CORTE DEI MIRACOLI : Corte Dei Miracoli

Groupe de rock progressif italien à la carrière exceptionnellement courte, Corte Dei Miracoli n’en a pas moins signé l’un des meilleurs disques du genre ici. Assez proche de ce qu’on peut trouver chez ses collègues de Banco Del Mutuo Soccorso, ce premier album s’avère toutefois globalement plus raide, moins orienté chanson et assumant des penchants plus jazz prog. Il partage en revanche le choix d’une expression en langue maternelle, qui donne d’ailleurs toute sa saveur à cette période transalpine et ses formations. Corte Dei Miracoli, soucieux certainement de se démarquer, fait aussi le choix ici de se passer presque totalement de guitare (plus par dépit, mais ceci est une autre histoire) ; pas inédit mais intéressant, ceci lui permet de s’appuyer beaucoup plus sur le clavier (dont les sonorités ont forcément un peu vieilli) et sur la section rythmique (dont Flavio Scogna, le batteur, est assurément le point fort). Côté textes, comme souvent dans le genre à l’époque, on se situe dans un spectre assez science-fiction meets réflexion sur la vie et l’humanité. La voix est elle aussi typique de la sphère italienne de l’époque, un poil forcée et hésitante, mais encore une fois c’est tout ce qui fait le charme authentique de ces années-là, et puis crotte, de toutes façons je ne suis absolument pas objectif à ce sujet, alors m’emmerdez pas. Ce premier album, le seul d’ailleurs à voir le jour du vivant du groupe, se compose de cinq titres forcément assez longs (en-dessous de 6 minutes, ça s’appelle un jingle, non ?) et surtout riches en digressions mélodiques, structures savantes et richesse technique, formant un tout très agréable à l’oreille même quelques années après (laissez-moi ne pas calculer et évitez-moi ainsi de prendre un coup de vieux). Allez, bon voyage et à bientôt pour une autre plongée dans les abîmes de la musique !

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LUNATIC SOUL : Under the fragmented sky

J’ai un disque de retard sur Lunatic Soul. Et pour être franc, ça s’entend. Car là où je m’attendais à retrouver un rock progressif sombre à la limite du rock dur mais traversé de passages ambient… Je me retrouve face à une electro ambiant mâtinée de pop progressive. Oui, je sais, la différence est très subtile. Et elle n’est d’ailleurs pas très importante. Lunatic Soul était en 2014, et est toujours, l’expression subtile d’un artiste complexe et en partie incompris. Du temps de Riverside, il était déjà bon, mais n’exploitait, n’explorait qu’une partie de ses envies musicales. Ici, on en perçoit plus l’ampleur. « Under the fragmented sky » est certes court (36 minutes), mais parvient à s’émanciper de ce qu’on aurait pu lui coller d’étiquettes forcément réductrices. Cette volonté de changement, ce besoin qu’on sent viscéral, ont été guidés par un décès tragique ; celui du complice de Marius dans Riverside, dont ce disque et le précédent sont un peu les bandes originales du deuil. N’ayant pas écouté le précédent, je ne me prononcerai que sur cet acte deux. l’ambiance y est posée et volontiers mélancolique, mais jamais pesante ou dépressive. On sent déjà la résilience et l’acceptation poindre. Le défaut de la cuirasse, c’est ce côté mi-figue mi-raisin, ni vraiment lumineux ni assez ténébreux pour moi. Et surtout, ce cinquième opus, d’ailleurs d’abord pensé comme un ep, boude un peu trop le côté « chanson », malgré de belles pièces ici et là. Bref, c’est bien un disque de transition, d’attente, de frustration ; bon, mais imparfait. Vous voici prévenus !

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GHOST : Prequelle

Quatrième album pour un Ghost qui a ces derniers mois bien perdu de sa superbe, après un procès qui a révélé de vilaines affaires d’argent, l’identité des membres supposément secrète. Est-ce que ça empêchera le groupe de continuer à convaincre une fanbase de plus en plus nombreuses et de plus en plus souvent hors du giron metal ? Pas sûr. Car « Prequelle » (drôle de nom, d’ailleurs : à quoi ?) avance clairement dans le sens de toujours plus de tics pop, d’évidences mélodiques et de moins d’appuis typés prog ou heavy. On l’avait déjà compris avec « Rats » d’ailleurs, qui annonçait l’album de façon claire : pas besoin de chercher à s’accrocher à des flancs escarpés, le miel, ça colle bien. Oui, je suis peut-être un peu dur là, mais c’est à la mesure de mon décontenancement. Je ne peux pas dire que ce disque soit mauvais ; chaque titre fonctionne parfaitement. Mais où est le côté sulfureux, inquiétant ? Dans les costumes réalisés par les stylistes les plus influents, pas vrai ? Est-ce que ça vaut le coup, vraiment ? Euh, non. Pas pour moi en tout cas. Pas rancunier, je continuerai de suivre les aventures des nameless ghouls de loin en loin, à m’extasier, pourquoi pas, sur la propension du groupe à exploiter de nombreuses sources musicales, des plus logiques aux plus improbables (ce qu’on peut encore constater ici), mais sans en attendre plus qu’un truisme musical de plus.

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Ghost : Rats

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    Tags: progressif, metal, rock, heavy, ghost

FREQUENCY DRIFT : Letters to Maro

Alors ceux-ci, ils m’ont bien feinté. Frequency Drift fait partie de cette frange de groupes dont je ne découvre les disques qu’au gré de mes pérégrinations dans les méandres de l’internet en quête de sorties fraîches. Et « Dear Maro », qui me laissait penser jusqu’à 1mn50 qu’il était porteur d’un disque pop rock plutôt classique, me prend après ça au dépourvu, s’avançant de façon bien plus subtile et changeante. Oh, c’est sûr, une certaine propension à la grandiloquence aurait pu me mettre sur la voie, mais je n’y voyais qu’un classicisme un peu pompeux. Mais non ; ce huitième album des allemands de Frequency Drift est bien chargé de rock progressif jusqu’à la garde ! Mais point de trace de capillotractage, démonstration technique ou chansons à tiroirs à perte de vue ici ; le prog du groupe est de ceux qui s’écoutent sans heurts. Soft, atmosphérique, avec quelques accents plus rock, très proche d’un The Gathering période « How to measure a planet ? » (la magnificence du chant de la nouvelle vocaliste Irini Alexia y étant pour beaucoup), il n’a aucun mal à gagner mon admiration. Mais sorti de cette voix idéale (et apparemment très proche de la tessiture de la précédente vocaliste), la variété instrumentale s’avère aussi profonde : de nombreux éléments classiques ou plus exotiques se succèdent et se croisent pour le meilleur. « Letters to Maro » souffre certes de certaines longueurs parfois, et d’une durée un poil excessive (plus d’une heure avec le titre bonus) mais dans l’ensemble c’est un disque plus qu’agréable que l’on ne peut que conseiller !

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Frequency Drift : Electricity

QUEENSRYCHE : Promised land

Oui, je sais. Curieux de chroniquer le Queensryche de ce disque. Pas le plus évident, peut-être pas le plus représentatif non plus, éventuellement pas le meilleur. Mais voilà, pour moi, il reste porteur d’une magie et d’une créativité que d’ailleurs le groupe aura bien du mal à retrouver par la suite. Il représente pour moi la fin d’une époque pour le groupe, de celle que j’apprécie pour être plus précis. Mais incompris, il a souvent été acquis sur la base des succès précédents du groupe par les fans (et les curieux) et a souvent déçu. Sombre et plus rock que metal, il montre un Queensryche vacillant, en proie au doute sur sa personnalité profonde et sa raison d’être. Ce qui ne l’empêche pas d’être une fois de plus exceptionnellement riche. Si l’intro « 9:28 A.M. » laisse deviner un nouveau concept-album, il faut plutôt chercher un thème général ici ; celui des troubles mentaux. Bientôt l’orientalisante et moderne « I am I » lui fait place. « Damaged », beaucoup plus metal, est tout aussi percutante. Puis vient la première ballade du disque, « Out of mind », belle et sensible comme à l’accoutumée. Vite éclipsée par la magnifique « Bridge », au texte très personnel de Chris degarmo sur sa relation avec son père. Pas le temps de s’en remettre, c’est une « Promised land » longue et progressive qui nous embarque complètement, avec en bonus Geoff Tate au saxo. La groovy et originale « Disconnected » fait redescendre sur Terre (mais laquelle ?). Et nous voici en compagnie de « Lady Jane », autre sommet du disque, semi-ballade touchante. « My global mind », tout bon qu’il soit, fait un peu pâle figure, titre plus classique et attendu. D’autant plus qu’il est suivi de « One more time », autre belle réussite du disque. Et on finit notre voyage avec une « Someone else ? », duo piano-voix juste parfait. Les chanceux pourront chopper la version avec bonus (notamment « Real world » sur la bande originale de Last Action Hero, et une version de « Someone else ? » avec le groupe au complet, qui confirme la justesse du choix d’interprétation en comité restreint).

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Queensryche : Bridge

Queensryche : I am I

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    Tags: a, metal, progressif, queensryche, heavy, hard