DEAD CAN DANCE : Dionysus

J’avais hésité puis renoncé à chroniquer « Anastasis » en 2012. Par manque de temps un peu, par manque d’intérêt assez, et enfin par manque de feeling. Parce qu’on n’entre pas dans un album de l’entité australienne comme dans un kebab. Le subtil et ampoulé mélange entre dark wave, musique du monde et univers neo classique tout à fait personnel du groupe en a fait fuir des plus courageux que moi, et déstabilisé bien des pseudos-babas. Il faut sentir la pulsion avant de traverser le voile de brume fantasmagorique entourant chaque album. D’ailleurs, je suis souvent passé à côté, tout comme je n’ai arpenté que la périphérie des terres annexées par Brendan Perry et Lisa Gerrard au sein de leur carrière solo. Mais aujourd’hui, je le sentais bien, j’étais inspiré, prêt à laisser vibrer mon âme au rythme des chants mêlés envoûtants des deux protagonistes principaux et au discours musical universaliste puisant autant dans la musique sacrée que dans les sonorités médiévales ou orientales. Et c’est bien ce que j’ai trouvé ici : 7 chapitres d’un voyage psychédélique vers un ailleurs non défini, aux frontières de notre monde et des prochains. Et comme à l’accoutumée, Lisa et Brendan tiennent merveilleusement bien leur rôle de psychopompes. La teneur générale de « Dionysus », malgré le côté primesautier qu’on aurait pu attendre, est assez sombre. Si ivresse il y a, celle-ci nous plonge plutôt dans un état semi-conscient, une transe méditative. Les voies des dieux anciens sont impénétrables, que voulez-vous… Assez court, ce disque ne s’autorise pas vraiment de bavardages, et si certains éléments sont redondants, ils ne nous dérangent pas le moins du monde, et installent ainsi parfaitement la touche Dead Can Dance. Validé !

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Dead Can Dance : Act II – the mountain

NORDVARGR : Metempsykosis

Si vous avez trop chaud et que vous cherchez la fraîcheur, ce nouvel album de Nordvargr tombe à point nommé… pour vous glacer le sang. Il faut dire que le dark ambiant industriel du one-man band a tout pour ça. On y entend des machines crisser, s’enrayer, se remettre en marche, s’illustrant de fracas métalliques divers. Une voix d’outre-monde asséner des textes menaçants. Des nappes fantomatiques cheminer le long de couloirs déserts et de paysages post-apocalyptiques. Le rythme souvent pesant vient accentuer l’atmosphère oppressante de l’ensemble. On pourra remarquer sur ce disque une présence accrue des parties vocales, ce qui éloignera encore un peu plus Nordvargr des amateurs de dark ambiant / indus non acquis à la cause metal, puisque ladite voix se rapproche du black / death metal. Une chose est sûre ; l’aura maléfique du projet pèse de tout son poids, et sa réputation maléfique et horrifique n’est pas galvaudée. « Metempsykosis » n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, et son économie de mélodies demandera à son auditoire un effort supplémentaire pour y entrer et parvenir à y survivre ! Au final, ceci n’est pas le meilleur album du projet, mais son positionnement moins austère pourrait bien plaire à ses fans.

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HAPPY RHODES : Ectotrophia

Difficile de cataloguer Happy Rhodes. C’est peut-être pour ça que l’artiste américaine est restée cloîtrée dans une certaine confidentialité malgré des qualités vocales et musicales autant impressionnantes que déstabilisantes ? Il me faut vous dire que cet « Ectotrophia » n’est pas le nouvel et douzième album de la dame, mais bien une compilation de ces hauts faits. Souvent comparée (à raison) à Kate Bush, Happy (son vrai prénom est Kimberley Tyler, mais elle l’a fait changer encore adolescente) brille en effet par une versatilité vocale certaine (avec 4 octaves, on peut en exprimer des choses !), et une humeur musicale voyageuse, entre pop, musique classique, expérimentations, folk et rock neo gothique. Une musique dont la beauté glacée et planante et la mélancolie contraste souvent avec son prénom, mais qui parvient toujours à trouver le chemin du coeur. Une musique avec laquelle on ne s’ennuie pas, dont chaque chanson ressemble à une superproduction. Amples, laissant forcément beaucoup de place à la voix (avec des tessitures multiples se répondant et complétant), les dix-huit titres de cette compilation tutoient souvent les cieux, faisant intervenir une guitare dénudée et touchante (le premier instrument maîtrisé par l’artiste), et des claviers intervenant comme régulateurs et rehausseurs d’émotion. On trouve ici une sélection de titres des quatre premiers albums de l’artiste, agrémentés d’un titre plus rare (« When the rain came down »). Ce qui laisse présager qu’un volume 2 verra le jour prochainement, et peut-être même un troisième, si chacun se concentre sur une période de 3-4 albums. L’important, c’est qu’on trouve ici plein de bonnes raisons de se pencher sur la discographie de Mme Rhodes, dont le dernier album solo date de 2007, mais qui a depuis fricoté avec The Security Project, reprenant Kate Bush et Peter Gabriel (comme c’est bizarre !). Si vous aimez les deux derniers artistes cités, vous seriez bien inspirés de passer la porte de ce disque troublant et fascinant !

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LUNATIC SOUL : Under the fragmented sky

J’ai un disque de retard sur Lunatic Soul. Et pour être franc, ça s’entend. Car là où je m’attendais à retrouver un rock progressif sombre à la limite du rock dur mais traversé de passages ambient… Je me retrouve face à une electro ambiant mâtinée de pop progressive. Oui, je sais, la différence est très subtile. Et elle n’est d’ailleurs pas très importante. Lunatic Soul était en 2014, et est toujours, l’expression subtile d’un artiste complexe et en partie incompris. Du temps de Riverside, il était déjà bon, mais n’exploitait, n’explorait qu’une partie de ses envies musicales. Ici, on en perçoit plus l’ampleur. « Under the fragmented sky » est certes court (36 minutes), mais parvient à s’émanciper de ce qu’on aurait pu lui coller d’étiquettes forcément réductrices. Cette volonté de changement, ce besoin qu’on sent viscéral, ont été guidés par un décès tragique ; celui du complice de Marius dans Riverside, dont ce disque et le précédent sont un peu les bandes originales du deuil. N’ayant pas écouté le précédent, je ne me prononcerai que sur cet acte deux. l’ambiance y est posée et volontiers mélancolique, mais jamais pesante ou dépressive. On sent déjà la résilience et l’acceptation poindre. Le défaut de la cuirasse, c’est ce côté mi-figue mi-raisin, ni vraiment lumineux ni assez ténébreux pour moi. Et surtout, ce cinquième opus, d’ailleurs d’abord pensé comme un ep, boude un peu trop le côté « chanson », malgré de belles pièces ici et là. Bref, c’est bien un disque de transition, d’attente, de frustration ; bon, mais imparfait. Vous voici prévenus !

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ATRIUM CARCERI / HERBST9 : Ur djupan dal

Atrium Carceri et Herbst9 qui s’associent pour un disque forcément profond et ésotérique, c’est une invitation qu’aucun fan de dark ambiant n’est en mesure de refuser. Ce qui est compliqué avec des œuvres de cet acabit, et tout autant passionnant, c’est que l’imagination y joue forcément un rôle prépondérant. Les influences world music orientales se conjuguent au brouillard pour une ambiance unique et mystique. Et comme le suédois n’est pas ma langue natale, les titres des neufs plages de cet album ne m’évoquent absolument rien. Et si la pochette lève un peu le voile sur le mystère, aiguille les fantasmes d’ailleurs vers des terres aux croyances antiques, aux dieux grandioses et effrayants, aux frontières floues entre la vie et la mort, on reste un peu en rade niveau contenu. Alors c’est l’écoute qui guidera l’esprit. Inspirant et nébuleux, cet album est tout à fait ce qu’on était en droit d’attendre d’une telle collaboration. Des voix lointaines, des percussions sourdes, des nappes nébuleuses et des effluves orientales discrètes habitent chaque minute. Le côté ritualiste s’en trouve forcément rehaussé, mais ça ne « bouffe » pas non plus tout le spectre sonore, et c’est heureux ; le collectif se sert de ces petits plus pour nourrir son art, mais n’y noie jamais sa personnalité, intacte et même magnifiée. Encore une réussite au crédit de Cryo Chamber.

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Site officiel – Herbst9