ANGUISH : Anguish

Anguish est ce qu’on peut aisément qualifier de « projet de malade » ;un bout de Dälek, un bout de Faust, un bout de Fire ! Fire !Orchestra, mélangez le tout et vous obtenez un beau petit troupeau de créatifs sans aucune limite. Et si « Vibrations », l’excellent morceau introductif ne donne pas une idée précise du reste de la galette, la suite nous met très vite sur la voie. On pourrait dire que, sans surprise, la musique du collectif se situe entre hip hop alien, free jazz et rock noisy expérimental. Mais avouez que ça reste, rien que sur le papier, sacrément plus original que 90% de la production hip-hop mondiale. Ah oui, je parle de hip-hop parce que, qu’on le veuille ou non, c’est ce que la plupart des gens vont retenir de ce disque, dans lequel, c’est sûr,on entend bien Dälek. Un disque d’ailleurs né de la fascination de ceux-ci pour Faust, et de l’invitation de ces derniers à se rencontrer puis travailler ensemble, et accoucher d’un premier album sous un autre nom il y a quelques années. Et donc, « Anguish »est un disque fabriqué en moins d’une semaine, composé ensemble, de façon assez old school, en jammant, en improvisant. Soyons clairs ;ce disque n’est pas évident, ne contient aucun tube potentiel, et pourrait même flanquer une belle migraine à certain(e)s, hantant ses titres d’un saxo aux stridences meurtrières, envahissant l’espace de turbulences noisy. Mais un bon disque quand même, d’un genre unique et original, à découvrir pour tous ceux et celles qui aiment la musique qui défriche !

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CADILLAC : Originul

Cadillac, c’est l’un des éminents membres du Stupeflip crou, l’increvable bande d’énergumènes venus violenter le rap, le punk et la musique indie il y a presque vingt ans. Cadillac est donc le premier à échapper à la vigilance de King Ju qui, pas chien, vient poser des rimes sur deux titres. Sans surprises, on retrouve ici l’univers du crou ; rap punky (pour ceux qui ne le sauraient pas, Cadillac, dans le groupe, c’est celui qui gueule), influences pop eighties, paroles non-sensiques, cynisme, références pop culture et provocations gratuites (ou pas, d’ailleurs). Et pour tout dire, ce disque me satisfait bien plus que les dernières œuvres du Stup. Cadillac commence très fort avec « Game over », véritable hymne, imparable titre qui remplit le cahier des charges à 100 %, à la fois vénère, portnawak et sombre. Peut-être le plus efficace, mais pas le seul qui vaille la peine d’être découvert. On peut citer « Débile » (où tout le crou est là, du coup la différence avec un titre de Stupeflip est plus que floue »), l’excellente « L’humour fou », « C guignol », « Arkboot », « Mécanique », « Ego slave » (encore avec King Ju), « Rétroviseur » et « SPDC ». Ce qui est plutôt pas mal. On écartera le final « X », qui comme le dit si bien Cadillac, est « interminable » (faute avouée à moitié pardonnée). De là à penser qu’on y a gagné au change par rapport à Stupeflip, il y a un pas que je ne suis pas loin de franchir. En tout cas, il s’agit sans doute d’une belle surprise !

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Cadillac : Game over

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JAMES, Kery : J’rap encore

Ben oui, ça on le savait Kery, que tu rap encore. Mais c’est pas tout de le faire, il faut le faire bien. Lors de notre dernière rencontre, tu avais emprunté des chemins qui n’étaient pas les tiens mais que tu avais assez taillé à la serpette pour qu’ils conviennent à ton flow. Et finalement, tu m’avais embarqué dans ton truc. Encore une fois. Finalement, ça fait un moment que je te suis. Que je suis témoin de tes allers-retours entre périodes de nostalgie de tes années de tête brûlée, et tes pulsions moralistes. Tu es quelqu’un de vrai, en proie au doute, avec un bon fonds et de mauvaises habitudes, et il est impossible de ne pas se reconnaître en toi quand on partage certaines expériences et valeurs. Et tu es comme moi, tu vieillis. Alors tu veux te prouver à toi-même que tu es encore capable de sortir les griffes quand il le faut, et que le loup en toi ne s’est pas assoupi : il choisit juste ses combats avec plus de clairvoyance et de sagesse. Bref. « J’rap encore », c’est tout ça, mis dans un grand shaker de presque une heure. Egotrip, leçons de vie, flambe et uppercuts s’y partagent la vedette. Bien sûr, il faudrait que je cite tous les grands noms venus te rejoindre dans ton combat quotidien contre les poncifs du hip-hop. Et non, ils ne sont pas qu’un gadget, ils apportent vraiment leur part. Mais sans la patte du maître, l’intérêt de leur présence serait discutable, on est d’accord. Toutefois, ils sont témoins privilégiés du fait que tu n’as rien perdu, ni de ta verve, de ton talent de metteur en scène, ni de ta rage de dire et d’agir. Et tu signes encore des classiques immédiats, parmi lesquels mon préféré ici est sans nul doute « Le jour où j’arrêterai le rap », opportunément placée en fin de parcours pour achever les fans. C’est qui le patron ? Ben c’est toi, Kery.

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Kery James : J’rap encore

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SOFIANE PAMART / SCYLLA : Pleine lune

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Sofiane Pamart / Scylla : Une clope sur la lune

Sofiane Pamart / Scylla : Solitude

Sofiane Pamart / Scylla : Charbon

VINNIE PAZ : The pain collector

L’infatigable Vinnie Paz est de retour, cette fois avec un disque solo. Je dois avouer que ses productions en son nom propre m’ont toujours paru en-deça de ses efforts avec Jedi Mind Tricks et Army of The Pharaohs. On retrouve les compères habituels (Ill Bill, Goretex, Reef The Lost Cause) et même Muggs. On retrouve le flow sec et brutal du bonhomme, les instrumentaux sombrement funky et chargés de samples, bref l’univers typique de l’artiste. Et niveau titres ? A boire et à manger. On a du très bon, du moyen et de l’anecdotique. Et autre habitude du garçon, on a droit à une grosse tripotée de titres, qui fait plus que frôler le trop : 19 titres pour plus d’une heure de musique. Même pour ceux qui aiment le genre, c’est l’overdose assurée. Et puis, comme d’habitude, il y a ce petit fossé entre le relatif groove du fonds et la rudesse de la forme. Les deux ne se correspondent pas. Je peux comprendre que ça puisse avoir son charme pour certains, mais ça ne fonctionne pas chez moi. Bien sûr, il ne pollue pas tous les titres, mais il reste trop présent. Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, ce « The pain collector », quatrième opus solo de Vinnie Paz, ne me convainc pas totalement, mais s’avère être une pause sympathique (mais convenue) pour les amateurs des collectifs susnommés.

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Vinnie Paz : Blood on my hands

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