WINTERFYLLETH : The hallowing of heirdom

Il y a quelques années, alors que Winterfylleth foulait ses premières scènes, on découvrait en lui un nouveau chantre du black metal épique et atmosphérique. En fait, on y a très vite perçu une certaine bipolarité ; entre le black atmo et le dark folk, le groupe avait du mal à choisir. Eh bien, quelques années et cinq disques plus tard, les plus maniaques d’entre-vous seront heureux d’apprendre que ça y est, le combo anglais a fait un choix. En effet, ce sixième album marque la totale absence des riffs et du chant black metal, pour se concentrer sur un style qui se rapproche beaucoup plus d’un Empyrium ou d’un Ulvesang plus récemment chroniqué dans ces pages. Soit une dark folk mélancolique, poétique et d’une beauté simple mais touchante, riche en instruments acoustiques, rehaussée de quelques claviers et choeurs épiques. Assez généreux, Winterfylleth nous en sert quasiment une heure, et prend bien garde de ne pas nous assommer avec des redites d’un titre à l’autre : on appréciera le geste. Mais on apprécie encore plus la manière dont sont (joliment) agencés les douze titres de cet album, belles pièces sachant autant jouer la sobriété et le minimalisme qu’user d’une orchestration luxuriante et grand angle. Et c’est là sans nul doute la marque d’un grand que les plus perspicaces avaient déjà perçu auparavant, et que les réfractaires au metal noir ne pourront plus nier ici. Superbe !

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Winterfylleth : The hallowing of heirdom

ULVESANG : The hunt

Oh non, il va encore nous parler de black metal, y’en a marre de cette musique de barbare ! Ah ahhhh ! Raté ! Et en plus, Ulvesang ne joue même pas du death, du doom ou une autre joyeuseté à grosses guitares et rage au ventre. Non ; ce duo canadien est ce qu’on peut trouver de plus proche d’un Empyrium période « Where at night the wood grouse plays » / « Weiland », soit un dark folk / neo folk mélancolique et très « nature ». Majoritairement porté par les guitares acoustiques, ce disque s’avère à la fois apaisant et profond. Bien entendu, comme dans beaucoup d’exercices de ce genre, le rendu s’avère un peu répétitif. D’autant plus que, si Ulvesang présente pas mal de qualités, il n’est pas encore au niveau des allemands sus-cités. L’emphase y est, l’intention aussi, la musicalité certainement, mais il manque tout de même cette magnificence, cette beauté sauvage, et aussi la qualité de sa mise en valeur. Ici, la production est trop sage, trop homogène, manque de relief et de nuances, ce qui noie un peu l’efficacité des titres et diminue forcément leur impact. Reste que « The hunt », beaucoup moins guerrier que ne le laisse présager son titre, recèle tout de même de belles réussites, et se montre assez appliqué, pugnace mais délicat pour qu’on oublie, parfois du moins, les comparaisons, pour s’abandonner à sa beauté simple et son mysticisme de barde moderne.

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ROME : Hall of thatch

Difficile de présenter Rome à quelqu’un qui n’a jamais croisé le groupe de Jérôme Reuteur avant. Non pas que sa musique soit particulièrement complexe à décrire, mais elle allie des univers qui ne sont pas forcément aisés à imaginer accolés : celui du (neo) folk, de la pop, et du goth rock martial. Concrètement, une chanson de Rome est généralement sombre, texturée et déclamatoire. Ce qui, j’en conviens, peut lui donner un côté austère. Pourtant, écouter un disque de Rome est un vrai plaisir. Un peu comme si Depeche Mode avait, en 86-87, plutôt bifurqué vers le côté sombre en capitalisant sur ses « Pimpf » et autres « Black celebration ». Bon, ok, tout n’est peut-être pas aussi simple, mais il y a de l’idée. Bien sûr, si vous m’évoquiez les Swans ou Death In June, je serai plutôt d’accord avec vous aussi. Mais bon, si c’était le cas, il y a toutes les chances que vous connaissiez déjà Rome. Bref. Ce que vous devez savoir aussi, c’est que Rome a la particularité d’être très très prolifique. Tant mieux pour les fans. Mais le revers de la médaille, c’est que pour produire autant, Rome a développé des techniques de composition et de production qui lui collent maintenant à la peau. Donc ses disques ont parfois une petite tendance à se ressembler. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont inintéressants. De fait, « Hall of thatch » améliore encore un peu la recette en maîtrisant et canalisant son côté industriel, et nous abreuve de titres auxquels on s’attache à la première écoute : « Blighter », « Hunter », « Slaver », « Hawker » est le quatuor gagnant de ce nouvel album, qui compte (en plus!) quelques autres moments agréables (mais moins transcendants). Rome confirme donc tout le bien qu’on pensait de lui, alors que vous connaissiez ou pas les luxembourgeois, il est est temps de leur (re)donner une chance !

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DORNENREICH : Freiheit

Dornenreich_Freiheit

Les libres-penseurs autrichiens sont de retour. « Flammentriebe » faisait partie des disques réussis du trio, confirmant le retour vers un style plus acoustique et éloigné du metal que par le passé entamé avec le précédent, « In luft geritzt ». Si instruments à vent, guitare acoustique et voix chuchotée mènent la danse sur les trois premiers titres, la suite de ce huitième album réserve un peu plus de variété, avec des passages plus rythmés mêmes si toujours mélancoliques, où la parenté avec un Empyrium est évidente, et aussi des passages dark metal comme sait si bien en proposer le groupe. Conjuguez le tout et vous obtiendrez un nouvel album très sympathique, et beaucoup plus accessible que les dernières oeuvres du combo. Un mal pour un bien : Dornenreich y gagne en impact ce qu’il perd en personnalité, et celle-ci demeure suffisamment palpable pour être reconnaissable. « Freiheit » confirme en tout cas tout le bien que je pensais de cette formation réellement capable de revenir sur ses choix et d’en faire de nouveaux tout aussi intéressants et pertinents. Bravo !

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