GIN WIGMORE : Ivory

Gin Wigmore est une auteure-compositrice (c’est comme ça qu’on dit maintenant ?) néo-zélandaise. Rien de bien exceptionnel donc. Sauf que Gin a de la personnalité. Un vécu mouvementé, un certain goût pour le dynamitage musical, un irrespect total des conventions. Et une certaine expérience de la chose, puisqu’elle fait ça depuis ses 14 ans, et qu’elle en a plus du double à présent. Tout ça est bien, et fait d’« Ivory » un disque sur lequel on se retourne d’abord avec curiosité, puis avec bienveillance. Bien sûr, la voix très particulière et assez nasale de la jeune femme peut d’abord surprendre, voir rebuter. Mais c’est sans compter sur la faculté de persuasion de titres diaboliquement efficaces. « Hallow fate » avance sur la pointe des pieds, mais montre vite un groove et une écriture pop imparable. Ce qui me rappelle Izzy Dunn et Duffy : l’alliance de la soul et de la pop (avec option rétro), avec un soupçon d’influences neo classiques. Par la suite, la chose se complexifie ; Gin nous montre qu’elle est également friande de rock, de hip-hop, de funk, et qu’elle compte bien les faire cohabiter dans son grand chaudron. Quelques titres sont un peu trop faciles, mais la plupart vont directement au but, et cinq écoutes plus tard, si le genre n’est pas celui qui me va le mieux au teint, une évidence s’impose à moi sous une lumière crue ; ce disque ne souffre d’aucun défaut. Chaque titre y fait preuve d’audace, de bienséance et de clinquant dans des proportions égales, et fait vraiment honneur à sa créatrice. Pas de doute : Gin Wigmore a quelque chose de plus que ses contemporaines, et vous seriez bien avisés d’en faire la connaissance !

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Paroles de l’album

Gin Wigmore : Cabrona

ULVESANG : The hunt

Oh non, il va encore nous parler de black metal, y’en a marre de cette musique de barbare ! Ah ahhhh ! Raté ! Et en plus, Ulvesang ne joue même pas du death, du doom ou une autre joyeuseté à grosses guitares et rage au ventre. Non ; ce duo canadien est ce qu’on peut trouver de plus proche d’un Empyrium période « Where at night the wood grouse plays » / « Weiland », soit un dark folk / neo folk mélancolique et très « nature ». Majoritairement porté par les guitares acoustiques, ce disque s’avère à la fois apaisant et profond. Bien entendu, comme dans beaucoup d’exercices de ce genre, le rendu s’avère un peu répétitif. D’autant plus que, si Ulvesang présente pas mal de qualités, il n’est pas encore au niveau des allemands sus-cités. L’emphase y est, l’intention aussi, la musicalité certainement, mais il manque tout de même cette magnificence, cette beauté sauvage, et aussi la qualité de sa mise en valeur. Ici, la production est trop sage, trop homogène, manque de relief et de nuances, ce qui noie un peu l’efficacité des titres et diminue forcément leur impact. Reste que « The hunt », beaucoup moins guerrier que ne le laisse présager son titre, recèle tout de même de belles réussites, et se montre assez appliqué, pugnace mais délicat pour qu’on oublie, parfois du moins, les comparaisons, pour s’abandonner à sa beauté simple et son mysticisme de barde moderne.

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THE HERBALISER : Bring out the sound

Eh ben, faut pas être pressé les gars ! Bon, « They were seven » était une petite bombe, ok, mais ça fait quand même un moment qu’on en est remis et qu’on guette du neuf. Et non, c’est pas les remixes qui nous excitent, c’est du nouveau son. « Breach » nous rappelle que le duo excelle côté trip hop funky et rappé. La soyeusement pop « Seize the day » nous rappelle qu’il a aussi bien d’autres cordes à son arc. « Like shaft » reprend le chemin du hip hop, « Out there » s’avère plus soulfull et posée… Je crois que The Herbaliser a décidé de nous faire une démonstration de force. Les cuivres alliés au riff rock de « Submarine » mettent en orbite un titre impeccable. Et puis « Over & over », « Cyclops »… Les titres s’enchaînent, tout aussi bons l’un que l’autre. Et oui, je pourrais tous les décrire plus finement, mais franchement je préfère me laisser porter par les ambiances changeantes et toujours bien senties de ce dixième album… Et surtout vous laisser tout le loisir de les découvrir à votre tour et d’en être d’abord surpris, ensuite conquis. Inutile aussi de vous asséner que The Herbaliser est plus ceci ou cela ; The Herbaliser sait TOUT faire, et le fait QUAND IL VEUT. Alors oui, l’unité de ce disque, c’est un peu une chimère ; le liant c’est le talent et une ambiance générale assez inexplicable mais propre au duo. Mais sorti de là, ça part un peu dans tous les sens. Et au final on s’en fout puisque tout est bon. Allez, un bémol  avec « EMT » un peu trop classique, voir convenu, et trop long. Mais tout le reste passe crème, et on nage à nouveau dans le bonheur avec ce disque des anglais !

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DIDIER LALOY : Belem & the mekanics

Bon, si je vous présente mon belge Didier Laloy comme un maître incontesté de l’accordéon diatonique, pas sûr que ça vous parle ni que ça vous donne des frissons d’excitation. Mais si je vous présente la nouvelle incarnation de son projet Belem comme la rencontre de la musique de chambre, la musique de foire et les instruments à vent, là j’ai peut-être plus réussi à titiller votre curiosité. Et vous en seriez bien avisés, car que vous ayez déjà trempé dans les combines un peu folle de Didier ou pas, vous trouverez ici de quoi assouvir votre soif d’originalité et de folie douce. Le duo habituel de Belem donc, soit Didier Laloy à l’accordéon et Kathy Adam au violoncelle, se voit ici épaulé par l’orchestre mécanique de Walter Hus, sorte de mutant musical complexe et savant dont le nom pourrait être orguedinateur. Le fracas de ces deux univers aboutit forcément à quelque chose de fantasmagorique et Burtonien. Là où Belem fait (toujours) très fort, c’est dans sa capacité à composer des titres à la fois exigeants, inventifs et passionnants. Ce disque a bien sûr une couleur très musique de film, mais la musique des balkans n’est pas loin non plus, la musique baroque est une cousine proche, et il n’est pas interdit de penser au jazz ça et là, au détour d’une structure particulièrement libre. Bref, ce nouvel album est un grand barnum dans lequel on croise plein de têtes connues mais dont les accoutrements changeants assurent un spectacle à chaque instant renouvelé. Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce disque est bien sa forme purement instrumentale, qui ravira probablement les amateurs de Yann Tiersen et consorts, mais a les limites qu’imposent cette formule.

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THE THING WITH FIVE EYES : Noirabesque

Il y a quelques années, je faisais connaissance avec le dark jazz. D’abord avec Bohren & Der Club Of Gore bien sûr, puis avec d’autres joyeusetés, dont Dale Cooper Quartet et…The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble. Jason Kohnen, l’un des fondateurs du groupe, a récemment décidé de créer une nouvelle forme musicale. Prenant racine dans les cendres du combo précité, il lui adjoint une forme de trip hop worldisant assez sombre (je ne peux m’empêcher de penser à Orange Blossom) et gomme les aspects plus typiquement jazz pour en accentuer les côtés dark ambiant et musique de film. « Noirebesque », donc, montre des intentions assez connexes à toutes les formations précitées, mais s’y emploie différemment. Et pour tout dire, c’est plutôt une bonne chose. Oh, bien sûr, on retrouvera tout de même ici des ambiances et sonorités ressemblantes, mais dans l’ensemble ces neufs variations permettent à quiconque, qu’il soit ou pas déjà passé par les couloirs brumeux du dark jazz, de trouver ici un intérêt renouvelé pour une musique mêlant ambiance de catacombe, mélodies crépusculaires et beauté pure. Voici donc une « Noirabesque » élégante et troublante qui rhabille un genre qu’il était déjà urgent de découvrir !

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The Thing With Five Eyes : Salem