MISS LUDELLA BLACK : Till you lie in your grave

Dans le monde merveilleux du rock garage, on prend un malin plaisir à user d’artifices faisant paraître son look, sa musique, son univers tout entier plus vintage que le voisin. Miss Ludella Black est une anciene membre de The Delmonas (cinq albums entre 1985 et 1989) et Thee Headcotee (six albums entre 1990 et 1999) et a par la suite sorti deux albums solo, tout en collaborant avec The Masonics (qui sont d’ailleurs ici backing band, échange de bons procédés). Autant dire que la dame n’est pas née de la dernière pluie, et sait ce qu’elle veut et comment le mettre en (son et) lumière. Rassurez-vous donc si à la vue de cette pochette vous aviez peur de tomber sur un disque vintage de prêchi-prêcha : il n’en est rien. Miss Ludella Black egrenne ici un garage rock mâtiné de punk et de pop sixties, dans la lignée du reste de sa carrière prolifique. Sa voix gouailleuse et androgyne se pose à la perfection sur le genre sauvage, énergique et fun des 14 titres de ce troisième opus solo, qui nous gratifie de deux reprises bien senties : « Am I going insane ? » de Black Sabbath et « Wait » des Beatles, que les non-initiés seront bien en peine de déceler si on ne leur annonce pas tant l’ensemble est homogène. L’ensemble est malin, concis et délicieusement rétro. En même temps, après dix ans d’absence, il valait mieux que ce disque soit réussi, et on est donc rassuré, c’est largement le cas. Bien sûr, « Till I lie in your grave » et son style faussement naïf est en droite lignée du précédent « From this witness stand », et on y trouvera que peu de différences. Mais chaque titre est une pépite du genre, et rien que pour ça, il vaut le coup d’être porté aux nues. Pas d’autre choix donc : adopté !

BEECHWOOD : Inside the flesh hotel

Il y a quelques mois, je m’extasiais devant le premier opus des aventures des trois urluberlus de Beechwood. Il faut dire que personne n’avait pu voir arriver un tel phénomène. Les jeunes gens n’ont peur de rien, ne respectent rien, et prennent un malin plaisir à faire ce qui leur chante, sautant de style en style, et faisant la nique à ceux qui les croient incapables d’assurer autant dans l’un que l’autre. Les voici donc pour nous en mettre une deuxième couche. Et ils prennent soin de nous faire savoir dès l’excellente « Flesh hotel » introductive qu’ils n’ont pas perdu la main. Mais en doutait-on vraiment ? Beechwood est toujours aussi cool. Il louvoie toujours entre pop, psyché, folk et garage, avec un capiteux parfum seventies. Et produit toujours une musique aussi chouette. Mais. Oui, il y a un « mais ». Mais cette suite pas espérée si vite s’avère moins abrasive que le disque précédent. Ici, l’ambiance est plus pop, plus posée. Bien sûr, quelques titres parviennent tout de même à titiller l’oreille de façon immédiate ; « Flesh hotel », « Amy », « Bigot in my bedroom », « Nero », « I found you out », « Up and down » et « Sucker ». Oui, je sais, c’est pas mal du tout pour un disque moins percutant. Mais je n’ai jamais dit qu’il était mauvais, ce «Inside the flesh hotel » . C’est juste que l’effet de surprise passé, un peu de magie s’est évanouie. Pas totalement, non, et on pourra toujours se bercer longtemps avec ce nouvel opus qui met encore en lumière le talent effronté de Beechwood !

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BIG KIZZ : Music is magic

Quand trois suédois aux expériences musicales diverses (Graveyard, Witchcraft, Lady Banana) s’unissent pour créer une musique pas originale pour un sou, rendant hommage au rock n’roll plus ou moins déviant qui les fait vibrer depuis des années, ça donne « Music is magic », le premier album de Big Kizz. On se situe ici à la croisée des chemins du hard rock, du garage rock et du rock psychédélique. L’ambiance est forcément électrique, le son est sale, la musique authentique et rebelle à souhait. Le chant rugueux occupe le premier plan, les guitares pas loin derrière. Du fuzz à gogo, des titres courts et pêchus, une certaine démesure rock, voici ce qu’on trouve ici en quantité. Pas toujours le pied au plancher, Big Kizz sait aménager des moments plus calmes, mais revient quand même bien vite aux affaires. Au final, « Music is magic » n’est pas parfait, mais il renferme de sacrés bons titres (« I want my girl », « Gave up tears ago », « Baby boy », « Long distance call ») qui méritent qu’on passe un peu, beaucoup même, de temps en leur compagnie !

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Big Kizz : Long distance call

Big Kizz : I want my girl

LA LUZ : Floating features

Comme son nom ne l’indique pas, La Luz est un quatuor féminin de surf rock venu des lointaines amériques. Repéré notamment grâce à un deuxième album produit par Ty Segall, le groupe se distingue de ses camarades de classe par sa propension à user d’atmosphères et d’effets dramatiques, d’ambiances cinématographiques. Alors forcément, le côté fun du surf rock n’est pas ce qui ressort le plus ici. Tout commence d’ailleurs par un « Floating features » plus cinématographique que rock n’ roll. Et quand la terrible « Cicada » retentit, introduisant la voix blanche et douce de Shana Cleveland, on est transportés dans un de ces films modernes qui se la jouent rétro. La Luz, même s’il ne joue pas la même musique, loin s’en faut, joue dans la même catégorie qu’une Karen Elson, un Promise And The Monster ou un Shannon and The Clams : des gens qui puisent inspiration et magie dans les sixties, en profitant bien des moyens techniques actuels, sans trop les montrer tout de même. On a donc ici onze titres parfaitement produits, avec chacun un petit quelque chose qui le rend magique. Et probablement conscientes du particularisme de leur son, les filles de la lumière ont décidé de ne pas coller de la guitare twang dans tous les coins, et d’aérer les compositions, déjà bien aidées par des mélodies vocales pop et caressantes. Les influences soul, psyché et country parfument un peu les titres, et tout ça aboutit à un disque varié et extrêmement bien construit, qu’on prend un plaisir non dissimulé à écouter et réécouter.

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Paroles de l’album

La Luz : Cicada

KING TUFF : The other

Les précédents King Tuff étaient affublés de pochettes bien rock n’ roll qui trahissaient l’amour du garage par son maître à penser Kyle Thomas. Sur ce quatrième album, la donne est tout autre : c’est le soleil, étincelant, éblouissant, qui se taille la part du lion, tant en arrière plan que dans l’accoutrement de l’intéressé. Et c’est complètement cool qu’il entame ce disque avec une « The other » apaisée qui prend un peu au dépourvu, sans que ça déplaise d’ailleurs. « Raindrop blue » réaffirme, elle, la maîtrise garage psyché du bonhomme ; voici un tube en puissance. Le reste de la galette oscille entre pop psyché enlevée ou plus tranquille, et place encore quelques titres imparables au creux de notre oreille (« Psycho star », « Birds of paradise », « Circuits in the sand »). Pour peu qu’on veuille se risquer à comparer cette œuvre et la précédente, arrivée quatre ans plus tôt, on pourrait dire que « The other » s’avère un poil plus rythmé et, hum, dansant. On hésite toujours à employer ce genre de terme pour un disque de pop rock, mais il s’y prête assez bien, même si on est assez loin d’un Justin Timberlake (et heureusement ?). Mais ce qu’on en retient surtout, c’est l’unité de l’ensemble, beaucoup plus marquante que sur les précédents qui s’avéraient sympathiques mais un poil décousus. On sent que par de discrets ajouts, King Tuff a voulu s’écarter du chemin qu’il s’était tracé pour se réinventer, et c’est assez réussi. Un autre oui, mais un bon !

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King Tuff : The other

King Tuff : Psycho star

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