MEG MYERS : Take me to the disco

Ce deuxième album solo de l’américaine Meg Myers a beau ne pas avoir un nom très engageant pour un fan de rock lambda, il serait dommage de le prendre comme une mise en garde ou une annonce stylistique de l’artiste. Tout n’y est que chausses-trappes et faux-semblants. La chanson-titre, qui ouvre l’album, débute comme une balade au piano à la Tori Amos (un fantôme que l’on retrouvera sur une «  « The death of me » qui m’évoque « « Cornflake girl » et à travers quelques tics vocaux) avant de bifurquer vers une electro-pop mélancolique. Mais c’est avec « Numb », premier single et hit pop rock alternatif catchy et musclé, que l’on prend conscience de la richesse de son univers. Enfin, si vous avez fauté comme moi en ratant son premier opus. « Tourniquet » revient à l’ambiance du premier titre, mais le rock est encore là, tapi dans les guitares discrètes. Il ressort bien vite avec une « Tear me to pieces » qu’on imaginerait bien en second single et sur la bande originale d’un blockbuster US. C’est bien ce mélange entre accessibilité et rébellion qui caractérise ce disque et Meg Myers en général. Alors on pardonnera bien volontiers les titres plus passe-partout, qui servent de tremplin à des bombes comme les titres précités, ou « Done », « Funeral » ou « I’m not sorry ». Il paraît que sur ce disque, Meg Myers s’est un peu calmée. Franchement, « Take me to the disco », tout poppy qu’il soit par moments, a de beaux restes, et je ne regrette pas d’avoir fait sa connaissance, même si ce côté effectivement très ricain dans son approche globale de la mélodie peut irriter les amateurs de rugosité. A tester.

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Meg Myers : Numb

HAPPY RHODES : Ectotrophia

Difficile de cataloguer Happy Rhodes. C’est peut-être pour ça que l’artiste américaine est restée cloîtrée dans une certaine confidentialité malgré des qualités vocales et musicales autant impressionnantes que déstabilisantes ? Il me faut vous dire que cet « Ectotrophia » n’est pas le nouvel et douzième album de la dame, mais bien une compilation de ces hauts faits. Souvent comparée (à raison) à Kate Bush, Happy (son vrai prénom est Kimberley Tyler, mais elle l’a fait changer encore adolescente) brille en effet par une versatilité vocale certaine (avec 4 octaves, on peut en exprimer des choses !), et une humeur musicale voyageuse, entre pop, musique classique, expérimentations, folk et rock neo gothique. Une musique dont la beauté glacée et planante et la mélancolie contraste souvent avec son prénom, mais qui parvient toujours à trouver le chemin du coeur. Une musique avec laquelle on ne s’ennuie pas, dont chaque chanson ressemble à une superproduction. Amples, laissant forcément beaucoup de place à la voix (avec des tessitures multiples se répondant et complétant), les dix-huit titres de cette compilation tutoient souvent les cieux, faisant intervenir une guitare dénudée et touchante (le premier instrument maîtrisé par l’artiste), et des claviers intervenant comme régulateurs et rehausseurs d’émotion. On trouve ici une sélection de titres des quatre premiers albums de l’artiste, agrémentés d’un titre plus rare (« When the rain came down »). Ce qui laisse présager qu’un volume 2 verra le jour prochainement, et peut-être même un troisième, si chacun se concentre sur une période de 3-4 albums. L’important, c’est qu’on trouve ici plein de bonnes raisons de se pencher sur la discographie de Mme Rhodes, dont le dernier album solo date de 2007, mais qui a depuis fricoté avec The Security Project, reprenant Kate Bush et Peter Gabriel (comme c’est bizarre !). Si vous aimez les deux derniers artistes cités, vous seriez bien inspirés de passer la porte de ce disque troublant et fascinant !

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LA DAME BLANCHE : Bajo el mismo cielo

Si, comme moi, vous n’avez pas vu débarquer le phénomène La Dame Blanche avec son deuxième album, ce troisième album de la parisienne d’adoption sera l’occasion de vous rattraper. Une petite mise en garde s’impose ; pour pénétrer cet univers, il vous faudra ouvrir grand les oreilles. Car ici, on navigue entre cumbia, hip-hop, musique latino, dancehall et musique électronique. Il faut dire que la demoiselle est bien implantée dans le paysage musical, puisque fille de musiciens et du directeur artistique du Buena Vista Social Club, et elle-même comparse de noms comme Babylotion, Sergent Garcia, Rumbanana, le Grand Orchestre du Splendid, El Hijo de la Cumbia. Je vous l’accorde, ce n’est pas vraiment mon rayon tout ça. Et pourtant, ce n’est pas le label qui est venu me chercher sur ce coup-là. Croisé au hasard d’une liste de nouveautés, je donnais à ce disque, malgré sa pochette assez WTF, peu de chance de se voir accorder plus que les quelques secondes d’attention de la préécoute rituelle. Mais une fois lancée, la fraîcheur, l’énergie de l’ensemble et la variété instrumentale m’ont convaincu d’en parler ici. Bien sûr, si certains d’entre-vous fréquentent déjà assidûment le hip-hop latino, l’afro-electro, la trap sud-américaine, « Bajo el mismo cielo » se révélera peut-être moins percutant. Mais pour moi, quel uppercut ! Le rythme tient chaque titre sous son joug certes, les prods sont excellentes, mais c’est surtout la voix et le flow de La Dame Blanche qui vous tiennent en haleine. Un bémol cependant. Je sais que c’est un peu le genre qui veut ça, mais l’abus d’autotune me gonfle toujours autant, surtout quand on sait très bien faire sans. Le disque est parsemé de featurings sympathiques, mais même sans, il serait très bon. Il me fait l’impression d’un Die Antwoord sud-américain, excusez du peu. Bravo et merci à Jarring Effects de nous offrir ce beau moment de musique latino nu-school !

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La Dame Blanche : Dos Caras

La Dame Blanche : Fana

TR PROD : Naissance

Ils sont rares, les artistes trip hop à voir le jour en ces temps troublés par la trap et autres synth wave. Alors quand TR Prod s’est pointé en m’annonçant son désir d’être chroniqué dans ces pages… Eh ben, j’ai simplement pas assuré. J’ai zappé le premier e-mail, les ai fait poireauter quelques jours pour le deuxième. Pourtant, ce soir, en découvrant ce premier ep sorti il y a quelques jours (et que j’aurai pu donc découvrir en avant-première, nigaud de moi), je me dis que j’aurai franchement raté quelque chose en passant à côté. Certes, cinq titres, ça n’est pas lourd. Mais c’est suffisant. « Genèse » plante le décor d’un style cool, mélancolique et groovy, mais avec une guitare rock. Quand « Tout s’oublie » démarre, on en attend la même chose, et ça nous suffirait, d’autant plus que le titre développe un univers similaire pendant sa première moitié. Jusqu’à ce qu’un chant noir charbon s’y incruste pour rehausser le côté rock. « Odyssée » marque le milieu du voyage tout en ambiance. « Gris ciel » relance les hostilités avec une autre salve de trip rock chanté. Et enfin, « Turquoise » nous accompagne tranquillement jusqu’à l’inévitable dénouement. Si « Naissance » est au final une traversée moins chahutée que ne peut l’augurer sa pochette, ses couleurs sont tout aussi belles et sa personnalité affirmée. La dualité electro / rock qui l’habite est suffisamment bien dosée pour qu’on s’y laisse prendre sans parti-pris pour l’un ou l’autre bord. Il n’est pas interdit de penser au premier album du Parisien Rob sur certains titres, mais encore une fois, oui, TR Prod cultive sa différence. Ne reste plus qu’à attendre une confirmation longue durée maintenant !

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TR Prod : Genèse

KADHJA BONET : Childqueen

On va jouer à un jeu. Je ne vous l’explique pas, on va commencer de suite. Et après, qu’est-ce qui se passe ? Eh bien après, le vaisseau d’E.T. tombe en panne de carburant et s’écrase comme une merde dans un champ. Une seule créature en réchappe, et est acceptée par un couple d’ermites se nourrissant essentiellement de musique et de bouquins new-age. A la mort conjointe de ceux-ci, lui ayant appris en quelques années les rudiments d’une mélodie terrienne acceptable, elle, Khadja de son prénom, décide de se rendre à la, grande ville sous forme humaine pour présenter ses chansons. Ce scénario, c’est la première chose qui vient en tête à l’écoute de ce deuxième album de la jeune femme. Un subterfuge qu’elle-même a d’ailleurs utilisé pour son arrivée dans le monde de la musique en 2016 avec son premier opus « The visitor » (que je n’ai pas eu la finesse de repérer). Prenons les dossiers dans l’ordre. « Procession » semble sortir d’une rencontre entre la fantaisie sf d’un Sheller et la folie d’un combo prog seventies. La voix exceptionnellement douce et mélodieuse de Kadhja, doublée, triplée, y rencontre une orchestration d’une richesse et d’une versatilité infinie. Suit le morceau-titre, plus classique et soul, gorgé de violons gainsbouriens. Vient ensuite « Another time lover », dont la basse évoque clairement un Metronomy époque « The english riviera ». La ballade amoureuse « Delphine » se fait moins exubérante. « Thoughts around tea » surprend par ses sonorités et sa durée courte. Sur « Joy », c’est encore la voix qui mène la danse, toujours bien accompagnée d’une valse de cordes en tous genres amenant une couleur légèrement surannée mais unique. « Wings » navigue lui aussi dans le courant pop sixties riche en émotion. Sur « Mother maybe », c’est un funk mellow qui prend le pas. « Second wind » repart sur un jazz soulful. Et enfin, « … » ferme la marche d’une façon assez énigmatique (et peut-être dispensable). L’ensemble du disque est inclassable et sans âge (si ce n’est celui de la production, exemplaire, pour faire ressortir tous ses éléments) et montre l’étendue des talents de l’extraterrestre, qui signe l’un des disques les plus intrigants et passionnants de ces derniers mois.

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