COEUR DE PIRATE : En cas de tempête, ce jardin sera fermé

« Roses » avait chez moi suscité beaucoup d’espoirs. Après une première rencontre mitigée, la mutine Coeur de Pirate plongeait sa chanson pop dans un bain mélancolique et cinématographique qui transfigurait sa musique. Album d’une transition (non, je n’emploierai pas le terme « maturité »), il perdait peut-être en fraîcheur ce qu’il gagnait en élégance. Ce que j’attends de ce nouvel opus, c’est bien d’y retrouver la même inclinaison, certainement accentuée par une confiance en soi gagnée sur la foi de prestations et d’expériences multiples. Il faut dire aussi que la dame a une vie personnelle et amoureuse bien chaotique qui a ça de bon qu’elle nourrit inlassablement son art. La magnifique « Somnanbule » qui introduit l’album en dit d’ailleurs long sur sa teneur ; on va ici pénétrer plus loin encore sous le lit où les démons de la belle se terrent en attendant leur heure. « En cas de tempête, ce jardin sera fermé » est l’album le plus impudique de Coeur de Pirate, et elle nous y livre ses doutes, son mal-être, ses imperfections et ses incohérences. Chaque note, chaque mot est choisi et assumé. Les titres ont certes une tendance à la redite, l’artiste y fait le tour d’un univers chanson pop qu’on commence à bien connaître. Mais malgré tout, on ne peut s’empêcher de l’aimer, ce disque. Ses allers-retours entre mélancolie profonde et moments plus légers, son choix de s’exprimer en langue française, sa beauté empoisonnée, la voix addictive de son interprète… Bref, si vous avez aimé un jour Coeur de Pirate, voici le disque qu’il vous faut écouter de la québecoise !

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Paroles de l’album

Coeur de Pirate : Premonition

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    Tags: coeur, pirate, plus, pop, rock, française, chanson

SOVIET SUPREM : Marx attack

Quand « Oci cervene » déboule avec ses choeurs de l’armée rouge, on s’y croirait. Et c’est bien ce que recherche ce duo de baroudeurs du son que sont R-wan (Java) et Toma Feterman (La Caravane passe), alias John Lenine et Sylvester Stalline (ou le contraire) : évoquer de façon totalement irrévérencieuse et démesurément fun, tout en conservant un poil de sérieux et de conscience citoyenne. Voici une décoction inédite, aussi capiteuse que drolatique. On y retrouve toute la fantaisie des formations suscitées la touche slave en plus. « Diktator de dancefloor » introduit véritablement l’album façon postiche et potache. Hip-hop, electro, punk et chanson rock se téléscopent au sein des 15 titres pour le moins variés et néanmoins homogènes de ce disque. Étant donné le sujet, l’egotrip est de mise. Soviet Suprem détourne à tout va tout ce qui lui passe sous la chapka, témoin ce « T’as le look coco » qui n’a jamais sonné aussi bien (même si cette relecture s’avère extrêmement courte). Alors oui, « Marx attack » reste un disque de circonstance, pas forcément celui qu’on se repassera mille fois, qu’on présentera à nos enfants (quoique les miens l’aient trouvé « rigolo ») et qu’on gardera pour accompagner nos vieux jours. Mais son concept et sa musicalité, et le travail derrière son air désinvolte lui assurent toutefois une longévité bien plus longue que certains autres disques nés d’une idée délirante. « Marx attack », c’est un disque fun prétexte à l’exploration musicale de territoires bien balisés dont Soviet Suprem prend un malin plaisir à retourner les codes et directions. Khorosho sygral !

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Paroles de l’album

Soviet Suprem : Vladimir

Soviet Suprem : T’as le look coco

SCRATCHOPHONE ORCHESTRA : Plaisir moderne

Du deejaying, du swing et de la chanson ; voici une formule qu’on commence à connaître, que ce soit en langue materne ou pas, et sur laquelle le Scratchophone Orchestra a décidé d’établir ses quartiers. Le groupe, composé d’un clarinettiste / chanteur, d’un contrebassiste, d’un violoniste / programmateur et d’un homme orchestre (guitare, prog, machine, percus) s’est ici entouré de quelques invités pour proposer un premier album varié et plaisant. D’emblée, « Mon héroïne » affiche les intentions du groupe : des titres légers, efficaces et festifs. La voix d’Aurélien me surprend et me prend un peu à rebrousse-poil dans un premier temps, sorte de mélange entre celle d’Ozark Henry première période et des intonations d’un Thomas Dutronc. Mais petit à petit, je m’y habitue et au final, je la trouve assez bien assortie à la musique. Le groove et la fraîcheur de celle-ci font le gros du boulot. « Plaisir moderne » plaira donc certainement à celles et ceux qui ont succombé à Parov Stellar et autres Caravan Palace, pour peu que ceux-ci ne soient pas allergiques aux textes français un poil coquins. Et je dois avouer que si ce n’est pas mon genre de prédilection, et de loin, l’electro swing chanson de Scratchophone Orchestra ne m’a jamais gonflé au cours des trois sessions d’écoute de cette chronique. Un bon premier essai, qui met en lumière les qualités du quatuor mais qui montre aussi des limites en terme de créativité ; pour aller plus loin, il faudra se montrer plus entreprenant !

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Scratchophone Orchestra : Mon héroïne

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FOREVER PAVOT : La pantoufle

J’avoue, je l’avais croisé il y a quelques temps ce disque, mais je n’étais pas dans les bonnes dispositions pour lui donner sa chance. Mais ce titre d’album me trottait en tête, titillant mon sens de l’absurde, et la provenance de Forever Pavot (le label Born Bad) me poussait à le remettre sur ma liste d’écoute. Ce soir, je suis prêt. Et très vite, je vais vite… ne pas le regretter. Emile Sornin pratique un art entre le psyché sixties légèrement suranné, l’indie pop lunaire de Saturnin et le foutraquisme pervers d’un Sexy Sushi. Étrange, frais, mais aussi très référencé et cinématographique, « La pantoufle », outre son apparente bonhomie, fait du neuf avec du vieux et du sérieux avec de la folie douce. Cet équilibre, beaucoup s’y sont cassé la gueule avant lui, mais Forever Pavot parvient avec brio à le maintenir. Il parvient en plus à nous tenir en haleine avec des histoires du quotidien chargées d’une certaine dramaturgie (dont on ne comprend pas forcément tous les tenants et aboutissants si on se laisse porter par la musique), installant une ambiance assez oppressante renforcée par l’utilisation du glaçant clavecin , de rythmiques obsédantes très films à suspense, parfois d’une narration martiale. Tout ça est contrebalancé par la voix rêveuse d’Emile, assez proche de celle de Mathieu Boogaerts, et d’un dixième degré rafraîchissant. « La pantoufle » est donc une expérience assez unique, un disque-monde à la Pratchett, aussi perché et drôle, le côté inquiétant en plus, auquel on s’attache immédiatement et durablement !

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THE LOST FINGERS : Coconut christmas

Deuxième album de noël pour les québécois. Deuxième ? Deux en suivant ? Non parce qu’un, c’est rigolo, et en plus il était assez réussi, mais que va apporter celui-ci ? Du soleil, capitaine. Ah bon. The Lost Fingers nouvelle formule (pour ceux qui n’ont pas suivi, le trio originel s’est adjoint les services d’une vocaliste, Valérie Amyot) ont bossé trois ans avec un musicien américain renommé pour dénicher et arranger des chansons de noël exotiques, venues de contrées ensoleillées comme le Mexique, l’Inde, la Jamaïque… L’inclinaison jazz manouche des débuts se fond donc dans le décor, quitte à disparaître parfaitement parfois. Mais le groove, le swing sont bien là : tout est question d’interprétation. Le propos est donc de réchauffer l’ambiance glaciale (surtout chez nos cousins québecquois), et de ce point de vue « Coconut cristmas » atteint sa cible sans mal. Ce que je reprochais au précédent, c’est un certain lissage au profit d’un style plus clinquant et passe-partout. Et de ce côté-là, on est malheureusement pas trop surpris, même si certains titres osent une orchestration qui nous change de l’ordinaire (par exemple, la revisite indienne de « God rest you merry gentlemen »). Parmi les réussites, outre le titre cité, on peut évoquer « New year’s day », « Santa’s lost his mojo », « Blue christmas » et « La cuisinière », le reste étant plus attendu. Ce nouvel album a certes bien des atouts, mais hélas pas / plus celui de l’originalité. Et même si on peut se laisser bercer par certains de ses titres, il reste une parenthèse sympathique mais pas indispensable, que ce soit pour les fans du groupe comme pour les autres.

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    Chaque année, à peu près à cette période, je cherche d’arrache-pied et dégotte la plupart du temps un ou plusieurs disques de noël totalement what the fuck. J’y prends, je l’avoue, un plaisir fou. J’en ai déjà publié des gratinés. Mais là, je dois dire que ça m’étonne moi-même. Je…