Parce que Yob n’aime pas choisir entre accessibilité, brutalité, mélancolie, lourdeur et moments plus planants ; il fait tout ça à la fois, le fait bien et sans chichi. Alors oui, ça peut déstabiliser au premier abord, mais franchement c’est tout ce qui fait le charme d’un disque comme « Our raw heart ». Comme à l’accoutumée, il s’agit d’une somme de riffs telluriques et de vocaux vagabonds, oscillant entre growls et lignes mélodiques en chant clair. On pourrait évoquer bien des formations post hardcore ou post metal à l’écoute de ce nouvel album, cependant Yob conserve une personnalité unique. Pas toujours facile d’écoute mais passionnant de bout en bout, voici une (autre) bonne raison de remercier la bonne étoile qui veille sur Mike Scheidt, récemment sorti d’une diverticulite.

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GHOST : Prequelle

Quatrième album pour un Ghost qui a ces derniers mois bien perdu de sa superbe, après un procès qui a révélé de vilaines affaires d’argent, l’identité des membres supposément secrète. Est-ce que ça empêchera le groupe de continuer à convaincre une fanbase de plus en plus nombreuses et de plus en plus souvent hors du giron metal ? Pas sûr. Car « Prequelle » (drôle de nom, d’ailleurs : à quoi ?) avance clairement dans le sens de toujours plus de tics pop, d’évidences mélodiques et de moins d’appuis typés prog ou heavy. On l’avait déjà compris avec « Rats » d’ailleurs, qui annonçait l’album de façon claire : pas besoin de chercher à s’accrocher à des flancs escarpés, le miel, ça colle bien. Oui, je suis peut-être un peu dur là, mais c’est à la mesure de mon décontenancement. Je ne peux pas dire que ce disque soit mauvais ; chaque titre fonctionne parfaitement. Mais où est le côté sulfureux, inquiétant ? Dans les costumes réalisés par les stylistes les plus influents, pas vrai ? Est-ce que ça vaut le coup, vraiment ? Euh, non. Pas pour moi en tout cas. Pas rancunier, je continuerai de suivre les aventures des nameless ghouls de loin en loin, à m’extasier, pourquoi pas, sur la propension du groupe à exploiter de nombreuses sources musicales, des plus logiques aux plus improbables (ce qu’on peut encore constater ici), mais sans en attendre plus qu’un truisme musical de plus.

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Ghost : Rats

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    La suède est l'un des pays les plus influents dans le monde du metal, c'est une évidence. Et nous le rappelle périodiquement par l'éclosion de groupes-phénomène. Aujourd'hui nous nous intéresserons au troisième opus de Ghost, formation avançant masquée depuis ses débuts en 2008, et « changeant » de chanteur à chaque sortie.…
    Tags: progressif, metal, rock, heavy, ghost

ROSS THE BOSS : By blood sworn

Pour beaucoup (enfin, ceux qui savent), Ross The Boss n’est que l’ex guitariste de Manowar, parti juste après ce qui restera probablement leur meilleur album, « Kings Of Metal » en 1988 (tout ça ne nous rajeunit pas). Pourtant, le monsieur est dans le business de la musique depuis bien avant que ça ne devienne un business. Il a oeuvré dans le proto-punk, dans le hard rock, et évidemment dans le heavy metal bien viril. Ici, on va parler de son troisième album sous son nom, même si c’est bien sous la forme d’un groupe qu’il opère. Dans ce disque, donc, on retrouve un style à la croisée des chemins du hard rock et du heavy metal (même si ce dernier est plus représenté, ne serait-ce que vocalement). Bourré jusqu’à la garde de bons riffs, de montées vocales typiques (et donc potentiellement insupportables pour ceux qui ne kiffent pas le style) et de titres classiques et efficaces (plus d’une heure de matos, les gars!), « By blood sworn » a, il faut bien le dire, pas mal d’atouts de son côté. Et même pour moi qui ai lâché la rampe du true metal depuis longtemps, ces treize titres remplissent leur office avec succès. Peut-être grâce aux légers relents plus (punk) rock ? A l’absence de moments purement démonstratifs et de soli lourdingues ? A la relative modernité de la mise en place ? Je ne sais pas. Mais dans l’ensemble, ça passe très bien, alors forcément, je ne peux que conseiller ce disque aux heavy metal addicts, et encourager (avec le frein de la voix, tout de même) les réticents à tenter l’expérience !

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ROSS THE BOSS : By blood sworn

SVARTANATT : Starry eagle eye

Il y a quelques temps je vous présentai Horisont et son hard rock / rock old school impeccable. Et bien j’espère que vous êtes prêts pour la deuxième couche. Svartanatt nous vient également de suède, pratique un genre similaire, et le pratique aussi bien. Vous me direz, rien qu’à la pochette, on aurait pu les voir arriver ? Et si ça ne suffisait pas, ils nous assènent « We are the children of revival » sur le premier titre de ce deuxième album. Assez imparable, ce titre sera suivi de bien d’autres réussites tout au long d’un disque qui fait la part belle aux duels de guitares, escalade d’orgue et mélodies héroïques. Le chant n’est lui pas trop marqué hard rock / heavy metal seventies ; il se situe plutôt dans un registre rugueux-mais-pas-trop, plus proche d’un Alice Cooper que d’un Deep Purple dont pourtant il partage bien des points communs. Svartanatt alterne entre titre bien pêchus, mid-tempos puissants et ballades. Il conserve tout du long ce son rock patiné et surtout une bonne grosse dose de mélodie qui fait passer « Starry eagle eye » comme une lettre à la poste. Ceci dit, vous ne trouverez ici que ce qui y est décrit : Svartanatt n’a pas une once de volonté de faire évoluer le genre ; son propos est de célébrer à sa façon, la plus respectueuse et génératrice de good vibes possible, la musique qui le fait vibrer. Et de ce point de vue, pas de doutes, cette galette est plus que réussie !

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Svartanatt : Hit him down

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    On ne vous la fait pas hein ? En voyant cette pochette très typée, vous vous êtes douté qu'on allait pas parler de punk rock ou de hip-hop. Effectivement, les suédois d'Horisont donnent plutôt dans le hard rock vintage. Le combo, qui existe depuis 2006, a récemment vu ses deux guitaristes…
    Tags: horisont, bien, rock, on, plutôt, album, se, a, genre, officiel

OUTSHINE : 1313

Non, je ne fais pas partie de ceux qui se désespéraient des quatre ans d’absence des suédois d’Outshine, de leurs démêles avec le fisc qui ont bien failli faire voler en fumée toute velléité de continuer à faire de la musique, de la perte d’une partie de ses membres. Pour la simple et bonne (?) raison que je n’ai jamais prêté l’oreille au groupe. C’est moche, hein ? Mais y’a une justice ; aujourd’hui, alors que le combo ressort grandi de ces épreuves et avec deux nouveaux membres, j’ai enfin l’occasion de réparer ma négligence. Et tout d’abord, de constater que, peu importe qui était derrière le micro avant, Outshine n’y a certainement pas perdu au change en recrutant Tony Jelencovich, ancien chanteur de Mnemic, Transport League et B-Thong. Bon, ok, les paroles de ce quatrième album ne semblent pas voler très haut. Par contre, niveau musical, c’est d’un autre accabit. Bon, bien sûr, on sent que la promiscuité avec Paradise Lost il y a quelques années à l’occasion d’une tournée commune a laissé quelques traces, mais Outshine parvient à s’écarter de cette ombre gênante au tableau, et évoquer ici un metal gothico-alternatif peut-être plus proche d’un Misery Loves Co dernière période (et la meilleure), ou empruntant quelques codes du funeral doom le plus accessible (et n’y voyez pas un commentaire désobligeant). Bref, « 1313 » se ballade entre metal gothique, metal alternatif et doomcore. Un style moderne et musclé, susceptible de plaire à un large public, et un album aux titres vraiment puissants et percutants. Un bémol cependant : disque trop court et qui finit par un titre moins réussi que les autres. Mais un petit coup de « Liar », « We are broken » ou « They know who you are » (mais c’est quoi cette outro ??) et c’est reparti !

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Outshine : Liar