GULP : All good wishes

Le psychédélisme a le vent en poupe, et gulp semble bien parti pour surfer sur la vague. De là à les taxer d’opportunistes, il y a un pas que je ne franchirais pas, puisque le duo est formé notamment d’un Super Furry Animals, déjà reconnu pour ces atmosphères perchées. Bref, ce deuxième album suit les traces du premier en mixant pop, psyché, électro et indie rock. La « Search for your love » introductive rassure en tout point sur cette mixture, affichant un délicat profil de single sans y toucher. Et puis quand « Claudia » défile à son tour, on découvre avec ravissement qu’en fait le groupe est juste doué pour agencer le tout en titres à la fois pop, étranges, doux et originaux. La voix féminine éthérée vient renforcer le sentiment de « walk in space », ce qui n’est pas pour me déplaire. Finalement, ce deuxième opus est une surprise pour moi qui m’attendait à quelque chose non pas forcément de plus « convenu » mais en tout cas dans l’air du temps côté psychédélisme. Ici, j’ai plus l’impression de croiser la route d’un fan de la belle époque 4AD qui aurait binge-watché les meilleures séries fantastiques de ces vingt dernières années (je vous les laisse piocher dans votre panthéon personnel). C’est donc assez cinématographique, et fait naître bien des images dans l’imaginaire de l’auditeur. Pas mal du tout !

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Gulp : Search for your love

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    Aucune idée du parcours qu'a parcouru jusqu'ici Cullen Omori. Google me souffle un nom de groupe ; Smith Westerns. Ben ça m'avance pas beaucoup. Je vais donc y aller à tâtons. « No big deal » a beau débuter par un gimmick electro, il repart très vite en territoire pop. La voix androgyne…
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MEG MYERS : Take me to the disco

Ce deuxième album solo de l’américaine Meg Myers a beau ne pas avoir un nom très engageant pour un fan de rock lambda, il serait dommage de le prendre comme une mise en garde ou une annonce stylistique de l’artiste. Tout n’y est que chausses-trappes et faux-semblants. La chanson-titre, qui ouvre l’album, débute comme une balade au piano à la Tori Amos (un fantôme que l’on retrouvera sur une «  « The death of me » qui m’évoque « « Cornflake girl » et à travers quelques tics vocaux) avant de bifurquer vers une electro-pop mélancolique. Mais c’est avec « Numb », premier single et hit pop rock alternatif catchy et musclé, que l’on prend conscience de la richesse de son univers. Enfin, si vous avez fauté comme moi en ratant son premier opus. « Tourniquet » revient à l’ambiance du premier titre, mais le rock est encore là, tapi dans les guitares discrètes. Il ressort bien vite avec une « Tear me to pieces » qu’on imaginerait bien en second single et sur la bande originale d’un blockbuster US. C’est bien ce mélange entre accessibilité et rébellion qui caractérise ce disque et Meg Myers en général. Alors on pardonnera bien volontiers les titres plus passe-partout, qui servent de tremplin à des bombes comme les titres précités, ou « Done », « Funeral » ou « I’m not sorry ». Il paraît que sur ce disque, Meg Myers s’est un peu calmée. Franchement, « Take me to the disco », tout poppy qu’il soit par moments, a de beaux restes, et je ne regrette pas d’avoir fait sa connaissance, même si ce côté effectivement très ricain dans son approche globale de la mélodie peut irriter les amateurs de rugosité. A tester.

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Meg Myers : Numb

NOMENKLATUR : Atomised

Autant vous le dire de suite, il y a peu de chances qu’ « Atomised » devienne votre disque de l’été. Ou alors vous êtes encore plus barrés que moi. Mais ne fuyez pas pour autant. Nomenklatür est né de la rencontre de deux die-hard fans de techno, deux vieux baroudeurs du genre, deux agitateurs qui se pratiquent depuis quelques années et en sont même venus à monter un label ensemble (Elektrofon). Les deux hommes sont complémentaires dans les sons proposés, l’un étant plus branché EBM / techno indus (ce qui s’entend à la froideur de certains beats et aux nappes glaçantes), l’autre étant plus la caution techno (à tendance minimal) du couple. Le résultat, on s’en doute, ne respire pas la joie de vivre et la troisième mi-temps. Et c’est tant mieux. On y trouve donc des mélodies obsédantes, des lignes acides, des développements progressifs, des gimmicks rythmiques et percussifs discrets donnant de la personnalité aux titres, des ambiances gothico-planantes (tout ça mis bout à bout, pas étonnant que Nomenklatür ait remixé Haujobb), une couleur très underground nineties, mais des sonorités et une technique au goût du jour. Le duo prend d’ailleurs un malin plaisir à mélanger les sources et les techniques pour créer une mixture unique. Ce qui fait d’« Atomised » un disque assez épais pour qu’on l’écoute chez soi ou en club. Bien sûr, les allergiques à la techno brute feraient mieux de ne pas trop y traîner, ils risquent une bonne crise d’épilepsie, mais le duo a vraiment quelque chose en plus et sait en jouer pour proposer un ensemble cohérent mais non linéaire. Ce qui explique ses treize ans d’existence et justifie son maintien en première division de la techno française.

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Nomenklatür : Transcendanse

LET’S EAT GRANDMA : I’m all ears

A peine majeures, Rosa Walton et Jenny Hollingworth sortent ici leur deuxième album sous le nom Let’s Eat Grandma. Et si vous vous attendiez à quelque chose de simple et funky, vous repasserez ; l’époque est définitivement passée à autre chose. Il faut dire que les jeunes filles composent ensemble depuis qu’elles ont 13 ans, alors elles ont eu le temps d’expérimenter des choses, de peaufiner leur jeu, d’affirmer leur identité. Si la base est pop, ce n’est que le noyau, et tout un tas de genres gravitent autour ; electronica, indie rock, r&b, electro-pop, le tout avec un goût du risque aussi juvénile que réjouissant. Et si le style pouvait déjà surprendre en 2016, ici elles ont pris de l’assurance et « I’m all ears » entre donc logiquement dans une autre dimension. J’ai beaucoup lu ici et là « pop d’avant-garde ». Et pour une fois, je ne m’opposerai pas à ce terme un brin pompeux pour décrire une musique aussi imaginative qu’ancrée dans un souci de lisibilité très actuelle. Car ne vous y trompez pas ; si le duo s’octroie la liberté d’aller où bon lui semble, quitte à mettre l’auditeur sur une fausse piste dès le début de l’album avec l’instru sombre « Whitewater », il ne perd jamais de vue la mélodie et le rythme, et c’est tout à son honneur. Mais il aime à l’envelopper, la cacher, la transformer, la complexifier. Ce qui rend ses chansons encore plus intéressantes et « adultes », même si je rechigne à utiliser ce qualificatif. Ce que j’essaie de vous dire, c’est que Let’s Eat Grandma, sous ses airs rêveurs et son tripatouillage sonore, a beaucoup de mal à cacher un réel talent de composition. « I’m all ears » est d’une richesse hallucinante, et dame le pion à pas mal de formations se targuant d’amener la musique à un autre niveau. On espère juste que le groupe ne se perdra pas ou n’explosera pas en route, victime collatérale d’un trop-plein de soif d’explorer !

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Paroles de l’album

Let’s Eat Grandma : Hot pink

Let’s Eat Grandma : It’s not just me

KODY NIELSON : Birthday suite

Quand vous êtes face à un fou, il n’y a pas 36 solutions : soit vous l’évitez comme la peste, soit vous le suivez dans son délire. Pour un génie, c’est à peu près la même chose, d’ailleurs. Alors ne me demandez pas où se situe Kody Nielson. Une chose est sûre, il est quelque part entre les deux. Pour ce premier album, il regroupe douze titres composés chacun pour l’anniversaire d’un de ses proches. Et sort l’album à sa date d’anniversaire. Ça vous paraît saugrenu comme idée ? Vous n’avez encore rien vu. Figurez-vous que ce chenapan a décidé de mettre en symbiose la musique baroque, le moog et la musique électronique. Ok, là, vous pouvez lever les yeux au ciel. Enfin, pas si sûr. Parce que si, sur le papier, ça a l’air bien chtarbé, une fois enregistré… ben ça l’est tout autant. Chtarbé oui, mais sacrément bien conçu. Les douze mouvements de cette « Birthday suite » sont certes calqués sur le même modus operandi (= une basse groovy, une batterie jazzy bien présente et assez remarquable, quelques fioritures synthétiques et un moog omniprésent déroulant un neo-classique hérité de Bach ou une compo plus jazz rock avec le même traitement) mais chacun pris à part fonctionne parfaitement. Oui, mais, est-ce que, tous pris à la suite, ce disque reste un plaisir ? C’est un peu là où le bas blesse, il faut bien le dire. Le moog, c’est chouette, l’idée de Kody est fun, mais un peu comme chez un Moog Cookbook ou un Rondo Veneziano (dont ce disque est un peu la progéniture difforme enfermée dans la cave avec Choco), on finit par se lasser au bout d’une demi-heure. Mais malin, Kody a donné à ce premier album solo une forme courte (33 minutes), permettant au curieux de se faire une idée sans se fatiguer. Une chose est sûr, avec Kody et après les Mint Chicks, Silicon et Unknown Mortal Orchestra, on est pas près de s’ennuyer !

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Kody Nielson : Ruban’s birthday