ULTRAPHONIX : Original human music

Toi, qu’est-ce que t’écoutais rayon metal début nineties ? Comme tout le monde, de la fusion ? Eh ben tu vas être content ; 2018, c’est le retour de la revanche. Bon, peut-être pas, mais il y a de l’idée. Et celle-ci est née de la rencontre de deux sommités du old school metal, à savoir Corey Glover (Living Colour) et George Lynch (Dokken, Lynch Mob, Xciter…). La rencontre de leurs deux univers, l’un plus metal fusion / funk, l’autre heavy metal, donne comme on pouvait s’y attendre le mélange des deux. Ainsi la voix chaude et groovy de Glover vient adoucir le jeu musclé de Lynch ou au contraire accompagner en douceur les ballades de celui-ci. Tout ça peut paraître un peu brinquebalant sur le papier, et parfois ça l’est même en vrai. Mais globalement, ce premier opus vient couronner une initiative pas évidente mais que le talent des participants (et on saluera d’ailleurs la paire basse / batterie, discrète mais redoutable techniquement, et en particulier le bassiste Pancho Tomaselli) vient mener à bien. Impossible de ne pas penser à un Living Colour plus heavy ici, la voix de Glover menant le jeu du début à la fin de « Original human music ». Mais par moments, je pense aussi à des choses plus aventureuses comme Mordred ou Naked Truth, de par la l’alliance de la force et la finesse, du funk et du metal. Tout ça ne se fait pas sans casse, et on trouvera quelques titres plus faiblards, et mêmes un peu pénibles (« Counter culture », « Take a stand » malgré son entame kornienne). Bref, Ultraphonix signe un disque imparfait mais qui a le mérite de faire avancer le métissage musical, et proposer un peu de fraîcheur !

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Ultraphonix : Another day

Ultraphonix : Walk run crawl

BLEEDING THROUGH : Love will kill all

Séparé en 2014, le combo d’Orange County se la joue « coucou nous revoilou » en nous apportant un sourire carnassier aux lèvres un nouvel album parfaitement calibré. Oups, j’ai vendu la mèche ! Alors oui, sur l’introductive « Darkness, a feeling I know », heavy et gothique, on pourrait douter du retour de leur mix death metalcore black sympho heavy aux affaires. Mais dès « Fade into the ash » lancée, on en doute plus. La question qui nous taraude en partant de là c’est « comment on s’en est sorti sans eux avant ? ». Non, parce que ce mélange assez unique, aussi mélodique que bourrin, chargé de claviers pompeusement goth qu’on peut raisonnablement trouver kitch (mais que j’adore), de chant clair poppy qui peut rebuter (mais qui va si bien ici), de dissonances et breaks déjà entendus ailleurs (mais toujours foutrement bien placés), et de riffs en béton armé taillés sur mesure. Et si on a l’impression que ce nouvel album a été composé en deux temps, une première partie plus mélodique et l’autre plus extrême, l’ensemble se tient et j’apprécie chaque titre de la même façon. On peut avoir le sentiment de prime abord que Bleeding Through n’est qu’un groupe de plus mais son côté assez Dimmu Borgir (d’il y a quelques années) meets metalcore le fait entrer dans une tout autre dimension, d’autant plus que le groupe multiplie les petites trouvailles sonores malsaines qui transcendent ses titres. Ce qui lui fermera certainement les portes du coeur des fans de metalcore pur et dur mais devrait passionner ceux qui sont plus ouverts à l’ensemble des genres cités. Bref, on a ici un huitième album maîtrisé de bout en bout et apte à terrasser ses auditeurs sur platine comme sur scène !

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Paroles de l’album

Bleeding Through : Set me free

Bleeding Through : Fade into the ash

YOB : Our raw heart

Oui, Yob est un secret de moins en moins bien gardé de la scène sludge doom. Enfin, scène, c’est vite dit. En effet, rien ou presque ne peut rapprocher Yob de ses petits camarades de jeu. Du moins, beaucoup de choses les en éloignent. Yob produit une musique puissante, heavy en diable, aux riffs d’une profondeur abyssale mais aux ambiances pas si lugubres que ça (même si certains morceaux sont bien crapoteux). Et le fait avec une conviction qui force le respect. Et une générosité certaine, aussi. Et, oui, ce terme peut bien sûr s’appliquer à la durée impressionnante de ce neuvième album (une heure et treize minutes), mais aussi et surtout à l’attitude du groupe sur scène et hors scène. Oui, Yob est un ramassis de gens sympas. Pourtant, malgré toutes leurs qualités, leur musique n’est pas la plus populaire qui soit. Pourquoi ? Parce que Yob n’aime pas choisir entre accessibilité, brutalité, mélancolie, lourdeur et moments plus planants ; il fait tout ça à la fois, le fait bien et sans chichi. Alors oui, ça peut déstabiliser au premier abord, mais franchement c’est tout ce qui fait le charme d’un disque comme « Our raw heart ». Comme à l’accoutumée, il s’agit d’une somme de riffs telluriques et de vocaux vagabonds, oscillant entre growls et lignes mélodiques en chant clair. On pourrait évoquer bien des formations post hardcore ou post metal à l’écoute de ce nouvel album, cependant Yob conserve une personnalité unique. Pas toujours facile d’écoute mais passionnant de bout en bout, voici une (autre) bonne raison de remercier la bonne étoile qui veille sur Mike Scheidt, récemment sorti d’une diverticulite.

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GHOST : Prequelle

Quatrième album pour un Ghost qui a ces derniers mois bien perdu de sa superbe, après un procès qui a révélé de vilaines affaires d’argent, l’identité des membres supposément secrète. Est-ce que ça empêchera le groupe de continuer à convaincre une fanbase de plus en plus nombreuses et de plus en plus souvent hors du giron metal ? Pas sûr. Car « Prequelle » (drôle de nom, d’ailleurs : à quoi ?) avance clairement dans le sens de toujours plus de tics pop, d’évidences mélodiques et de moins d’appuis typés prog ou heavy. On l’avait déjà compris avec « Rats » d’ailleurs, qui annonçait l’album de façon claire : pas besoin de chercher à s’accrocher à des flancs escarpés, le miel, ça colle bien. Oui, je suis peut-être un peu dur là, mais c’est à la mesure de mon décontenancement. Je ne peux pas dire que ce disque soit mauvais ; chaque titre fonctionne parfaitement. Mais où est le côté sulfureux, inquiétant ? Dans les costumes réalisés par les stylistes les plus influents, pas vrai ? Est-ce que ça vaut le coup, vraiment ? Euh, non. Pas pour moi en tout cas. Pas rancunier, je continuerai de suivre les aventures des nameless ghouls de loin en loin, à m’extasier, pourquoi pas, sur la propension du groupe à exploiter de nombreuses sources musicales, des plus logiques aux plus improbables (ce qu’on peut encore constater ici), mais sans en attendre plus qu’un truisme musical de plus.

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Ghost : Rats

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    Tags: progressif, metal, rock, heavy, ghost

QUEENSRYCHE : Promised land

Oui, je sais. Curieux de chroniquer le Queensryche de ce disque. Pas le plus évident, peut-être pas le plus représentatif non plus, éventuellement pas le meilleur. Mais voilà, pour moi, il reste porteur d’une magie et d’une créativité que d’ailleurs le groupe aura bien du mal à retrouver par la suite. Il représente pour moi la fin d’une époque pour le groupe, de celle que j’apprécie pour être plus précis. Mais incompris, il a souvent été acquis sur la base des succès précédents du groupe par les fans (et les curieux) et a souvent déçu. Sombre et plus rock que metal, il montre un Queensryche vacillant, en proie au doute sur sa personnalité profonde et sa raison d’être. Ce qui ne l’empêche pas d’être une fois de plus exceptionnellement riche. Si l’intro « 9:28 A.M. » laisse deviner un nouveau concept-album, il faut plutôt chercher un thème général ici ; celui des troubles mentaux. Bientôt l’orientalisante et moderne « I am I » lui fait place. « Damaged », beaucoup plus metal, est tout aussi percutante. Puis vient la première ballade du disque, « Out of mind », belle et sensible comme à l’accoutumée. Vite éclipsée par la magnifique « Bridge », au texte très personnel de Chris degarmo sur sa relation avec son père. Pas le temps de s’en remettre, c’est une « Promised land » longue et progressive qui nous embarque complètement, avec en bonus Geoff Tate au saxo. La groovy et originale « Disconnected » fait redescendre sur Terre (mais laquelle ?). Et nous voici en compagnie de « Lady Jane », autre sommet du disque, semi-ballade touchante. « My global mind », tout bon qu’il soit, fait un peu pâle figure, titre plus classique et attendu. D’autant plus qu’il est suivi de « One more time », autre belle réussite du disque. Et on finit notre voyage avec une « Someone else ? », duo piano-voix juste parfait. Les chanceux pourront chopper la version avec bonus (notamment « Real world » sur la bande originale de Last Action Hero, et une version de « Someone else ? » avec le groupe au complet, qui confirme la justesse du choix d’interprétation en comité restreint).

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Queensryche : Bridge

Queensryche : I am I

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    Quand on a aimé passionnément un groupe, qu'on en a suivi les différentes étapes de l'évolution, qu'on s'est attaché à ses membres, il est difficile de passer à autre chose. En 2012, lorsque le vaisseau Queensryche explose en plein vol, se scindant en deux entités, les fans s'interrogent. Pourtant, ceux-ci…
    Tags: a, metal, progressif, queensryche, heavy, hard