SCRATCHOPHONE ORCHESTRA : Plaisir moderne

Du deejaying, du swing et de la chanson ; voici une formule qu’on commence à connaître, que ce soit en langue materne ou pas, et sur laquelle le Scratchophone Orchestra a décidé d’établir ses quartiers. Le groupe, composé d’un clarinettiste / chanteur, d’un contrebassiste, d’un violoniste / programmateur et d’un homme orchestre (guitare, prog, machine, percus) s’est ici entouré de quelques invités pour proposer un premier album varié et plaisant. D’emblée, « Mon héroïne » affiche les intentions du groupe : des titres légers, efficaces et festifs. La voix d’Aurélien me surprend et me prend un peu à rebrousse-poil dans un premier temps, sorte de mélange entre celle d’Ozark Henry première période et des intonations d’un Thomas Dutronc. Mais petit à petit, je m’y habitue et au final, je la trouve assez bien assortie à la musique. Le groove et la fraîcheur de celle-ci font le gros du boulot. « Plaisir moderne » plaira donc certainement à celles et ceux qui ont succombé à Parov Stellar et autres Caravan Palace, pour peu que ceux-ci ne soient pas allergiques aux textes français un poil coquins. Et je dois avouer que si ce n’est pas mon genre de prédilection, et de loin, l’electro swing chanson de Scratchophone Orchestra ne m’a jamais gonflé au cours des trois sessions d’écoute de cette chronique. Un bon premier essai, qui met en lumière les qualités du quatuor mais qui montre aussi des limites en terme de créativité ; pour aller plus loin, il faudra se montrer plus entreprenant !

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Scratchophone Orchestra : Mon héroïne

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THE THING WITH FIVE EYES : Noirabesque

Il y a quelques années, je faisais connaissance avec le dark jazz. D’abord avec Bohren & Der Club Of Gore bien sûr, puis avec d’autres joyeusetés, dont Dale Cooper Quartet et…The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble. Jason Kohnen, l’un des fondateurs du groupe, a récemment décidé de créer une nouvelle forme musicale. Prenant racine dans les cendres du combo précité, il lui adjoint une forme de trip hop worldisant assez sombre (je ne peux m’empêcher de penser à Orange Blossom) et gomme les aspects plus typiquement jazz pour en accentuer les côtés dark ambiant et musique de film. « Noirebesque », donc, montre des intentions assez connexes à toutes les formations précitées, mais s’y emploie différemment. Et pour tout dire, c’est plutôt une bonne chose. Oh, bien sûr, on retrouvera tout de même ici des ambiances et sonorités ressemblantes, mais dans l’ensemble ces neufs variations permettent à quiconque, qu’il soit ou pas déjà passé par les couloirs brumeux du dark jazz, de trouver ici un intérêt renouvelé pour une musique mêlant ambiance de catacombe, mélodies crépusculaires et beauté pure. Voici donc une « Noirabesque » élégante et troublante qui rhabille un genre qu’il était déjà urgent de découvrir !

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The Thing With Five Eyes : Salem

MAMMAL HANDS : Shadow work

Mammal Hands est un trio anglais formé en 2012 à Norwich par le saxophoniste Jordan Smart, le pianiste Nick Smart et le percussionniste Jesse Barrett. Mammal Hands fait partie de cette nouvelle génération de groupes jazz, élevés dans une certaine tradition, un respect pour le genre qui a été peu à peu perverti par les genres qui gravitent forcément autour des musiciens d’aujourd’hui, de l’electro à la pop en passant par l’indie rock et la musique de film. « Shadow work » en porte la marque indélébile. Un peu à la manière d’un Portico Quartet, d’un Bonobo ou d’un Hidden Orchestra parfois, il en porte les stigmates et en utilise les codes, à l’occasion, en les réinterprétant à sa façon. De là à parler de « renouveau jazz », bon, il y a un pas que je me garderai de franchir comme le font nombre de médias, puisque oui, c’est très beau, bien exécuté, élégant et classe, mais ça reste un style déjà développé par d’autres depuis quelques temps. Ce qui ne signifie aucunement qu’il faut balayer ce disque d’un revers de la main. Magnifique de bout en bout, « Shadow work » fait de plus preuve d’une cohérence qui le rend aussi léger qu’une volute de brume, et ce malgré quelques moments plus frénétiques, où le jazz prend vraiment le dessus et se marie à des influences tribales. Inutile donc de résister, succombez sans lutter à ce nouveau rejeton du post jazz que même les jazzeux peuvent apprécier sans mal !

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Mammal Hands : Boreal forest

THE LOST FINGERS : Coconut christmas

Deuxième album de noël pour les québécois. Deuxième ? Deux en suivant ? Non parce qu’un, c’est rigolo, et en plus il était assez réussi, mais que va apporter celui-ci ? Du soleil, capitaine. Ah bon. The Lost Fingers nouvelle formule (pour ceux qui n’ont pas suivi, le trio originel s’est adjoint les services d’une vocaliste, Valérie Amyot) ont bossé trois ans avec un musicien américain renommé pour dénicher et arranger des chansons de noël exotiques, venues de contrées ensoleillées comme le Mexique, l’Inde, la Jamaïque… L’inclinaison jazz manouche des débuts se fond donc dans le décor, quitte à disparaître parfaitement parfois. Mais le groove, le swing sont bien là : tout est question d’interprétation. Le propos est donc de réchauffer l’ambiance glaciale (surtout chez nos cousins québecquois), et de ce point de vue « Coconut cristmas » atteint sa cible sans mal. Ce que je reprochais au précédent, c’est un certain lissage au profit d’un style plus clinquant et passe-partout. Et de ce côté-là, on est malheureusement pas trop surpris, même si certains titres osent une orchestration qui nous change de l’ordinaire (par exemple, la revisite indienne de « God rest you merry gentlemen »). Parmi les réussites, outre le titre cité, on peut évoquer « New year’s day », « Santa’s lost his mojo », « Blue christmas » et « La cuisinière », le reste étant plus attendu. Ce nouvel album a certes bien des atouts, mais hélas pas / plus celui de l’originalité. Et même si on peut se laisser bercer par certains de ses titres, il reste une parenthèse sympathique mais pas indispensable, que ce soit pour les fans du groupe comme pour les autres.

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