VILLAGERS : The art of pretending to swim

En 2015, « Darling arithmetic » avait été une bouffée de poésie, d’élégance et de beauté. L’irlandais Villagers y confirmait tout le bien qu’on pensait de lui tout en approfondissant encore sa démarche créative par le biais de plus d’hybridation de pop, folk rock et éléments électroniques. En toute logique, j’espérais retrouver sur ce quatrième album fabriqué à la maison, dans un home studio tout neuf, peu ou prou la même chose. Alors quand « Again », qui contient bien tous ces éléments, mais aussi quelque chose de plus accrocheur, entame le premier mouvement, je ne peux qu’être en confiance. « A trick of the light » enfonce le clou. On a du groove qui ne fait pas vraiment danser, de la pop qui ne fait pas chanter à tue-tête, de la folk qui ne se perd pas dans la nature ; c’est beau, apaisé, évident mais pas pompier, bref ça a un charme fou. « Sweet saviour » est encore meilleure. Je pense au « California » de Perry Blake en moins grave, plus lumineux. Ce titre est juste magnifique. « Long time waiting » est plus groovy, plus complexe, moins immédiat, mais très bon aussi. « Fool » est encore une superbe chanson pop folk. « Love came with all that it brings » y introduit des cuivres et des cordes. « Real go-getter » et son gimmick obsédant nous bercent, et « Hold me down » comme « Ada » ne font pas retomber l’attention et le plaisir, bien au contraire. Bilan ; un nouvel album d’une beauté et d’une inventivité renouvelées.

Paroles de l’album

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Villagers : Fool

Villagers : A trick of the light

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ABORTED : Terrorvision

Et de dix pour le gang de Waregem. En quelques années, le groupe a réussi le tour de force de s’installer durablement parmi les cadors de la scène, et ça ne doit pas être facile quand on vient du plat pays. Et comment il a fait ? En sortant des disques qui crachent un feu soutenu et une rage inextinguible. « Terrorvision » ne peut se permettre d’être très différent. Riffs sauvages et techniques, alternance de vocaux death et black, influences thrash et core, ambiances rehaussées par des claviers, brutalité de tous les instants contrebalancée par une multitude de petites mélodies. Intense et moderne, « Terrorvision » ne sort certes pas de lapin de son chapeau mais fait son job à la perfection. Avec ses vingt trois ans d’expérience, Aborted ne s’en laisse pas compter et signe un disque absolument énorme qui comptera dans sa discographie tant il synthétise toutes les qualités du groupe : ça tabasse, les soli sont monstrueux, les mélodies bien présentes, c’est épique, c’est dans l’air du temps, aïe aïe aïe on en prend plein les gencives. On pourrait certes regretter, justement, cette agression constante qui aurait de quoi rendre épileptique un Laurent Voulzy, mais bon, moi j’aime ça. Donc je valide à 100 % !

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Paroles de l’album

Aborted : Squalor opera

Aborted : Vespertine decay

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    Tags: d, aborted, album, death, metal

ISRAEL NASH : Lifted

Certains ne se sont jamais remis des disques de leur enfance. A coup sûr, le texan Israel Nash est de ceux-là. Né en 1981, il a grandi avec les artistes qui ont pris la musique traditionnelle américaine et en ont fait quelque chose de neuf et d’excitant : Neil Young, Creedence Clearwater Revival, The Band… Un amour immodéré qui transparaît à travers chaque titre de ce « Lifted », cinquième album de celui qui se définit lui-même comme un hippie moderne. Et si ça musique est empreinte de traditionalisme folk, son univers est constellé de références à la spiritualité. Mais rassurez-vous si vous ne goûtez pas à cette cuisine-là, ça n’influera pas sur l’écoute de ce disque. « Lifted » se déroule comme un rouleau de gazon sur lequel on marche pieds nus sous une douce brise d’été. On l’arpente sans jamais se fatiguer, observant à droite et à gauche des arbres en fleurs, des couchers et levers de soleil sur la plage, des explosions de couleurs pastel. Mais si tout ici est beau et serein, on a jamais cette désagréable sensation de niaiserie qui pourrit l’écoute de certains disques. Bon, bien sûr, il faudra s’abstenir de compulser les paroles si vous ne tenez pas à être désarçonnés : à l’image de l’ambiance générale, celles-ci s’envolent assez haut, et on a même du mal à les atteindre parfois. La voix du vocaliste est nimbée d’un léger écho qui va bien avec les accents nostalgiques de sa musique. Ce disque me fait l’effet d’un The Thrills : même si l’univers n’est pas tout à fait le même, le côté solaire et le bien-être gagné sont identiques. Bourré de titres magnifiques, cet album n’aura aucun mal à vous transporter dans son monde onirique !

Paroles de l’album

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ITAL TEK : Bodied

Ital Tek m’avait impressionné en 2016 par sa propension à propager sa mélodie à travers tout le spectre electro, lui qui venait du genre assez codifié du dubstep. Pas forcément facile à suivre mais passionnant, « Hollowed » avait le mérite de suivre son instinct uniquement, sans s’encombrer d’un quelconque héritage ou modèle. Un genre sombre et profond dans lequel il s’enfonce encore plus avant ici, manipulant toujours des sons deep techno, drone, ambiant ou electronica. La surprise est bien entendu passée, et on s’attendait un peu à retrouver quelque chose dans le même goût. Mais si on est pas surpris, on est pas déçu non plus. « Bodied » est un tout peut-être mieux pensé, à l’ambiance encore plus claustrophobe et aux sons plus étouffés, plus chauds. On y retrouve certes des basses acides, mais elles sont sous-marines. Les rythmiques et gimmicks percussifs semblent adoucis, la répétitivité a quelque chose d’aliénant mais d’anesthésiant. Étrange sensation, toujours surplombée par une noirceur fantomatique qui traverse les titres. Même lorsque une influence dark synth se fait plus prégnante (« Hymal »), celle-ci est rapidement noyée, absorbée par l’ambiance générale du disque. Ne cherchez pas à lutter, ce « Bodied » s’avère aussi fascinant que le précédent, sinon plus. Ital Tek est parvenu à sublimer son art. Et on espère qu’il n’a pas encore tout donné.

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Ital Tek : Blood rain