THE MILK CARTON KIDS : All the things I do and all the things I don’t do

Tenter l’aventure ensemble quand on s’est chacun un peu planté dans son coin, c’est assez osé, et c’est le pari de The Milk Carton Kids depuis leur formation en 2011. Sept ans après, est-ce qu’ils l’ont réussi ? Eh bien, ça dépend à quoi vous jugez la réussite, les amis. Procédons par étape. Ils existent toujours, ce qui est plutôt bon signe. Ils continuent de proposer une pop folk très acoustique (on pourrait dire roots) où leur duo de voix se pose sur des ambiances bucoliques assez typiques d’une amérique cool, insouciante et lumineuse, sans que votre serviteur trouve ça foncièrement pénible. Ils encaissent les comparaisons intempestives à Simon et Garfunkel et les Everly Brothers sans hurler à la lune. Et ils posent encore une fois 12 titres soyeux, subtils, beaux et déconnectés. Bien sûr, pour enchaîner les 51 minutes de ce troisième album, il faut accepter d’être bercé par un genre dont les notions d’urgence et de tension ont été totalement écartées. D’aucuns, et je ne les blâmerai pas totalement, qualifieraient ça de soporifique. Moi, je trouve ça charmant et délassant. Ça m’évoque un Turin Brakes plus country, un Ben Weaver moins torturé. C’est bien simple, même l’interminable « One more for the road » (plus de 10 minutes !) ne suffit pas à me lasser (même si on en est franchement pas loin). Bien sûr, « All the things I do and all the things I don’t do » (maintenant on reprend son souffle) n’est pas le genre de compagnon avec lequel on passe toutes ses soirées. Mais l’écouter de temps en temps et dans les bonnes conditions vous apportera certainement plus d’endorphines que d’allumer la radio ! Pour les amateurs de ballades folk.

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BLEEDING THROUGH : Love will kill all

Séparé en 2014, le combo d’Orange County se la joue « coucou nous revoilou » en nous apportant un sourire carnassier aux lèvres un nouvel album parfaitement calibré. Oups, j’ai vendu la mèche ! Alors oui, sur l’introductive « Darkness, a feeling I know », heavy et gothique, on pourrait douter du retour de leur mix death metalcore black sympho heavy aux affaires. Mais dès « Fade into the ash » lancée, on en doute plus. La question qui nous taraude en partant de là c’est « comment on s’en est sorti sans eux avant ? ». Non, parce que ce mélange assez unique, aussi mélodique que bourrin, chargé de claviers pompeusement goth qu’on peut raisonnablement trouver kitch (mais que j’adore), de chant clair poppy qui peut rebuter (mais qui va si bien ici), de dissonances et breaks déjà entendus ailleurs (mais toujours foutrement bien placés), et de riffs en béton armé taillés sur mesure. Et si on a l’impression que ce nouvel album a été composé en deux temps, une première partie plus mélodique et l’autre plus extrême, l’ensemble se tient et j’apprécie chaque titre de la même façon. On peut avoir le sentiment de prime abord que Bleeding Through n’est qu’un groupe de plus mais son côté assez Dimmu Borgir (d’il y a quelques années) meets metalcore le fait entrer dans une tout autre dimension, d’autant plus que le groupe multiplie les petites trouvailles sonores malsaines qui transcendent ses titres. Ce qui lui fermera certainement les portes du coeur des fans de metalcore pur et dur mais devrait passionner ceux qui sont plus ouverts à l’ensemble des genres cités. Bref, on a ici un huitième album maîtrisé de bout en bout et apte à terrasser ses auditeurs sur platine comme sur scène !

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Bleeding Through : Set me free

Bleeding Through : Fade into the ash

JUNO REACTOR : The mutant theatre

Pour beaucoup, le nom de Juno Reactor sera une découverte. Pourtant, il est presque impossible que vous n’ayez pas eu l’occasion de croiser la musique du collectif. Musique de film, de spectacle, de jeu vidéo, pubs, défilés… En bientôt 30 ans de carrière, Juno Reactor a réussi à s’incruster un peu partout. Pourtant, même ceux qui les connaissent depuis des années (dont je suis) sont incapables d’en citer un titre. Pourquoi ? Parce que Juno Reactor, comme d’ailleurs son cousin Shpongle, c’est une expérience, pas une poule aux œufs d’or pondeuse de singles. Le truc du duo, c’est la trance psychédélique. Mais là où de nombreuses formations se contentent de surfer sur la vague opiacée induite par le genre, Juno Reactor lui ouvre assez tôt les portes du monde, au propre comme au figuré, en y incluant des sonorités world music. Tout ça donne à sa musique un côté très neo baba cool, et une aura de pape de la musique électronique que personne ne s’amuserait à renier tant Juno Reactor a fait naître de vocations au gré des sorties de ses 10 albums. Comme d’habitude (reconnaissons-le, un disque du duo en vaut souvent un autre, en bien comme en mal), on retrouve donc ici une base psytrance avec un spectre assez large d’anthropophagie musicale, façonnée en neuf (longs) titres faisant intervenir samples divers, chant lyrique, percussions tribales, envolées de basses acides, et parfois même d’autres éléments exogènes. Le groupe n’a peur de rien, ne s’interdit rien, et peut à peu près tout se permettre. Mais voilà, sur ce « The mutant theatre » comme sur les précédents, les limites de son style de base se font ressentir et ressentir à l’auditeur une impression de « musique des années 90 ». C’est assez tragique de le constater : Juno Reactor n’a pas su grandir en même temps que ses suiveurs, et sa musique, tout aussi originale et extraterrestre soit-elle, se heurte au plafond de verre d’une réalité musicale moins inventive mais peut-être mieux mise en valeur. Pourtant, impossible de qualifier cet album de ringard ou de raté ; Juno Reactor a toujours ce don du rythme et de l’agrégation. Alors on se retrouve avec un avis mitigé, entre enthousiasme de fan et regard critique de l’époque.

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Juno Reactor : Let’s turn on

HAPPY RHODES : Ectotrophia

Difficile de cataloguer Happy Rhodes. C’est peut-être pour ça que l’artiste américaine est restée cloîtrée dans une certaine confidentialité malgré des qualités vocales et musicales autant impressionnantes que déstabilisantes ? Il me faut vous dire que cet « Ectotrophia » n’est pas le nouvel et douzième album de la dame, mais bien une compilation de ces hauts faits. Souvent comparée (à raison) à Kate Bush, Happy (son vrai prénom est Kimberley Tyler, mais elle l’a fait changer encore adolescente) brille en effet par une versatilité vocale certaine (avec 4 octaves, on peut en exprimer des choses !), et une humeur musicale voyageuse, entre pop, musique classique, expérimentations, folk et rock neo gothique. Une musique dont la beauté glacée et planante et la mélancolie contraste souvent avec son prénom, mais qui parvient toujours à trouver le chemin du coeur. Une musique avec laquelle on ne s’ennuie pas, dont chaque chanson ressemble à une superproduction. Amples, laissant forcément beaucoup de place à la voix (avec des tessitures multiples se répondant et complétant), les dix-huit titres de cette compilation tutoient souvent les cieux, faisant intervenir une guitare dénudée et touchante (le premier instrument maîtrisé par l’artiste), et des claviers intervenant comme régulateurs et rehausseurs d’émotion. On trouve ici une sélection de titres des quatre premiers albums de l’artiste, agrémentés d’un titre plus rare (« When the rain came down »). Ce qui laisse présager qu’un volume 2 verra le jour prochainement, et peut-être même un troisième, si chacun se concentre sur une période de 3-4 albums. L’important, c’est qu’on trouve ici plein de bonnes raisons de se pencher sur la discographie de Mme Rhodes, dont le dernier album solo date de 2007, mais qui a depuis fricoté avec The Security Project, reprenant Kate Bush et Peter Gabriel (comme c’est bizarre !). Si vous aimez les deux derniers artistes cités, vous seriez bien inspirés de passer la porte de ce disque troublant et fascinant !

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HYRO THE HERO : Flagged channel

Hyro, rappeur de Houston ayant choisi de mélanger sa passion pour le hip-hop avec celle pour le rock, nous revient après un long hiatus de 7 ans. Comment je le sais ? Parce que je dois être par ici l’un des rares à avoir jeté une oreille sur « Birth, school, work, death » et même à l’avoir sur mes étagères à cd. Bien sûr, à l’époque, le style était assez différent (d’où le changement de nom, de « Hyro da Hero » à Hyro The Hero »?). En quoi ? Et bien, si ce premier album posait les bases d’un genre un peu maladroit, mélangeant la diction d’un Eminem au rap rock d’un Kid Rock, il restait très ancré dans le hip-hop. Ici les influences ont changé / évolué, mais sont toujours clairement identifiables. C’en est même parfois gênant, et c’est nonobstant très bien fait : « We ain’t afraid » (et plusieurs autres, d’ailleurs) est calqué sur Rage Against The Machine, gimmicks compris. « Killas are comin » sent bon le Skindred. On croise aussi des influences Limp Bizkit première période, Downset ou Urban Dance Squad. Bref, on pourrait facilement taxer Hyro The Hero de vil plagieur, d’opportuniste. Mais voilà, le rap metal, ça a toujours été son truc, et il n’a finalement pas trop surfé sur la vague, en peaufinant bien ce deuxième album (certes assez cousu de fil blanc), alors qu’il aurait pu multiplier les sorties pour tenter de damer le pion aux Hollywood Undead et autres combos nouvellement apparus sur la « scène ». Alors, verdict ? « Flagged channel » sort largement la tête de l’eau, Hyro a digéré ses influences et sait s’en servir pour produire des titres puissants et efficaces. Les titres de cet opus sont donc à recommander aux nostalgiques comme aux nouveaux convertis, leur principale force étant de se voir portés par un vrai mc qui kiffe le metal plutôt qu’un metalleux converti au rap.

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Hyro The Hero : Bullet